‹ La philosophie chrétienneChapitre 216 sur 249 · LEMÀTÉBIAL. CONVAINCU DE NE RIEN COMPRENDRE · texte numérisé non relu

LEMÀTÉBIAL. CONVAINCU DE NE RIEN COMPRENDRE

l'être à qui le principe du mouvement est intime et intrinsèque , et l'être qui ne se meut pas par lui-même ne vit pas. Mais, comme il y a différentes espèces de mouvements, il y a différentes espèces de vie. Or, outre les mouvements du corps, il y a dans l'homme les mouvements de l'esprit. L'homme non -seulement mange, digère, change corporellement de place, mais encore il se forme les idées, il discourt, il veut ; c'est-à-dire il s'épanche par son âme hors de lui-même. A moins donc qu'on ne pousse la déraison jusqu'à nier l'intelligence et la raison de l'homme, ces faits certains, évidents, et qu'on reconnaît, même en abusant de la raison pour les nier, il est impossible de ne pas admettre que, outre la faculté locomotive du corps, l'homme possède les facultés, je dirai presque locomotives de l'esprit, etquedès|lorsil y a en lui, comme l'a dit l'Évangile, différentes espècesde vies; et que, outre la vie corporelle, qui se conserve par les aliments, il y a en lui la vie intellectuelle, qui se maintient par la foi en toute parole de Dieu, en toute vérité : JSoyi in solo imne vivit homo, sed in omni verbo, quod procedil de ore Del. Et partant il est absurde d'affirmer que la vie de l'homme est V agrégat des mouvemenls du corps. Mais il faut dire que la vie complète, propre à lui, est l'agrégat de tous les mouvements du corps et de l'esprit. Ainsi, les mouvements du corps venant à cesser, c'est seulement sa vie corporelle qui cesse; mais, avec les mouvements de l'esprit, la vie de l'esprit lui reste toujours , et par conséquent son âme survit et doit survivre à la destruction de son corps.

Hditième objection. Enfin, stupide écho du matérialisme ancien, le matérialisme moderne répète, à chaque instant, ce sophisme de Lucrèce : « Ce qui naît avec le corps doit périr avec « le corps; mais l'âme humaine naît avec le corps; donc elle « doit périr avec le corps. »

RÉPONSE. Ce qui naît avec le corps ne doit périr avec le corps que dans l'hypothèse qu'il est né non-seulement avec le corps, mais encore d'un corps. Car il est bien naturel que ce qui naît d'un corps, ou corporellement, ne survive pas au corps, mais qu'il finisse corporellement aussi avec le corps. Mais ce qui, tout en naissant avec un corps, n'a pas son origine d'iin corps, ne doit pas, ne peut pas périr avec le corps. L'âme humaine es dans ce cas.

AUX BAPPORTS DE l'aME AVKC LE CORPS. 649

On vient d'entendre Dieu, créant les brutes, dire : « Que la « TERRE produise l'âme vivante : Producat terra animam vi- « ventem. » Par cette parole, si formelle et si explicite, il nous a manifestement déclaré que, ayant leur origine de la terre , ou par la matière , les âmes des animaux naissent non-seulement avec le corps, mais encore du corps. Mais nous avons entendu aussi l'Écriture nous apprendre que, lorsqu'il s'est agi de l'homme, Dieu n'en forma de la terre que le corps, et ne lui donna l'âme que par son souffle divin; par là nous sommes certains que l'âme humaine n'a pas son origine de la terre, mais du ciel ; qu'elle n'est pas l'œuvre de la génération de l'homme , mais de la création de Dieu. Nous avons démontré , au douzième chapitre de cette section, qu'il en devait être ainsi, parce que la substance intelligente ne peut naître que de l'action immédiate de Dieu, c'est-à-dire par création ; et nous avons prouvé que ce dogme religieux est aussi une vérité philosophique, que, prévenue et éclairée par la Révélation, la Raison démontre et confirme. Mais si', tout en venant dans ce monde enveloppée d'un corps, et unie substantiellement à un corps et avec le corps, l'âme humaine n'a cependant pas son origine d'un corps, mais est née hors du corps, il est évident qu'elle a, au moins pendant un instant , existé séparément du corps , avant d'être associée au corps; qu'elle a son existence distincte et, dès lors, indépendante de l'existence du corps : et, par conséquent, il est illogique de conclure que , parce qu'elle est née dans ce monde avec un corps, elle doit périr avec le corps. Cette conclusion n'est exacte qu'à l'égard des âmes des animaux et des plantes ; car, en naissant non-seulement avec, mais encore rf'un corps, et n'ayant jamais eu d'existence que dans et avec le corps , elles ont aussi un être inséparable du corps : et ne peuvent survivre à sa dissolution ; mais, par rapport à l'âme inlellective, qui n'a pas reçu du corps ou avec le corps, mais immédiatement de Dieu, son être, elle a un être originairement, naturellement distinct et indépendant du corps; la conclusion qu'on nous oppose n'est qu'un non-sens et une absurdité. Du reste , Lucrèce luimême , l'apôtre le plus zélé et le patriarche du matérialisme ancien et moderne, qui a tant écrit pour persuader aux hommes que rien d'eux ne survit à leur mort, n'a pu s'empêcher, dans un

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