ELLE NE PEUT SURVIVRE AU CORPS
ce qu'elle ne tient pas du corps, ce en quoi elle ne dépend pas du corps ; elle ne peut perdre ni son être ni son opération. Donc, lorsque l'homme a subi la plus terrible des choses terribles, la mort, son corps perd bien son être, qu'il n'empruntait qu'à l'àme; mais l'âme ne perd pas le sien, qu'elle n'empruntait pas au corps, mais qu'elle avait reçu immédiatement du souffle de Dieu , et qu'elle possède en elle-même. Elle survit donc nécessairement au corps ; elle est immortelle.
Cette même conclusion va maintenant sortir plus lumineuse encore des réponses que nous allons faire aux objections formulées par l'école matérialiste ; mais, cette fois aussi, nos réponses ont pour but, moins de réfuter de pitoyables sophismes qui n'ont rien de psychologique , que de faire sentir toujours davantage la vérité, la fécondité, la puissance des principes sur lesquels repose la psychologie chrétienne.
§ 137. On commence par réfuter les objections des matérialistes contre l'immortalité de l'âme. — Réponse aux objections tirées de ce que l'âme humaine est destinée à vivifier le corps, de ce qu'elle est forme substantielle du corps, de ce qu'elle se complète par le corps et ne peut comprendre sans le corps.
Première objection. L'âme humaine, n'étant créée qu'après le corps , n'existe qu'en vue du corps , pour vivifier le corps ; mais ce qui existe en vue du corps et pour vivifier le corps n'a plus de raison d'être aussitôt que le corps périt. Donc l'âme humaine doit périr avec le corps.
RÉPONSE. A l'approche de la naissance d'un prince, on fait de grands préparatifs. Mais, pour exister avant une telle naissance, ces préparatifs ne sont pas des choses plus nobles que le prince pour qui on les a faits; et, loin que le prince naisse e7i vue de ces préparatifs , et pour leur donner de l'importance , ce sont, au contraire, les préparatifs qui se font en vue du prince, et pour qu'en venant au jour il se trouve environné de l'éclat qui lui est dît. C'est précisément ce qui arrive dans la génération de l'homme. Son corps n'est engendré par les parents avant que son âme soit créée par Dieu, que pour fournir à l'âme un logement qui lui soit propre, et au moyen duquel elle puisse voir distinctement le particulier, en extraire l'universel, et exercer son
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empire dans le monde intellectuel. Ce n'est donc pas Pâme qui existe en vue du corps et pour vivifier le corps; mais c'est plutôt le corps qui est préparé et qui existe pour l'avantage et le service de l'âme, et pour lui fournir la matière nécessaire à ses opérations : Propter melius animx est , répète saint Thomas, ut sit vorpori uniiu.
En outre , les êtres supérieurs n'existent pas pour les inférieurs, mais ce sont les inférieurs qui existent pour les supérieurs. Or l'âme est, par sa nature, infiniment plus noble que le corps, et supérieure au corps. Donc elle n'existe pas pour le corps , mais le corps pour l'âme ; et dès lors il est aussi absurde de dire qu'elle doit périr avec le corps, qu'il le serait de dire qu'un prince qui perd sa cour cesse d'être prince, et que sa royauté doit périr avec sa cour.
Deuxième objection. Comme nulle matière n'existe et ne peut exister que sous et avec une forme substantielle, de même nulle forme substantielle n'existe et ne peut exister que dans la matière et avec la matière. Or l'âme intellective est pour les scolastiques la forme substantielle du corps humain; elle ne peut donc exister sans le corps, et doit finir avec le corps.
RÉPONSE. Il est commun à toutes les formes substantielles d'être le principe de l'existence du composé naturel ; car tout composé naturel n'EST et n'est tel composé que par sa forme. Mais une telle prérogative n'appartient pas de la même manière , mais d'une manière différente , à toutes les formes , selon les différents degrés de leur perfection. Certaines formes n'ont d'autre vertu que celle de faire èti-e le composé , et par conséquent elles-mêmes ne sont et ne peuvent être que dans le composé et avec le composé. D'autres formes , outre la vertu , commune à toutes formes, de faire être le composé , ont celle d'être elles-mêmes par soi, et par conséquent leur être ne dépend ni de la matière ni du composé. L'âme humaine est de cette seconde espèce ; elle est forme du corps, mais de manière qu'en informant le corps et en lui faisant partager son propre être, elle conserve en elle-même cet être, et qu'en se séparant du corps, elle lui retire l'être qu'elle lui comnuiniquait. Mais le corps séparé d'elle ne peut lui ravir l'être qu'elle a par ellemême, et non par le corps. Ainsi la proposition, que nulle forme
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substantielle n'existe et ne peut exister que dans la matière et avec la matière , n'est vraie qu'à l'égard des formes non subsistatites par elles-mêmes , telles que l'âme des brutes et des plantes, et les formes substantielles de tous les composés naturels. C'est pourquoi ces âmes périssent avec leurs corps, et c'est pour cela que ces formes ne survivent pas à la corruption de leur matière. Mais, à l'égard des formes subsistantes par elles-mêmes , telles que les âmes humaines, la proposition en question n'est pas vraie et ne saurait l'être. Œuvre immédiate de la puissance créatrice de Dieu, et non de la vertu génératrice de l'homme, l'âme humaine EST, avant d'être unie au corps ; EST indépendamment du corps; commence à subsister en elle-même par grâce, comme Dieu subsiste en lui-même par son aséité éternelle, par la nécessité de sa nature. Elle ne peut donc, nous le répétons, perdre, par sa séparation du corps, 1 "être qu'elle n'a pas reçu de son union avec le corps. Elle ne peut finir avec le corps, puisqu'elle a commencé à exister hors du corps et sans le corps. La mort ne fera et ne peut faire rien de plus que la laisser ce qu'elle était en elle-même, avant d'être associée au corps, une substance subsistante par soi; et la séparation de la matière ne saurait porter atteinte à l'existence d'une forme séparée, dès l'origine, de toute matière, et existant réellement sans la matière.
Tboisième objectio>. En tant que forme, l'âme est une substance incomplète; mais nulle substance incomplète ne peut exister sans la matière qui la complète ; donc l'âme humaine ne peut exister sans le corps, et séparée du corps.
Réponse. Ayant besoin d'être dans le corps, afin d'apercevoir distinctement le particulier, et en déduire l'universel, l'âme humaine, sans le corps, est certainement une substance incomplète par rapport à son opération. Mais, de ce que, manquant de tout instrument et de toute matière nécessaire pour exécuter des œuvres d'art, l'artiste le plus habile est un agent incomplet, par rapi^ort à son opération artistique, il ne s'ensuit pas qu'il soit incomplet aussi par rapport au talent qui en fait un artiste distingué et existant. De même, de ce que, séparée du coips et en dehors des ccnditions nécessaires j our so former les idées, l'âme humaine est incomplète par rapport à son opération de