ELLE NE PEUT SURVIVKE AU CORPS
Donc, puisque nul agent n'EST que de la même manière dont il OPÈBE, et que ce qui dépend d'un autre être par rapport à son opération en dépend aussi par rapport à son existence, il est évident, conclut le Docteur angélique, que les âmes des brutes, n'opérant pas par soi et à elles seules, n'ont pas d'être par soi et à elles seules, ne sont pas subsistantes en soi et indépendamment du corps : Ex quo relinquitur qriod animse brutorum aniinalhan, quae per se non opérant ur, non sint siibsistenies; similiter enirn unurnquodque habet esse et uperalionem (I p., q. 7, a. 3).
En outre, la puissance sensitive, qui est le principe cognoscitif prochain des choses sensibles , résulte de la faculté sensitive, comme de sa forme , et de l'organe, comme de sa matière : de manière que ni la faculté n'agit sans l'organe , ni l'organe sans la faculté, et que, différemment de ce qui arrive à l'âme intellective, qui comprend sans le corps, et dont la formation des idées est l'œuvre, à elle seule, l'âme des brutes ne sent pas sans le corps, et toutes, sans exception, ses opérations ne sont ni de l'âme seule, ni du corps seul, mais de l'âme substantiellement unie au corps, ne sont que de tout le composé, de tout le conjoint. En effet, l'opération du principe sensitif n"a pour son objet que les choses singulièi^es, parce que, ainsi que chacun peut s'en convaincre par sa propre expérience, le sens ne connaît et ne peut connaître que les choses singulières, comme le tact , par exemple, ne sent pas le froid en général, mais ce froid, ou ce degré de froid qu'on éprouve dans ce moment, dans ce lieu. Mais tout acte devant se trouver en proportion avec la puissance qu'il réalise , l'opération qui s'exécute sur des choses singulières ne peut relever que d'un principe susceptible des choses singulières; conséquemmcnt ce principe doit être, lui aussi, déterminé et singulier. Or la détermination et la singularité ne sont propres qu'à la matière, et la puissance y est étrangère ; donc la puissance n'est ni déterminée ni singulière; donc elle n'est point, par soi, susceptible de percevoir les ciioses déterminées et singulières; donc la puissance sensitive na pas d'opération sensible propre, ne peut sentir sans l'organe, qui est sa matière.
Mais l'organe non plus ne peut sentir sans la puissance, qui est sa forme; car nul être matériel n'est et n'opère que par sa