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NE PEUT COMPRENDEE SANS LES FANTOMES

« n'arrive à la fantaisie que par les sens. Il a donc un besoin « absolu du corps pour se former les idées ; et dès lors il dé- « pend du corps, même par rapport à son opération spécifique, « l'opération de comprendre. »

La réponse à cette difficulté se trouve dans cette même doctrine scolastique de laquelle on l'a tirée, et que nous avons développée plus haut (vol. I, § 48, 49; et Append. I ). Nous nV vons donc besoin que de la rappeler ici pour mettre au néant la difficulté dont il s'agit.

Certaines formes sont tellement dépendantes de la matière qu'elles ne peuvent naturellement avoir et n'ont pas d'être hors d'elle et sans elle. Toutes les formes des choses seulement sensibles et toutes les formes des végétaux et des animaux se trouvent dans cette condition. D'autres formes, au contraire, sont tellement éloignées et indépendantes de la matière qu'elles ne peuvent être dans la matière et avec la matière; telles sont les formes angéliques. C'est pourquoi, comme nous l'avons fait si souvent observer, elles s'appellent substances SÉPARÉES, c'est-à-dire substances séparées, par leur nature, de toute union avec la matière. Les âmes humaines tiennent le juste milieu entre ces deux espèces de formes : elles sont dans la matière, et par là elles participent de la condition de l'âme des brutes ; mais elles y sont de manière à ce que leur cYre ne soit pas lié à la matière, et ne dépende pas de la matière, et par là elles participent à la condition des anges. Ainsi l'âme de la brute n'est que dans et avec la matière. L'ange est et opère en dehors des sens et de la matière. L'âme humaine partage cette double condition, en tant qu'elle est et opère indépendamment et sans la matière, mais n'a son être complet, son opération parfaite, que dans la matière.

C'est que, comme nous l'avons fait déjà si souvent remarquer, après avoir créé les natures purement intellectuelles, les anges, capables de voir l'universel sans le secours du particulier, ou de comprendre sans le corps ; et après avoir formé les natures purement sensitives, les brutes, qui ne voient nullement l'universel, et qui ne comprennent pas du tout : Quibus non est infe//ec/ws ; afin qu'il y eût gradation, hiérarchie et ordre dans ses créatures. Dieu a fait la nature en même temps intelligente et sensible , l'homme, capable de voir l'universel ou de com-

524 § f34. BKPO^SE A !/01?jr.CT10N QUE L'iATELLECT

prendre, comme Tange, mais de ne voir l'universel qu'à travers le particulier, de ne comprendre que par les sons, ou d'avoir des sens et un corps. Placé donc au premier rang des Otres sensibles, et au dernier rang des êtres intellectuels, l'homme a besoin, à cause de la faiblesse de sa vertu intellective, d'apercevoir le particulier, afin de pouvoir en extraire l'universel, et, par conséquent, a besoin des sens, qui lui attestent l'existence des choses sensibles, et le mettent en état de se former les idées et d'exercer la première de ses opérations intellectuelles. Mais, nous le répétons encore ici, car on ne saurait le répéter assez : l'intellect humain n'a besoin des images, transmises par le corps pour se former les idées, que comme le sculpteiu- a besoin du marbre ou du bois pour faire des statues , ou, ainsi que l'a dit saint Thomas, l'intellect n'a besoin des fantômes fournis par les sens que comme matière, et non comme instrument de ses opérations. Or, en changeant un bloc informe de marbre ou un tronc de chêne en statue, le statuaire opère sur et non pas avec la pierre ou le bois; et de môme, en transformant le fantôme sensible en espèce intelligible, l'image de Tobjet particulier en conception universelle, en idée, Fintellect exerce sa force intellective sur et non pas avec le fantôme et limage. 11 est vrai que la cause matérielle se dit toujours cause; mais elle n'est cause que par extension de terme ; elle est la moins noble parmi les quatre espèces de causes reconnues par la science; elle n'est pas cause véritable : car l'idée de cause véritable renferme l'idée de l'activité, et dans la matière dont on fait une chose tout est passif, rien n'est actif, tout pâtit et rien n'agit. La cause véritable est la cause efficiente, car elle seule est active, et rien qu'active; elle seule opère. Ainsi donc, de même que le marbre ou le bois ne sont ni Voryane ni Vinstrument de l'opération artistique; de même le fantôme ou l'image sensible n'est ni ïorgane ni l'instrument de l'opération intellective. Et de même que l'opération artistique se fait sur et non pas avec la matière, et demeure indéjDendante de la matière; de même l'opération intellective s'accomplit sur et non pas avec les phénomènes du corps, et demeure indépendante des phénomènes du corps.

Enfin, quoique le marbre ou le bois viennent à manquer à

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