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COMMENT L'HOMME, DE LA BÉSUBRECTION

saura bien le rendre à l'âme qu'il avait animée la première fois et en union de laquelle il avait vécU;, grandi et formé l'homme; et ainsi le même homme sera fait de nouveau. »

On vient d'entendre , en second lieu, saint Paul nous disant que toute semence doit se décomposer et en quelque sorte mourir, avant de germer et de revivre : Quod seminas non vivijicatur, nisi prius moriatur; que toute plante n'a que sa semence de pro/jre; que la matière de l'augmentation et de la grandeur du corps qui lui convient^ et qu'elle accjuiert ensuite , lui arrive du dehors par l'action divine , et qu'il en est de même de la résurrection des morts : Seminas nudum granum; Deus dut illi corpus; uniciiique seminum proprium corpus ; sic et resurrectio mortuorum. Oh! que cette comparaison, cette image de la semence, qui meurt, puis repousse et ressuscite, est sublime, gracieuse et bien choisie ! Oh! que cet argument, s'écrie Lapierre, est bien apte à faire disparaître toutes les difficultés, et à nous rendre intelligible le mystère de notre résurrection (1) ! Nous y apprenons qu'à la fin du monde Dieu ne fera, à l'égard de nos corps, que ce qu'il fait à présent à l'égard des plantes. Nous ne mettons sous terre que le grain seul de la semence du végétal que nous voulons avoir. Ce grain gonfle, s'engourdit, crève, ne conserve plus rien de ses anciennes qualités et de son ancienne figure; il meurt, dans toute la rigueur du terme, et Dieu, en vertu des lois qu'il a étabUes pour la végétation, le rend capable d'attirer de toutes parts, de la terre et de l'air, d'autres substances, de se les assimiler, et de cette manière il lui donne l'augmentation, le corps complet qui lui est propre, et en forme une plante parfaite, vivant d'une vie toute nouvelle. De même, au jour dernier, il ne se trouvera de la plante de notre corps qu'un peu de cendre, le germe, le grain de sa semence primitive, qui a pourri, qui a subi la mort au sein de la terre. En vertu de sa toute- puissance , Dieu lui ajoutera d'autres substances, que ce grain s'assimilera, et, par ce moyen, Dieu lui donnera l'accroissement, la grandeur, la taille, la l'orme de l'homme ; en fera le corps parfait que ce

(1) « Insignis imago et arguinentuin resurrectionis, iu seiniue nioricnle, et « repullulanle, et quasi résurgente [In cap. \v primx ad Coiinlh.). <>

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germe avait eu autrefois, et fera revivre en lui l'ancien homme, le même homme qui fut avant la mort.

Notre poussière, ou le germe indestructible qui sera resté de notre corps, sera donc, dans les mains de Dieu, ce qu'est la semence des plantes dans les entrailles de la terre, il sera le principe, la base, non d'une nouvelle création, mais d'une germination nouvelle de l'ancien homme : Sic et resurrectio mortnorK m. Vomqnoi donc, conclut l'interprète précité, Dieu ne pourra-t-il répéter, à l'égard de l'homme, ce qu'il fait, à chaque instant, à l'égard des plantes (l)?

Et qu'on ne dise pas que ce corps, composé de substances étrangères, que Dieu aurait tirées des éléments de la nature ou du néant, ne serait plus numériquemeut notre ancien corps : car la plante elle-même n'obtient que par l'adjonction de substances étrangères son volume, son développement complet; et cependant le germe et la forme substantielle (l'âme végétative) qui se sont assimilé ces substances étrangères, demeurant toujours les mêmes, la plante, à l'état d'arbre, est numériquement la même qu'elle était à l'état de germination et à l'état d'arbrisseau. De même, quoique reconstitués à l'aide de substances étrangères, cependant le germe et la forme substantielle (Pâme intellective) de chaque homme, qui se seront assimilé ces substances, demeurant les mêmes qu'avant notre mort, notre corps de la résurrection sera numériquement le même que celui de notre naissance.

Remarquez bien, dit encore saint Thomas, que, pour qu'il soit vrai que nous ressusciterons tous dans notre même corps^ il n'est pas nécessaire que ce corps reprenne toute la matière numériquement la même qu'il avait au moment où l'âme s'en sépara : Non est necessarium ut quidquid fuit in homine materialiter , re-

(1) «Tangitliic Apostolus radicem ulceris, et causam enoris. NonnuUi euim « desperabant et negabant resurrectioneni c irpoiuni, quia -videbant ea in terra « putrefieri : quasi incredibile et impossibile esset , putrida corpora reformari « et resuscitari. Hanc cau>am succidit Pauliis e\emplo grani, quod seminatur. « Illud enim priiis pulrefit et inoritur in terra; inde, quasi renascens, germinat: « ila ut granumunum quod seminatur, in messe spicis et grauis vestitum et cu- <■ mulatuvn, videatur in niajori gloria resurgere; pari modo corpora nostra pu- « trescunt; sed inde ad majorem gloriam résurgent {/oc. c»^). »

57G 5f 1^3. COMMENT L'HOMME, 1)E LA RÉSURRECTION,

surgat ineo {Contra Gentil., lib.lV.c. 81). Car, même à piésent, le corps que nous , hommes faits, par exemple, avons actuellement , n'est plus malériellement le même que celui que nous avions dans notre enfance; et cela par deux raisons. D'abord, parce que le corps que nous eûmes en naissant était un corps très-petit, faible, et il ne tient le volume, la grandeur, la solidité dont il jouit à présent, que de la nourriture et des éléments extérieurs, des substances étrangères qui concourent à la formation et à l'accroissement de tous les corps vivants; ensuite, parce que, dans tous ces corps, non-seulement los humeurs et le sang, mais la chair même et les os, tout enfin s"usc, se consume, se perd, est restauré et renouvelé à chaque instant par les aliments dont on se nourrit, par l'air qu'on respire (I). Toutes les parties de notre corps, selon la matière , sont donc dans un état de flux et de reflux perpétuel, et ne demeurent jarnais les mêmes dans notre cor{)s , pendant notre vie : Parta^, secundiim matcriam, non marient in corpore, sed fliiunt et rejlimnt {Supplément, q. 82, art. 5). En sorte que, de la matière du corps de noire enfance, il n'est rien resté dans le corps de notre virilité et de notre vieillesse. Et cependant cela ne nous empêche pas de croire et de dire que notre corps actuel est numériquement le même corps que nous eûmes en sortant du sein de notre mère; et pourquoi ? si ce n'est parce que l'âme inlellective qui l'informe en est toujours la même, et parce que la semeuco ou le germe autour duquel et sur lequel, comme sur sa base, ont eu lieu tant de ruines et tant de réparations, tant de diminutions et tant d'accroissements, tant de changements et tant de vicissitudes de toute espèce, sont restés, eux aussi, toujours les mêmes. Puisque donc le corps de notre seconde vie sera rétabli, lui aussi, sur la base de la même âme qui lui communiquera de nouveau son propre être, le même être et la même manière d'être qu'elle lui communiqua la première fois qu'elle s'y unit, et sur la base du même germe, de la même substance imnmable et indestructible de tout corps humain et du coi'ps de notre première vie ; le corps de cette se-

(1) Les naturalistes pensent (|ue notre macliine corporelle se renouvelle tout entière tous les sept ans.

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conde vie sera numériquement le mème^ et il sera très-vrai que ce ne sera pas une nouvelle création, mais une véritable résurrection; que nous ressusciterons dans notre propre corps; que nous reprendrons exactement notre ancien corps; que, selon les belles paroles de l'historien-prophète de la résurrection. Job : «Nous serons de nouveau revêtus de notre peau; que nous verront» nous-mêmes, dans notre ancienne chair et par nos anciens yeux, notre Rédempteur et notre Dieu , qui nous aura rappelés à la vie, et que rien ne saurait arracher cette foi et cette espérance du cœur de l'humanité : Scio quod Redemptor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum, et rursus circumdabor pelle mea, et in carne mea videbo Deum meum. Quem visurus sum ego ipse, et oculi mei conspecturi sunt, et nonalius :reposita est hœc spes mea in sinu meo {Joh, XIX).

Le prodige de la résurrection, d'après saint Augustin, consistera donc en ceci : que Dieu nous rendra alors , dans un instant, par sa grâce, ce qu'il donnait, à chaque instant, dans le temps, par les lois qu'il avait faites à la nature : Reddilur munere quod accessurum eral tempore [Serm. 15-4, De Tempor.). C'est d'un germe à peine perceptible, déposé au sein de notre mère; c'est d'un corps très-petit, tel que le corps d'un enfant nouveau-né, que, par l'accession de substances étrangères, s'est formé notre corps actuel, si grand et si parfait. De même, au dernier jour, c'est de la pincée de cendres, du germe presque invisible, qui sera resté de notre corps , que , par l'accession de substances étrangères, sera reformé ce même corps : avec la seule différence que l'assimilation de ces substances, qui, à présent, se fait avec le temps, par la nourriture et la respiration , se fera alors directement et simultanément dans un clin d'œil , in ictu oculi, par la toute-puissance de Dieu : Redditur munere quod accessurum erat tempore. Est-ce que Dieu ne peut faire ce prodige? Est-ce que ce prodige dépasse la puissance infinie qui parle au néant, et à laquelle le néant répond comme ce qui est : Vocat ea quœ non sunt tamquam ea qux sunt {Rom,, VII)? Où est donc ici la contradiction et l'impossibilité de la résurrection, même pour la puissance de Dieu ?

0 vous qui refusez d'admettre la résurrection des morts, commencez donc, concluait saint Augustin, par vous révolter, par II. 37

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