‹ La philosophie chrétienneChapitre 229 sur 249 · DANS SES BAPPOBTS AVEC LA PUISSANCE DE DIEU · texte numérisé non relu

DANS SES BAPPOBTS AVEC LA PUISSANCE DE DIEU

là-dessus , voici la grande objection qu'ils nous font, et qu'ils croient insoluble : « Si, au dernier jour, Dieu ne devait faire autre chose que donner à chaque âme un corps qnelconqne, cela se comprendrait. Le Dieu qui a, dans un instant^ créé du néant l'univers et les êtres qui le composent, pourra bien, dans un instant aussi, créer du néant autant de corps qu'il y aura d'âmes humaines, et en donner un à chaque âme. Mais, dans ce cas, ce ne serait qu'une création nouvelle et non une véritable résurrection. Dans ce cas, nous n'aurions qu'un corps nouveau, un corps d'emprunt, et non notre ancien corps, notre propre corps, ce corps qui aura partagé le mérite de nos vertus aussi bien que la culpabilité de nos fautes. On ne peut comprendre la nécessité, la justice, la convenance de la résurrection des corps, qu'en tant que cette résurrection nous rendra les mêmes membres, la même chair, le même sang que nous aurions eus avant de mourir. C'est là vraiment re55M5nYer. Or une telle résurrection est impossible, même à la toute-puissance de Dieu; car, à l'exception des hommes qui mourront dans les derniers temps, tous les corps des hommes qui seront morts dans le cours de plusieurs milliers de siècles se trouveront, au dernier jour, avoir été consumés par le feu, ou dévorés par les bêtes ou par des hommes plus féroces que les bêtes, ou réduits en poussière, que le temps aura dispersée ou convertie en d'autres substances; ils se trouveront donc avoir tous disparu à la fin du monde. Encore une fois. Dieu pourra bien les créer de nouveau, mais non pas les ressusciter identiquement, numériquement les mêmes, puisqu'ils n'y seront plus, et qu'ils ne serait resté d'eux qu'une pincée de cendre ou rien. » C'est la difficulté la plus sérieuse, et même l'unique difficulté qu'on puisse faire contre le dogme de la résurrection. Mais voici sa solution.

Cette difficulté est d'abord bien ancienne. Il y a dix-huit siècles, les Gentils de Corinthe la faisaient, eux aussi, à saint Paul :

« Comment est-il possible, lui disaient-ils, que les morts ressuscitent dans leur propre corps? Ce corps ayant été détruit, dans quel corps reviendront-ils à la vie?» Et voici la réponse que le grand apôtre leur faisait : « Insensés que vous êtes ! ce que vous semez, ne faut-il pas qu'il meure avant d'être vivifié ? Lorsque vous semez du blé, par exemple, ou toute autre chose, que

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faites-vous? Vous répandez sur la terre le simple grain et non le corps de la plante, et c'est Dieu qui ensuite donne à ce grain le corps qui lui est propre, et dans la mesure qu'il lui plaît. Toute chair n'est pas de la même nature; mais autre chose est la chair de l'homme, et autre chose est la chair des quadrupèdes, des oiseaux et des poissons... C'est ainsi que se fera la résurrection des morts. A présent le corps de l'homme est semé dans la corruption; un jour il ressuscitera dans l'incorruption (1). »

Oh! quelle profonde doctrine renferme cette réponse! C'est là toute la philosophie de la résurrection. Expliquons-la avec le secours des lumières des plus grands hommes, des plus grands philosophes du christianisme.

Saint Paul nous avertit que toute chair n'est pas de la même nature, et que la chair de l'homme diffère de la chair de tous les animaux. Or en quoi la chair de l'homme diflère-t-elle naturellement de la chair des brutes, sous le rapport dont il s'agit, si ce n'est en ceci que, comme vient de nous le dire saint Thomas , par la loi que Dieu a faite à la nature, toute mutîère devant suivre les conditions de sa forme, la chair de la brute étant la matière d'une forme périssable, telle que l'âme purement sensitive, périt tout entière avec elle et comme elle ; et que la chair de l'homme, ayant été la matière d'une forme immortelle, telle que l'âme intellective, ne périt pas entièrement par la mort, mais que quelque chose d'elle survit toujours à sa décomposition? C'est ce qu'a voulu dire l'auteur de la Sagesse dans ce passage que nous avons si souvent cité : « Dieu a créé l'homme « INEXTERMINABLE. Ce n'est que par la jalousie du diable que « la mort est entrée dans le monde. » Ce qui signifie évidemment qu'il n'a pas été donné à la méchanceté de la créature d'exterminer entièrement l'œuvre du Créateur, mais seulement

(I) " Sed dicet aliquis -. Quomodo rosurgcnt moi lui; qiialive corpore ve- « nient? Insipiens, tu quod seaiinas non vivificalur, nisi |)rius moriatu". Et « quodseminas, non corpus seniinas, sed nudmn granum, ut puta, tritici aut « aiicujus (a'ieroi uni. Deus aulcni dat ilii corpus. ISon onuiis caro eadem caro, «< sed alia quidem ca o lioniinum, alla vero pecudum, alia volucnun, alla pi- « scium... Sic et resucrectio niortuorum : seminaturin coiruptionc, surgt-t in « incorruptione (I Corinth.,w).'>

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