‹ La philosophie chrétienneChapitre 211 sur 249 · DOCTRINE SUR L'AME DES BÊTES · texte numérisé non relu

DOCTRINE SUR L'AME DES BÊTES

forme, et la matière sans forme n'a ni être ni opération. Tout organe donc qui (comme il arrive aux organes d'un cadavre) est séparé de la puissance informante, est et doit être privé aussi de toute opération. Conséquemment il est évident que, dans l'être purement sensible, ni la puissance ne peut sentir sans l'organe, ni l'organe sans la puissance, et que toute sensation ou toute opération de l'être sensitif est de l'âme unie au corps, de tout le composé, de tout le conjoint. Ainsi donc ce composé, ce conjoint, étant dissous par la mort, il n'y a plus d'opération sensitive possible pour aucune des parties qui le formaient.

Il est vrai que la matière ou le corps de ce composé, sur lequel la mort vient d'exercer son redoutable empire, saisie par des formes inférieures qui remplacent toujours la forme supérieure à la suite de toute espèce de corruption , peut opérer encore ou produire un effet quelconque : mais ce ne sera jamais une sensation, et il est toujours vrai que, séparées de leur puissance informante , les parties de ce corps devenu cadavre, tout en recevant un nouvel être par les nouvelles formes qui s'y sont engendrées et développées ou qui s'en sont emparées, ne sentent plus. Mais la forme sensitive, ne trouvant pas de remplaçant par rapport à la matière qu'elle a perdue, et ne pouvant opérer qu'avec la matière séparée de la matière , n'a plus d'opération d'aucune espèce , et par conséquent n'a plus de raison d'être, n'a plus d'être, et doit nécessairement s'éteindre. C'est l'histoire de la vie de la brute, c'est la condition naturelle, nécessaire de son âme après la mort.

Demander donc, comme le font certains soi-disant philosophes, quel est le sort de l'âme de la brute après la mort, c'est supposer ce qui n'est pas; c'est supposer qu'elle puisse subsister sans le corps et survivre au corps ; c'est montrer la plus grande ignorance, touchant la nature d'une pareille âme ; c'est marcher dans la voie 'de la philosophie de l'imagination , où se sont égarés Platon et Descartes ; c'est ne rien comprendre à la philosophie (le la raison et de la nature, qui est l'unique et vraie philosophie.

Mais l'âme intellective, ayant son opération spécifique et partant son être aussi indépendamment de tout organe corporel, c'est-à-dire, l'âme intellective, étant subsistante par soi comme elle est opérante par soi , séparée du£orps, ne peut pas perdre

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