‹ La philosophie chrétienneChapitre 230 sur 249 · REPBENDR4 SON PROPRE CORPS · texte numérisé non relu

REPBENDR4 SON PROPRE CORPS

de l'altérer; car la mort n'est qu'une altération, un changement, et non la destruction complète de l'être humain. Cela signifie évidemment que, comme la mort ne fait que séparer du corps l'âme sans la tuer, ainsi elle ne fait que décomposer les éléments du corps sans les anéantir, et que, tout en passant par les mains de la mort, l'homme n'en demeure pas moins l'homme de la création primitive, inexterminable , par rapport au corps aussi bien que par rapport à l'Ame.

Avant saint Tliomas, saint Augustin avait dit, lui aussi : « La matière terrestre, le germe, dont est formée la chair de l'homme, ne périt pas entièrement pour Dieu. Tandis donc que la chair de la brute se décompose complètement, se change en d'autres substances et périt entièrement, comme son âme : seule, la chair de l'homme n'est pas entièrement détruite par le feu, ni transformée en d'autres substances par la manducation : mais, soit qu'elle ait été brûlée , ou réduite en cendres et mêlée à d'autres cendres (1), soit que, par la transpiration de celui qui l'a mangée, elle se soit dissoute dans l'air, ou se soit convertie dans la chair d'un autre corps, elle demeure toujours ce qu'elle a été dans son germe ; et le jour de la résurrection, Dieu saura bien trouver ce germe, ce reste que sa vertu avait rendu indestruclible ; il

(1) Les Grecs et les Romains brûlaient les cadavres de leurs morts, en conservaient les cendres dans des urnes sépulcrales, et leur rendaient un culle religieux. Ils croyaient donc très-lVrmcnient que le feu, qui n'épargne rien , fait cependant une exception à l'égard des restes de l'homme , en respecte quelque chose, et que te quelque chose, ce germe du cadavre humain, demeure toujours le même, au milieu des cendres des matières combustibles qui ont servi à sa combustion. Le même usage et la même foi se rencontrent chez un grand numljre de peuples, principalement aux Indes, même de i os jours; seulement les Indiens conlient le dépôt sacré de ces cendres à des endroits privilégiés de leurs gramls ileuves. Or il est impossible (pie cette foi immense et incompréhensible, que le feu, qui détruit toute chair, ne détruit pas toute la chair de Vhominc, soit une création humaine. L'imagination n'imagine pas le contraire de ce qui se voit; la raison n'invent-i pas ce qu'elle ne comprend pas. Cette foi n'i^st donc que l'un de ces dogmes que la révélation divine n'a fait que form 1er, mais dont l'Auteur de l'homme a gravé ie sentiu eut et l'inslinct dans la nature même de l'homme, et qui, d'après la belle parole l'e Tcrtullien, attestent qne l'âme humaine est natuiellement chrétienne : Teslimonium aitimx naturaliter christiana:

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