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AU SUJET DE LA LIBEBTÉ HUMAINE

« libres à choisir les moyens de l'être. » {Traité du libre arbitre, ch. 2.)

Tout homme, à chaque instant, ou se complaît dans ce qu'il a fait dans son passé, ou forme des projets pour son avenir; ou se reproche certains actes, ou se propose d'en accomplir certains autres. Mais qu'est-ce que tout cela, sinon sentir qu^il a fait librement ce qu'il a fait, et qu'il fera librement encore ce qu'il fera? Ainsi, par ses réminiscences et par ses prévisions, par ses regrets et par ses résolutions, il ne fait que prouver le sentiment qu'il a de sa liberté. Il ne peut ni parler, ni agir, ni articuler un seul son, ni faire un seul pas, un seul geste, un seul mouvement, sans attester qu'il se sent libre.

Les adversaires eux-mêmes de la liberté humaine ne choisissent que librement la parole ou l'écriture, les moyens, le temps, le lieu, pour faire partager aux autres leurs doctrines contre le hbre arbitre.

En entassant tant de sophismes contre cette belle et grande prérogative de l'homme, ses adversaires eux-mêmes sentent qu'ils pourraient bien s'abstenir de lui faire la guerre sacrilège qu'ils lui font. La preuve en est qu'ils commencent et interrompent, reprennent ou abandonnent leur infernal travail, quand et comme il leur semble ; qu'ils choisissent parmi les arguments ceux qui leur paraissent les plus propres à faire partager aux autres leurs dangereuses doctrines , et qu'ils croient que leurs auditeurs ou leurs lecteurs resteront toujours maîtres de les admettre. C'est donc librement qu'ils entreprennent de démontrer que l'homme n'est pas libre, et ils n'offrent à l'homme leurs démonstrations qu'en comptant sur la liberté dont il jouit de rejeter d'anciennes convictions pour en adopter de nouvelles. Mais c'est prouver la liberté par l'acte même avec lequel on la combat ; c'est lui rendre hommage dans l'instant même qu'on la nie.

Ainsi le sentiment de la liberté est un sentiment qu'on peut contester par les mots, sans pouvoir l'étouffer par le fait; un sentiment auquel on croit, même en affirmant qu'on n'y croit pn.s; un sentiment qu'on poursuit, même en lui tournant le dos, et qu'on embrasse, même en le repoussant ; un sentiment constant, universel , toujours vivant dans le cœur de tous les

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hommes; dès lors un sentiment inné, élémentaire, essentiel, ineffaçable^ de la nature humaine.

Cela nous explique la croyance universelle, constante, immortelle, du genre humain à la liberté de l'homme. Car comment l'humanité aurait-elle pu cesser de croire ce qu'elle n'a jamais pu cesser de sentir? L'unique chose donc à l'égard de laquelle l'homme n'est pas libre de dire oui ou Mon, c'est qu'il est libre ; l'unique vérité qu'il est intérieurement forcé d'admettre, c'est qu'il n'est pas intérieurement forcé ; et l'unique liberté qu'il n'a pas est celle de nier sa liberté.

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