‹ La philosophie chrétienneChapitre 217 sur 249 · LE MATERIAL. CONVAINCU DE NE EIEN COMPRENDRE · texte numérisé non relu

LE MATERIAL. CONVAINCU DE NE EIEN COMPRENDRE

moment d'intervalle lucide, d'écrire sur la mort de l'homme ces belles paroles, qu'on dirait copiées des Livres saints, et par lesquelles, comme l'a remarqué Lactance, il s'est complètement réfuté lui-même : a Ce qui ne fut que terre auparavant et ne vint que de la terre, retourne à la terre ; mais ce qui est descendu du ciel ne périt pas , mais est reçu de nouveau dans la maison resplendissante du ciel : Cedit enim relro, de terra quod fuit ante, — In terrain; sed quod missum est exxtheris oriSy — Id rursus cœli fulgentia tecta receptant. »

Lecteur, que dites-vous de la démonstration que nous venons de donner du grand dogme de l'immortalité de l'âme humaine, et de la manière dont nous venons de réduire à néant les sophismes par lesquels l'esprit d'erreur a osé l'obscurcir et le combattre ? Tout cela n'est-il pas clair, substantiel, solide, triomphant, et en parfaite harmonie avec le bon sens, le sentiment et la raison ? Tout cela n'est-il pas de la vraie et de la plus haute métaphysique, de la vraie et de la plus haute philosophie ? Tout cela n'estil pas déduit des plus simples notions de la nature, de l'fessence de l'âme et de tout ce qu'elle a de plus intrinsèque et de plus intime ? Voyez donc combien sont ou ignorants ou de mauvaise foi ces apôtres du matérialisme et du néant, qui ont prétendu que l'immortalité de l'âme ne peut être prouvée par le raisonnement, et qu'on ne peut alléguer un seul argument ab intrinseco en faveur de cette grande et importante vérité. Voyez aussi s'ils ne sont pas mal inspirés , s'ils ne sont pas en contradiction avec eux-mêmes, et, tranchons le mot, s'ils ne sont pas insensés, ces philosophes chrétiens qui, d'une manière plus ou moins explicite, enseignent à la jeunesse chrétienne cette même doctrine, plus que païenne, diaholique : «Que l'immortalité de l'àme est philosophiquement indémontrable, » et se font, sans le vouloir, les échos, les auxiliaires, les complices des ennemis les plus acharnés du christianisme !

Ajoutez que tout ce que nous venons de dire, sur ce grave sujet, n'est que l'appUcation des grands principes, des magnifiques doctrines de la philosophie chrétienne, que, sous le nom de scolastique , même des chrétiens traitent avec tant de dédain et laissent ignorer à leurs élèves , parce qu'ils les ignorent euxmêmes! Qu'elle est donc importante, précieuse, cette philosophie.

AUX BAPPOBTS DE l'AME AVEC LE CORPS. 551

à Taide de laquelle seulement on peut démontrer victorieusement l'immortalité de l'âme ! Ce n'est cependant pas tout. Et nous allons surprendre plus agréablement encore notre lecteur bien-aimé, en mettant sous ses yeux les démonstrations, que seule cette philosophie fournit, de l'immortalité même du corps de l'homme, et par lesquelles elle a prouvé jusqu'à l'évidence que le grand dogme de la bésurrection des morts est une déduction philosophique, tout autant qu'un dogme chrétien.

§ 139. De la résurrection des corps. L'homme n'a pu inventer ce dogme. — Premier argument que ce dogme religieux est aussi une vérité philosophique, tiré des phénomènes de l'ordre natîirel. —Magnifiques passages de Tertullien et de saint Augustin sur ce sujet.

Deux choses, touchant la résurrection des raorts, sont également certaines, pour quiconque connaît la nature de l'esprit humain et l'histoire des croyances de l'humanité : la première est que ce prodige est si en dehors des lois naturelles, et de tout ce qui se passe dans lu nalure, si au-dessus des conceptions possibles de l'imagination et de linteliigence de l'homme , que l'homme n'a pas absolument pu l'inventer. La seconde est que cependant l'humanité entière a, toujours et partout, cru aussi fermement à sa résurrection qu'à sa mort. Sans parler des témoignages écrits, en faveur d'une telle foi, et qui se trouvent dans tous les livres des théologiens, des philosophes, des historiens, des poètes du genre humain ; sans nous arrêter à Job, en particulier, le grand prophète, l'éloquent Évangéliste de la résurrection des morts, et qui, Iduméen par naissance, et dès lors étranger à la race et aux traditions particulières des Hébreux, est, à lui seul, la preuve la plus frappante que celte croyance était répandue dans tout l'Orient, chez tous les peuples gentils, et remonte à la plus haute antiquité : il suffit d'observer les soins que, toujours et partout, on a eus et qu'on a pour les restes inanimés de l'homme, pour se convaincre que tous les peuples, anciens et modernes, civilisés et barbares, ont toujours cru que toutes les âmes humaines reprendront un jour leur propre corps. Car celte religion des tombeaux et ce culte des morts ne sont^qu'un cons-

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tant, universel et solennel acte de foi à leur résurrection (i).

Mais, si le genre humain n'a pu puiser en lui-même, se fabriquer lui-même cette foi , il est évident qu'elle n'a pu lui venir que du dehors, d'en haut, et que c'est Fun des articles du symbole de la révélation divine , faite au monde, dès l'origine du monde, et qui, par le langage et la tradition, s'est répandue et s'est implantée dans le monde , et y restera jusqu'à la fin du monde.

En disant donc que c'est là une vérité philosophique autant qu'un dogme religieux, nous n'entendons nullement affirmer que la raison ait pu le trouver et l'imposer aux hommes; mais nous prétendons soutenir que, révélé par Dieu, qui seul a pu le révéler, ce dogme peut bien être démontré par la raison. Seulement ce n'est pas par la raison païenne , ancienne et moderne, qui, loin de s'être jamais donné la peine de faire connnaître ce dogme là où il était ignoré, l'a combattu ou tourné en ridicule là où il était connu ; mais c'est par la raison de la philosophie chrétienne qu'il peut être prouvé, confirmé, vengé, défendu. Et voyez, en effet, par quels solides arguments cette raison et cette philosophie ont rempli une si noble tâche.

Nous allons reproduire ici de magnifiques morceaux des anciens Pères de l'Église. Que le lecteur n'en soit pas surpris; tous ces Pères étaient des philosophes, et furent les fondateurs de la vraie philosophie, aussi bien que de la vraie théologie du christianisme.

Le premier de ces arguments, ils l'ont tiré des phénomènes de l'ordre naturel existant. Car, pour que l'humanité n'oubliât jamais sa fin, sa condition et sa destinée. Dieu a semé, avec une égale profusion, dans toute la nature, les images, les signes, les prophéties de la caducité de l'homme et de son immortalité, de sa mort et de sa résurrection. Écoutons là-dessus d abord Tertul-

(1) Dans notre qualriènie volume sur la Raison catholique, qui, Dieu aidant, paraîtra bientôt, et où nous avons expliqué le dogme de laRi'surrtction au point de vue de la foi, ou trouvera toutes les preuves de ea vérité tirées de l'Écriture et des traditions, aussi bien que l'économie de ce mystère, (t tous les détails concernant l'état, Is fonctions, les différencos des corps ressuscites.

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