INUTILITE DE LA. METHODE CARTESIENNE
produit de plus grossier, de plus inorganique et de plus désorganisé en philosophie (1). Or, quant à ce réformateur si vanté de la méthode des études, il n'est aujourd'hui douteux pour personne (\\\e le titre principal de sa... honte n'ait été que d'avoir matérialisé la science, d'avoir enfanté Hobbes, Locke , Hume, Collins, Woulston, que Condillac et Voltaire ont importés en France, et d'être le patriarche du matérialisme et de l'athéisme modernes. Il est vrai que, de par le code philosophique octroyé par le sophiste de Ferney, il était de rigueur, au dernier siècle, d'avoir donné au moins neuf coups d'encensoir à Bacon, six à Locke et trois à Descartes, pour obtenir le brevet de philosophe, et que cette mode dure encore en France, où cependant rien n'est plus éphémère ni plus changeant que la mode. Mais ce n'est pas une raison pour que des auteurs sérieux continuent à encenser Bacon, à le présenter à l'adoration des savants, et que ceux-ci se prosternent à ses pieds, comme devant une divinité philosophique.
Il reste donc à voir si Descartes a des titres plus légitimes aux mêmes hommages. Or, si nous ne nous trompons pas, le seizième siècle, — pour ne pas remonter plus haut, — qui a précédé l'apparition de Descartes sur l'horizon scienlitîque , avait produit déjà en Italie, en Espagne, en France, les Bellarmin, les Suarez, les Melchior Cano, les Salmeron, les Lainez, les Canisius, les cardinal de Lorraine et cette pléiade de philosophes, de théologiens, de canonistes, de jurisconsultes célèbres, qui ont brillé d'une si vive lumière au grand concile de Trente, et qui brillent encore dans ce qui reste d'écoles catholiques. La direction des études scientifiques de ce siècle n'était donc pas wmwya/s(9, et l'on ne peut citer un seul savant qui se soit plaint d'y avoir éprouvé des mécomptes. M. Jourdain lui-même a dit naïvement à ce même endroit : « Il ne faudrait pas conclure de là que tout, « avant Bacon et Descartes, n'était que confusion et désordre a dans les ouvrages et dans les recherches des philosophes. » Il est donc faux qu'on ait eu besoin alors que quelqu'un vînt si-
(1) Ceux qui trouveront ce portrait par trop chargé n'ont qu'à consulter 1 intéressant ouvrage intitulé : Bacon, par le comte Joseph de Maisire; ils y verront que nous n'avous peint ici que d'après nature Bacon et sa méthode.