‹ La philosophie chrétienneChapitre 225 sur 249 · EN FAVEUR DU DOGME DE LA EÉSUBRECTLON · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DU DOGME DE LA EÉSUBRECTLON

corps (1). Dans la résurrection il ne s'agira pas d'une innovation , mais bien , d'après le mot profond de saint Paul , d'une simple réformation de ce qui avait été autrefois formé, et de la soustraction de notre corps à l'humiliation de sa décomposition, à laquelle le péché et la mort l'auront réduit, et de son rétablissement dans la condition glorieuse que Dieu lui avait primitivement assignée ; Reformabit corpus humilitalis nostrx, configuratum corpoin claritatis suœ (Philip. IIP. Il ne s'agira pas d'introduire un ordre nouveau^ mais de restaurer l'ordre antique; il ne s'agira pas de donner au corps une nouvelle vie, mais de lui rendre celle qu'il avait perdue; il ne s'agira pas, pour Dieu, de changer le dessein originaire de son œuvre, mais de retoucher cette œuvre et de l'embellir; il ne s'agira pas de créer de nouveau Ihomme, mais de le rappeler à sa condition primitive, d'être indestructible et immortel dans toutes ses parties.

Il n'en pouvait pas, il n'en devait pas être autrement. La mort, d'après l'Écriture, n'est pas l'œuvre de Dieu : Dens morteni non fecit. (Sâp. I). La mort n'est entrée dans le monde que par l'envie du diable : Invidia diaboli mors intravit in orbem terrarum [Ib. Il), et par le péché de l'homme ; Per peccatum mors [Rom. V) .

(1) « Resurrettio , quantum ad fmein, natnralis est: in quantum uaturalc '• est animse esse corpori unitain; sed piincipinm ejus activum non est natu- <• raie, sed divinâ virtute causatur {Contr Geuld., lib. iv, c-81). »

En partant du principe, que nous avons développé plus haut, que le germe du corps de l'iiomine, par une dispasilion toute particulière de Dieu, est indes- Iruclible , quelques-uns ont pensé que la résurrection se fera par les seules forces de la nature, et que nous ne ressuscilerons que parce que, au milieu des cendres du corps humain, décomposé par la mort, restent certaines ioïcea séminales f effectrices elles-mêmes de la résurrection, et que par conséquent nous ne ressusciterons que par une vertu foute naturelle ou par les seules forces de la nalure. Mais c'est là une grossière erreur, car «les choses qui apparliennenl à la môaie espèce, dit saint Thomas, n'ont qu'une seule manière déterminée pour le; r origine naturelle. Or, pour l'iiouime, la manière propre et naturelle de naître à la vie n'est que la génération par un individu ayant sa même espèce: mais il n'y a pas de généia ion possible lorsque tr)us les hommes seront morts; par conséquent i! n'y a dans la nature aucun principe actif de la résurrection, et par conséquent encore i lie est au-dessus de toutes les forces de la nature et n'aura d'autie cause ejficienfe que la toute-puissance de Dieu {loc. cit ).»

564 î) 141. DEUX AUTBES ARGUMENTS PHILOSOPHIQUES

Or, si l'homme ne ressuscitait pas, si la mort pouvait exercer sur lui un empire éternel, il aurait été donné à Satan et à l'homme, c'est-à-dire à la créature, de renverser pour toujours un dessein arrêté du Créateur, le dessein primitif de l'inexterminabilité de l'homme : Creavit Iiomincui incxtenninabilmi. Or un Dieu dont la méchanceté do la créature aurait pu contrecarrer et anéantir pour toujours les desseins, serait-il vraiment un Dieu tout-puissant, indépendant, absolu? Dieu doit donc à la gloire de ses attributs, à l'honneur de sa souveraineté, de son empire sur tous les êtres , de ressusciter un jour tous les morts, et de montrer par là à l'univers qu'il a pu permettre que l'on contrariât momentanément ses décrets, mais non que l'on pût les éluder pour toujours; que ses desseins , ses volontés , tôt ou tard , doivent s'accomplir; que rien ne résiste à Dieu, n'a raison contre Dieu, ne triomphe de Dieu; mais que c'est Dieu, au contraire, qui, par sa toute-puissance, a raison contre tout, triomphe de tout, même du mal, aussi bien que du néant.

Il a donc établi la résurrection de tous les hommes comme le renouvellement, sous une autre forme, de la loi primitive de leur immortalité ; et il nous l'a révélée , afin que nous sachions que la mort est un malheur, un châtiment pour l'homme, mais non un scandale contre la Providence et la souveraineté de Dieu, et que ce Dieu saura bien un jour réaliser ses desseins, et en rétablir d'une manière éclatante et permanente l'exécution et l'empire.

Enfin la résurrection des morts ne se rapporte pas seulement à l'ordre psychologique et moral, mais aussi à l'ordre cosmologique et universel. « La lumière, a dit encore Terlullien , tuée tous les jours, resplendit de nouveau; les ténèbres, chassées à leur tour tous les malins, reparaissent tous les soirs. Tous les astres, après leur mort, revivent; les saisons ne finissent que pour recommencer; les fruits de la terre sont consonmiés et reviennent; toutes les semences germent, môme plus abondamment, après qu'elles se sont corrompues et soni tombées en dissolution. Tout, sur cette terre, en périssant se conserve; tout ressort réformé des mains de la mort. Or est-il possible qu'au milieu de ce flux et refiux d'êtres toi seul, ô homme, être si grand, mriue par le nom, si tu savais te comprendre, el maître

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