DANS SES BAPPORTS AVEC LA PUISSANCE DE DIEU. 5C
îina, et pariefur gens siniuJ [Cap. 66). » Grande et belle image, qui renferme autant de philosophie que de poésie ! C'est nous dire que, dans la résurrection universelle, Dieu est le Père qui engendre; la terre, la mère qui conçoit; le tombeau, le ventre qui met au jour ce qu'il a porté pendant des siècles; et l'humanité entière, l'enfant qui renaît à une nouvelle vie. Ce ne sera donc pas un prodige tout à fait nouveau, mais ce sera le renouvellement d'un prodige bien ancien : à la seule différence qu'alors s'accomplira en un seul jour et en un seul instant, à l'égard de tous les hommes ensemble, le même prodige qui s'est autrefois opéré à l'égard de chaque homme en particulier, dans la suite des siècles qui auront formé la vie de l'humanité : Pariet terra, in die una , et parietur gens simul. Dès lors quelle difficulté à admettre que, par la vertu infinie du même Agent, se répétera de nouveau un prodige qui a eu déjà Ueu autrefois? N'est-il pas, au contraire, très-aisé de comprendre que la même Cause souveraine qui, par sa puissante parole, a improvisé et affermi sur une base solide l'immensité des cieux : Verbo Domini cœli firmati sunt (PsaL), puisse remuer la terre, et en faire sortir les corps de tous les hommes ? N'est-il pas très-aisé de comprendre que le même Dieu qui, en un instant et par un mot, a tiré de l'abîme du néant l'univers, avec les vingt -deux, millions de mondes qu'il renferme, et l'infinie variété des êtres qui les peuplent : DixU et facta sunt [Ibid.], puisse, par l'énergie de la même parole, arracher, dans un instant, des mains de la mort; auxquelles il les avait confiés en dépôts, les restes de l'humanité, et rappeler cette humanité de nouveau à la vie ?
C'est sur cet argument qu'ont insisté les anciens Pères de l'Église, dans leurs disputes avec les philosophes contemporains, qui mettaient en avant l'impossibilité que l'homme renaisse tout vivant de la corruption du tombeau. Faisons donc notre profit de la logique puissante de ces grands hommes, pour confondre l'insolence avec laquelle les petits esprits de nos jours osent combattre le même dogme, en le présentant comme quelque chose de contraire aux lois de la nature et à la nature des lois universelles.
« Tu me demandes, disait TertuUien à l'un des sophistes de son temps, comment la matière du corps humain, décomposée
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et dispersée, pourra se réunir et reprendre son ancienne forme, son ancienne vie? Mais tu n'as qu'à rentrer en toi-même et à te considérer attentivement toi-même, pour rencontrer en toi-même la raison de croire à ce prodige. Qu'étais-tu avant de commencer à êtreV Tu n'étais que néant; car, situ avais été quelque chose, tu t'en souviendrais. Obligé donc de croire que, n'existant jadis d'aucune manière, tu existes à présent^jar la toutepuissance de Dieu , quelle difficulté peux-tu trouver à admettre que, lors même que la mort t'aura fait tomber dans ton ancien néant , tu pourras sortir une seconde fois du néant par la volonté toute - puissante du même Dieu qui l'a déjà tiré du néant une première fois (1) ?
« Ta résurrection ne sera pas pour toi une nouveauté. Elle ne fera que répéter en toi ce qui t'est arrivé une autre fois. Tu n'étais pas, et tu as-été fait; par la mort, tu ne seras pas, et^ par la résurrection, tu seras fait de nouveau. Insensé, qui te laisses arrêter par la difficulté de comprendre comment tu retourneras à être ce que tu es en ce moment, commence donc par comprendre, si tu le peux, comment tu as été fait une première fois. Car il est évidemment plus facile que tu sois de nouveau ce que tu as été , qu'il n'était que tu fusses une première fois ce que tu n'avais jamais été (2).
« Tu ne peux douter de ce prodige, à moins que tu ne dises que la toute-puissance de Dieu s'est épuisée en te créant du néant, et que, par conséquent, il n'est plus possible à Celui qui t'a créé tout entier du néant, de te restaurer, même en partie; que ton corps ne pourra plus être réanimé par Celui qui a extrait de
(1) «Sed quomodo, inquis, dissolula materia exhiberi potest? Considéra '<■ temetipsuni, o hoiiio, et fideni rei invenit s. Recogita quod fmris, antequatn n esse?. Utique niliil; meminisses enim, si qiiid fi-i>ses. Qui ego niliil fueras, K priusquam esses, idem niliil factus, cum esse desieris, cur non poteris rursus « esse de niliilo, ejiisdem ipsius aucloris volnntale qui te volait esse de nihiio « {Apologet., xLYnii' »
(2) « Quid novi tibi eveniet? Qui non eras, factus e> ; cum iteruin non eris, fies. « lledde, si polos, rationem (pia factus c-;,et t-inic requird qna fies. Et tamen fa- « cilius ufiquo fies quod fuisti aliquando, quia ;pque non difficile factus es qnod r. nunqnain fui-ti aliquando {Ibid.). ><