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60 § 6). l'a ME. PnÉLTMTNAinrS PHYSIQUES.
La ma'iit'rc n'est, de la part de la chose, ex parte rei, qu'une pure puissance matérielle, n'ayant aucun acte, mais ordonné à tous les actes, à toutes les formes matérielles. Elle exige donc naturellement un autre principe, par lequel elle soit constituée enactf, et dans un tel acte. C'est ce que fait la forme ; et c'est pourquoi elle est le second des principes dont résulte tout composé naturel.
La nécessité d'admettre un tel principe, par lequel Tètre naturel en puissance, soit constitué en acte, et dans w;i tel acte, est évidente d'après la manière dont tout changement substantiel se fait dans les choses matérielles. Car, non-seulement ces choses sont capables d'être changées accidentellement, comme le même bois est capable de devenir une table ou un escabeau, mais elles sont capables d'être changées subslantiellement, comme la pluie, la chaleur et les gaz atmosphériques , se changent en tronc, en branches, en feuilles, en fruit, dans la plante; comme les aliments se convertissent en chair, en os, en sang, dans les animaux ; comme le sel et certains gaz deviennent des métaux dans les entrailles de la terre; et comme la rosée du ciel se transforme en perles dans la coquille. Non-seulement les choses naturelles sont susceptibles d'être extérieurement modifiées , mais aussi d'être engendrées ci faites, dans toute l'extension du mot, par rapport à leur nature, et devenir autre chose que ce qu'elles étaient auparavant.
Or, ce qui est engendré ou fait (et non créé) demande d'abord un principe préexistant. Ensuite, ce principe, qui, par exemple, n'était pas plante auparavant, n'a pu le devenir par soi-même; parce que rien ne peut devenir par soi-même ce qu'il n'était pas auparavant. Donc, le principe-plante, en puissance, ne peut se convertir en plante en acte, qu'en vertu d'un autre principe distinct du premier. Or, cet autre principe, qui est le terme de la génération ou de la formation de la chose engendrée ou faite , et par lequel le sujet devient ce qu'il n'était pas auparavant, dans le genre de substance, c'est Forme. Nier cela est donc nier l'évidence.
De là résultent les trois fonctions propres à toute Forme substantielle. Ce sont celles : 1° de Substaiscieii, 2° de Spécifieb, .3° d'I^^lVIDUALISER la matière ou le sujet. Expliquons-nous, et
DÉFINITIO:>J ET FONCTIONS DE LA FOBIIE. 51
ne craignons pas d'être long, sur un sujet sur lequel il importe tant d'être clair.
11 est vrai que, comme nous l'avons si souvent observé, la matière première, ayant été créée sous différentes formes substantielles, dans le fait, n'a jamais existé et n'existe qu'à l'état de substance ; car toute portion de matière première unie à une forme est substance. Dans toutes les choses, la forme n'est donc que l'état que le sujet changé quitte, et l'état qu'il acquiert au terme de son changement. Conséquemment, la forme est la raison par laquelle le sujet est ce qu'il était avant, et ce qu'il est après que son changement s'est accompH. Ainsi, dans un bloc de marbre, dont on a fait une statue, le marbre est le sujet; le marbre, non encore figuré d'une manière régulière, est le terme à qiio; et la statue, ou la forme artistique, est la raison par laquelle, au terme du changement, le marbre se trouve figuré d'une nouvelle manière. Or, la forme de la statue est quelque ciiose existant en acte : donc le terme adquem, dans la génération, soit substantielle, soit accidentelle, qui se dit altération, est dans le genre de l'Acte ; parce que c'est la raison par laquelle le sujet qui était en puissance, est en acte, après le changement. La forme ne donne donc pas seulement l'acte à ce qui est en puissance, mais elle est Acte elle-même.
Il est vrai que, dans les choses engendrées ou faites par les forces de la nature, la matière première ne fait que changer de substance, en changeant de forme; mais elle ne cesse jamais d'être à l'état de substance, parce qu'elle ne cesse jamais d'avoir une forme. Avant d'être changée, par la vertu digestive, en chair et en sang, dans l'animal, l'herbe et l'eau sont de vraies substances, car elles sont la matière première, ayant la forme de l'herbe et de l'eau. Mais il est vrai aussi que, par la forme nouvelle qu'elles prennent, la digestion accomplie , elles deviennent ce qu'elles n'étaient pas, de la vraie chair, du vrai sang; et que, par conséquent, dans ce changement, qui est une vraie transsubstantiation, la matière première, en perdant la substance de l'herbe et de l'eau qu'elle avait, reçoit la substance de la chair et du sang qu'elle n'avait pas. Et puisque c'est par la nouvelle forme , agissant sur elle, qu'elle se transforme en cette nouvelle substance , rien n'est plus rigoureusement
r,2 § 65. L'AME. PRÉLIMIXVIRKS PHYSIQUES.
exact que celte formule : la forme subsiancie la matière.
Par cette transsubstantiation, les aliments que nous prenons se changent en substance véritable de notre nature corporelle; et, par là, quoique notre corps ne soit arrivé à la grandeur de rhomme fait, et ne se conserve que par l'usage des aliments ou par l'accession de substances étrangères, cependant, il est toujours notre propre corps, et depuis le premier jusqu'au dernier instant de notre vie nous demeurons 'toujours le même homme que nous étions dans notre enfance. Voici là-dessus un beau passage de saint Thomas : « Nous avons besoin des aliments, nonseulement pour grandir (parce qu'autrement, une fois que nous aurions atteint notre augmentation, nous n'aurions plus besoin de nutrition) , mais encore pour restaurer nos forces et nous dédommager de ce que nous perdons à chaque instant par la chaleur naturelle. Or, cette restauration n'en est vraiment une qu'en tant que ce qui se produit en nous par l'usage des aliments se change vraiment en notre substance et occupe !a place de ce que nous perdons. Par conséquent, ce que nous obtenons par la nutrition appartient aussi réellement à notre corps que tout ce que nous avions de corporel dès notre naissance. Il faut donc tenir pour vrai que nos aliments se convertissent réellement dans la vérité de notre nature, puisqu'ils se changent vraiment en l'espèce de notre chair, de nos os, et de toutes les autres parties de notre corps. C'est ce qu'a voulu dire Aristote par cette sentence : Les aliments ne nourrissent que parce qu'ils sont la chair en puissance (dont lame de l'animal fait la chair en acte) (1). »
« Toute vertu du corps passible, dit toujours saint Thomas,
(l) n ISutrimcnlo iiidigetur, non solum ad augnientum, alioqiiin, terniinato n augmento, neccssarium non csset, scd cliara ad restauranduin illnd, quod « depcrditur, per actionem ciloris naturalis. Non autem esseireslauratio, nisi « i(1, quod c\ alimente generatur, succederet in locuni deperditi. Undc, sicut « id quod priore inerat, est de verilate naturœ liuraanae, ita et id quod ex « alinùuto genen^tur. Et idco diccndum est quod alinienluni vcrc conver- « titur in vcritatem naturœ human.T, in (iuantumverc accipit specieni cariiis et « ossis, et hujusniodi j artiura. Et hoc est quod dicit Philosoplius : Alini'^.n^vi.ii « Dutrit, in quantum est potentia caho. (I p.) »