‹ La philosophie chrétienneChapitre 215 sur 249 · LB MATÉRIAL. CONVAINCU DE NE BIEN COMPRENDRE · texte numérisé non relu

LB MATÉRIAL. CONVAINCU DE NE BIEN COMPRENDRE

met en communication avec le sensible. Il résulte de laque, lorsque le corps est affecté péniblement, l'appétit sensible éprouve le besoin de repousser l'objet qui cause celte souffrance corruptrice de la nature sensible. Cet effort de l'appétit sensitif pour éloigner ce qui froisse la sensibilité, s'appelle passion. L'intellect conçoit cette passion, non comme l'affectant lui-même, mais comme affectant l'âme en tant qu'elle est puissance sensitive. Cette appréhension détermine l'appétit intellectif; car toute connaissance détermine l'appétit qui lui est subordonné. Voilà l'intellect se mettant, lui aussi , de la partie, repoussant l'objet qui a causé l'altération, non dans l'intellect lui-même, mais dans le conjoint, et, en le repoussant, s'attristant lui-même. La passion donc qui , dans la partie sensitive de l'âme, est une réalité physique, n'est, dans l'intellect, qu'une simple appréhension de la contrariété, de la répugnance entre l'objet et l'appétit; n'est qu'un acte de l'intelligence, et même une perfection. Car tout acte naturel d'une faculté, tout exercice légitime d'une puissance, est une perfection, bien que l'objet de cette perfection soit en lui-même une imperfection, non de l'intellect, qu'il met en état d'agir conformément à sa nature, mais de la partie sensitive, qu'il fait souffrir, contrairement à la sienne.

Voyez donc combien est différent le mode dont les mêmes passions moditient la partie sensitive et la partie intellective de l'âme. Dans celle-là, elles sont des souffrances purement passives; dans celle-ci, des conceptions purement actives. Dans le sens, elles sont toujours jointes à un mouvement contraire à la nature; dans l'intellect, elles ne déterminent que le discours. Or, si les mouvements du corps peuvent croître en intensité jusqu'à le corrompre et à le détruire, le discours de l'esprit, au contraire, en se prolongeant, ne fait que rendre la connaissance plus claire. Loin de l'user, le discours perfectionne l'esprit, parce que, plus les connaissances sont vives, plus l'intellect est parfait.

Voilà l'histoire véritable de ce qui arrive dans l'âme humaine, à l'occasion des passions du corps ; voilà ce que les matérialistes ignorent ou affectent d'ignorer, et que d'antres philosophes, se prétendant spiritualistes, ignorent ou affectent d'ignorer au même degré ; car, dans leur Cours de philosophie, on chercherait en vain

AUX RAPPORTS DE l'AME AVEC LE CORPS. 547

un seul mot, touchant ces phénomènes, dont pourtant la connaissance constitue la vraie science de l'âme. Dans tous les cas, ces phénomènes, dont il est impossible de contester la vérité, prouvent évidemment que, même en paraissant pâtir, à l'occasion des modifications du corps, l'intellect, dominant toujours le sens, appréhende et juge ces modifications différemment du sens, et que l'âme intellective est souverainement indépendante du corps, par rapport à son opération et par rapport à son être.

Sixième objection. Quant aux perturbations dans les fonctions de l'esprit, que l'homme éprouve pendant le sommeil, pendant la folie, et à la suite des maladies du corps , et dont le matérialisme se hâte de conclure que , même par rapport à toutes ses opérations intellectuelles, l'âme humaine se trouve dans une dépendance absolue et complète du corps, nous avons, dans le premier appendice qui termine le premier tome de cet ouvrage, expliqué les causes et la portée de ces perturbations ; et nous avons démontré assez clairement, ce nous semble, que, tout en plaçant l'intelligence dans un état exceptionnel où elle ne peut fonctionner régulièrement, ces phénomènes n'altèrent pas le moins du monde ses facultés; que, tout en la contrariant, ils respectent l'indépendance de ses opérations, et que, par conséquent, il est toujours vrai que , même en pâtissant à cause du corps, l'âme humaine n'en dépend pas sous le rapport de l'existence et de l'action.

Septième objection. La vie de l'homme n'est que l'agrégat de tous les mouvements intérieurs et extérieurs de son corps. Tous ces mouvements venant à cesser par la mort, il n'y a plus de vie pour l'homme, et par conséquent rien de lui ne survit à sa mort.

Répo>se. D'abord cette objection, que les matérialistes de nos jours répètent à chaque instant, d'après Mirabeau, n'est qu'un vrai sophisme, non-seulement contre l'immortalité, mais encore contre l'existence de l'âme humaine. Car affirmer que la vie est l'agrégat de tous les mouvements du corps, c'est nier la réalité des opérations intellectuelles et l'existence de la substance intellective qui les accomplit.

Ensuite, il est vrai que la vie est l'agrégat des mouvements; car, comme saint Thomas nous l'a appris, l'être vivant n'est que

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