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de la vision, et non de toute vision des objets extérieurs. Il en est de même de l'âme humaine. Elle ne comprend parfaitement qu'à travers le corps; cependant, comme nous l'a fait remarquer saint Thomas, elle comprend toujours, quoique confusément , même sans le corps. Ainsi, séparée du corps, elle ne perd que la perfection de son opération intellective, mais non toute opération intellective. Connne les lunettes ne font que mieux préciser les objets, sans donner à Tœil la vertu de voir, et comme ce n'est pas par l'organe des lunettes que notre myope voit; de même le corps ne fait que mieux préciser le particulier, et en transmettre plus claire et plus fidèle l'espèce sensible , que l'intellect change en espèce intelligible. Mais il ne donne pas à l'intellect la vertu de comprendre, et ce n'est pas par l'organe du corps que noire intellect comprend.
Deuxièmement, il faut tenir compte de la lumière de la gloire dont jouissent les âmes des Bienheureux dans le ciel, et de la lumière de tout autre nature, accordée , d'après l'Écriture, même à l'âme réprouvée {PeccatorwaTi^iT et irascctur. Psal. 1 11): lumières dans lesquelles l'âme trouve, après la mort, un dédommagement des lumières dont elle jouissait pendant cette vie. Car, indépendamment de ces secours exceptionnels, toujours est-il qu'après la séparation du corps, l'âme, quoique imparfaitement, comprend toujours, et que, pour ne pas opérer et n'être (\VL impur faitement , elle n'en conserve pas moins réellement sou opération spécifique et partant son être , hors du corps et indépendamment du corps.
§ 138. Suile de la réfutation des objections contre V immortalité de l'dme. — Preuve que l'dme intellective n'est nullement ajfcclée des passions du corps. — Les perturbations de l'esprit, à l'occasion des maladies du corps, ne prouvent pas non plus que le corps affecte l'esprit. — On fait justice des deux derniers arguments de l'école matérialiste, tirés de l'essence de la vie de l'homme, et de ce que l'dme naît avec le corps.
Cinquième objection. La substance qui ressent nécessairement le bien-êlre et le mal-être d'une autre substance, en dépend, même par rapport à son être. Mais l'âme ressent le bienêtre et le mal-être du corps; donc elle dépend du corps, môme par rapport à son êtr(; , et ne peut être sans le corps.
ALX EAPPOBTS DE l'aME AVEC LE CORPS. 545
Réponse. La majeure de ce syllogisme^ vraie dans un sens^ est fausse dans un autre. 11 est vrai que la substance qui ressent nécessairement le bien-être ouïe mal-être d'une autre substance en dépend par rapport à ?a manière d'être; mais il n'est pas vrai qu'elle en dépende par rapport à sa raison d'être.
Aimant leurs enfants comme ils s'aiment eux-mêmes, les parents ressentent à la vérité nécessairement les jouissances et les douleurs de leurs enfants. Mais ces impressions, agréables ou pénibles, ne font que les rendre heureux ou malheureux , et ne les font pas vivre ou mourir. Ces impressions changent la manière d'être, non la raison de leur être. De même, complétée par son corps, par rapport à la perfection de son être , l'âme aime son corps, comme tout être perfectible aime ce qui le complète et le perfectionne, et, en l'aimant, elle s'aime ellemême. Il est donc bien naturel qu'elle se réjouisse du bien-être du corps et souffre de ses misères, de ses infirmités et de ses faiblesses. Mais ces sentiments ne font que la rendre heureuse ou triste, ils ne la font pas exister ou non exister . Ils modifient donc son état, sa manière d'être, mais ne lui donnent ni ne lui ravissent l'être.
Par cette explication l'on comprend encore pourquoi, à l'approche de sa séparation du corps, ou de la mort, l'âme humaine s'attriste et fait les plus grands efforts pour l'empêcher ou pour l'éloigner ; et pourquoi , séparée de son corps , elle se trouve dans un état violent, au point que même les âmes des bienheureux qui sont au ciel demandent continuellement à Dieu, d'après l'Écriture, la rédemption ou la résurrection de leur corps, ou leur réunion au corps. L'âme ne trouvant son être parfait que dans son union au corps, la mort n'est que la cessation de cette union. Or, tout être appétant naturellement l'état de sa perfection, l'âme doit naturellement aussi souffrir de la mort, doit s'opposer par toutes les forces'appétitives à la cessation de cet état de mort, et solliciter la restauration de son ancien état. De là, pour 1 ame , la crainte toute naturelle de la mort, et son désir intime de la résurrection.
En outre, être intellectif et sensible à la fois, l'homme jouit d'une double puissance : de la puissance intellective, par laquelle il appréhende l'intelligible, et de la puissance sensitive, qui le