‹ La philosophie chrétienneChapitre 223 sur 249 · DEUX AUTRES ARGUMENTS PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

DEUX AUTRES ARGUMENTS PHILOSOPHIQUES

Le célèbre interprète des Livres saints . Cornélius à Lapide, a été encore plus énergique et plus beau dans l'exposition de ce même argument. « A moins, dit-il, qu'on n'admette, ce qui n'est pas admissible, savoir que Dieu arrache violemment à l'âme humaine la nature, l'essence qu'il lui a lui-même donnée, et qu'il la fasse déchoir de sa condition propre et de son état naturel pour la laisser à jamais dans un état contre nature , il faut croire que Dieu doit lui rendre un jour son propre corps. Ces deux substances sont naturellement connexes ; l'âme a une telle propension au corps, a un besoin si naturel du corps, que, séparée du corps, elle ne peut se trouver que dans un elat violent et en dehors de sa nature. Partant la résurrection, considérée dans ses rapports avec l'essence et les exigences de la nature humaine, est une chose quasi naturelle. C'est seulement par rapport à la manière dont elle s'accomplira qu'elle sera surnaturelle, miraculeuse, en tant que nulle âme séparée du corps ne peut être de nouveau unie au corps par une puissance créée, mais seulement par la puissance surnaturelle de Dieu (1). »

Cet argument est sans réplique. Loin donc que la résurrection universelle des morts soit un phénomène vain, étrange, irraisonnable, incompréhensible; c'est, au contraire, la mort perpétuelle du corps, ou la viduité éternelle de l'âme, par ra[)port à la matière dont elle fut la forme naturelle, qui serait un fait inconvenant, excentrique, subversif de tout ordre naturel, et, par conséquent, contraire à la raison, aussi bien qu'à la nature et à l'essence des choses.

§ 141. Le dogme de la rësurreclion prouve encore par sa cause finale. — Dieu ayant créé l'homme ine\terminable, même par rapport au corps, ce

(i; « Nisi violenter aniniae siiam quasi nalurain, et naturalem statuin adirnal, « Deus débet ei suum corpus reddere .. Flac naturaliter connexa sunt. Est enini << in anima naturalis ail corpus propcnsio, ut, sine rorpore, nisi violenter et « pra;tcr naturam esse non possit. Uiide resurreclio, quoad substanliam et '< exigentiani naUirac humanai, quasi naturalis est : licet, in modo et exsecu- « tione, sit supernaluralis. IS'ecenim ai.ima separata, u'.là creatà vi , sed solà « supernaturali Dei virtute, rursum potest corpori uniri (In cap. xv primée ad '< Corin/h.). »

EN FAVEUa DU DOGME DE LA BESURRECTION. 561

dessein de Dieu doit nécessairement s'accomplir. — L'ordre cosmologique exige, lui aussi, la résurrection des corps humains.

Cette harmonie du dogme de la résurrection avec la raison ressort enfin plus éclatante de la considération de la cause finale, du but de ce grand événement.

En créant les êtres, il convenait à la Sagesse infinie, qui met un ordre, une mesure, un poids, c'est-à-dire une harmonie parfaite dans toutes ses œuvres , de proportionner les causes matérielles à leurs causes formelles, ou la matière à la forme substantielle de tout être composé. Or l'âme est la forme substantielle du corps, dans le composé humain. «En instituant donc la nature humaine , dit toujours saint Thomas , Dieu donna au corps seul de l'homme quelque chose de plus que ce qu'en vertu des principes naturels, communs à tous les corps, il lui était du ; il lui donna une espèce d'incorruptibilité, afin que, comme lame vit toujours, le corps pût, lui aussi, vivre toujours par respect de 1 amo, en compagnie de l'âme et par I ame ;'et il fit du corps, matière naturellement corruptible, une matière exceptionnellement impérissable, la seule qui fût proportionnée et convenable à une forme telle que l'âme intellective, naturellement immortelle, la seule qui fût en harmonie et en état d'équation parfaite avec elle (I). » C'est à quoi, nous le répétons, a fait allusion l'auteur inspiré du livre de la Sagesse, en affirmant que Dieu créa inexterminable, non une partie seulement de l'homme, mais l'homme tout entier : Creavit Devs hoininem ùiexfenninabilem. Ainsi la condition naturelle de l'homme de la création était d'être immortel , même par rapport au corps. Ce fut la pensée primitive du divin auteur de l'honniie, en créant l'homme.

« Par le péché, poursuit saint Thomas, l'homme ayant renversé l'ordre admirable de grâce existant entre son âme et Dieu , l'ordre non moins admirable de nature entre son âme et son

(I) i< In institutione linmana^ uatura-, Deus aliquid corpori iunnano altribuit, » supra klquod ci, ex naluralibiis |jrincipiis, debebatiir, scilicet : incorruptibi- « lilalem quamdam, fer quain convciiienter siut Conn.Te cooplarctur; ut sicut « anima- vila [lerpetna est, ita corpus per aniniani peri)ctiio Aiveret {Conlr, « Ge/i^(/.,li!). rv, c. PI). «

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