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SA SUBSISTENTIALITÉ GARANTIT SON IMMORTALITÉ

Mais -, si l'âme n'est pas l'acte du corps par rapport à toutes ses facultés et à toutes ses opérations;, elle ne l'est pas non plus par rapport à tout son être. Elle est donc un acte indépendant de la matière, dont elle est l'acte ; et un acte indépendant de la matière peut bien se passer de la matière^, et continuer à être sans la matière et hors de la matière.

Il est vrai que, comme Ta observé le même grand Docteur, notre intellect ne peut connaître les choses infinies qu'en puissance ou snccessivement , et qu'il ne connaît pas les choses infinies, en acte, ni habituellement dans leur distinction (1), cela n'étant propre qu'à l'intellect divin. Mais il est vrai aussi que l'homme peut comprendre, et que son intellect peut saisir l'immatériel et l'universel; cette puissance de Thomme, cette sublime spécialité de l'homme, d'être en pvAssance de tout comprendre et de saisir par son intellect l'immatériel et l'universel, est une preuve évidente que cet intellect n'est pas l'acte du corps (2). Car, le corps ne pouvant attester que le matériel et le particulier, nul acte du corps , dépendant du corps , ne peut essayer de l'immatériel 'et de l'universel. Mais si, en tant qu'intelligence, notre âme n'est pas acte du corps, elle n'est nullement liée indissolublement au corps, elle peut se passer du corps pour être, comme elle s'en passe pour opérer.

§ 136. Application, à l'âme des bêtes, des pnncipes exposes. — Grossière erreur de Platon sur ce sujet. — Seule, la Théorie de la philosophie chrétienne, sur ce même sujet, est raisonnable et solide. — Pourquoi l'âme des bêtes s'éteint et doit s'éteindre avec le corps.

Par ces mêmes grands principes de la philosophie chrétienne, par lesquels on prouve évidemment que l'âme humaine est immortelle, on prouve, avec la même évidence, que l'àme des brutes ne l'est pas.

(1) « Sufficit qiiod homo possil intelligere omnia per intellectum, et ad hoc « qiiod intellectus intelligil oinnia iinmatt^rialia et universalia, quod virtus in- « tellectiva non est corporis actus (1 p , q. 70). »

(2) « Intellectus noster potest intelligere infinita in potentia et successive, « non autem infinita in actu nec in habilu distincte (I p., q. 86, art. 2). »

r)36 § 136, DOCTBINE SL'R l'aî^IK DKS ItÈTEP.

lui traitant la question do rimniortalilô de l'âme humaine, saint Thomas a rappelé que Platon, ayant établi que sentir est la même chose que comprendre, et que les actes sensitifs et les actes intellectifs sont également l'œuvre de l'intellect, a été obligé d'admettre que toute âme qui sent est intellrctive, et que, p-.r conséquent, puisqu'elles sentent, les âmes des brutes sont intellccfives, elles aussi. Mais être intellectif, c'est avoir une opération par soi, et par conséquent aussi un être par soi, une subsistance par soi, et c'est être immortel. Voilà donc Platon obligé d'affirmer que les âmes des brutes aussi sont subsistantes par soi, et immortelles : Plato intelledum et sensum atiribnit principio incorporeo , ponens qnod aient intelligere , sic et sentire convertit animx, secundum seipsam ; et ex hoc sequebatur quod etiam animx animalium brutorum sint subsistenteft (Ip., q. 75, a. 3). C'était, comme on le voit, mettre sur le même rang l'homme et la brute; c'était faire l'homme brute et la brute homme; c'était confondre toutes les natures, tous les êtres; c'était restaurer la métempsycose. Mais ce sont là des délires, des blasphèmes. Voilà donc ce dieu des philosophes convaincu de n'avoir pas plus compris l'intellect que la sensation , l'homme que la brute, et d'avoir renversé toute science et toute philosophie. Ecce quem colebatis.

Qu'elles sont différentes, les doctrines de la philosophie chrétienne sur ce sujet ! Les voici, avec leurs conséquences ;

Gomme l'opération spécifique de l'homme, c'est comprendre , et que l'opération spécifique de la plante, c'est engendrer, l'opération spécifique de la brnle est sentir, et tous ses actes propres sont des sensations, et s'y rapportent comme à leur cause efficiente ou comme à leurs effets. On vient d'entendre saint Thomas faisant observer que toute sensation se fait par un changement, une modification dans le sens de l'être sensible; que l'âme sensitive ne lait rien que par les sens et avec les sens, et qu'elle n'a aucune opération propre à elle , sans le corps et indépendamment du corps. Or les âmes des brutes n'étant rien de plus que sensitives, parce qu'elles n'ont pas d'intellect , il est évident qu'elles n'ont pas d'opération tout à fait indépendante du corps, qu'elles n'ont d'opération que dans le corps et avec le rnrps, que par le concours du corps et dépendante du corps.

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