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LA RÉFORME PHILOSOPHIQUE DE DESCAETES

pide que désespéré, sorti de sa bouche: « Thomas abattu^ c'est pour moi l'ÉgUse renversée : Toile Tfioniam, et Ecclesiam dissipabo/» Voilà les sources où se sont inspirés les prôneurs du classicisme païen du seizième siècle ; voilà des fureurs dont de prétendus catholiques se firent alors les complices et les échos, dans leur croisade contre la philosophie chrétienne, et contre saint Thomas qui en est la grande personnification et la gloire; et voilà ce qui a valu à la philosophie scolastique l'arrêt çwe les écrivains de la Renaissance ont porté contre elle, et dont ses disciples ne se sont jamais relevés. Bacon, Descartes, Locke et Kant n'ont-ils pas parlé la langue la plus inintelligible, non-seulement pour le peuple, mais aussi pour les savants, pour leurs propres disciples et très-probablement pour eux-mêmes? Leurs écrits ne sont-ils pas, nous le répétons, ce que la philosophie moderne a enfanté de plus vague, de plus inexact, de plus obscur, de plus lourd et de plus barbare, par rapport à la méthode, au langage et à la forme? Cependant, loin qu'un arrêt ait été porté conire eux, on n'a pas cessé, depuis leur apparition, on ne cesse pas encore de les louer et de les imposer plutôt que de les proposer à l'admiration du monde savant, comme les livres classiques, touchant la méthode scientifique, et les manuels les plus sûrs du savoir? Et pourquoi? si ce n'est parce que ces écrits renferment les germes, plus ou moins développés, de toutes les erreurs, de toutes les hérésies, et qu'en les prenant pour guides, on ne peut manquer le but que la science moderne, cette «vaste conspiration contre la vérité (De Maistre) » , veut atteindre : la substitution d'une religion philosophique à l'aide d'une philosophie irréligieuse , c'està-dire la substitution de la raison à la foi, de l'homme à Dieu, et la destruction de toute religion et de toute vérité. Oh ! si la philosophie scolastique avait eu le malheur de favoriser, même de loin, ces horribles projets, ces tendances ténébreuses de la science moderne, nul doute qu'on ne lui eût beaucoup pardonné; nul doute qu'on n'en eût même trouvé la méthode admirable, la lanç/iie sublime; nul doute qu'on n'eût placé saint Thomas au premier rang parmi les philosophes. Ainsi donc Vahiis du sijllogisme,\e divorce complet entre la langue scolastique et la langue du peuple, la sécheresse des doctrines, V abstraction de ses principes, Voubli de la conscience dans la recherche du vrai, Vobscu-

ET Là BEFORME THÉOLOGIQUE DE LUTHER. 603

rite des formes, ne sont que les prétextes; quant aux vraies raisons de la haine, de la persécution des trois derniers siècles contre la scolastique, elles se trouvent dans son orthodoxie, son cachet tout chrétien et catholique, et sa spécialité d'être la seule philosophie sachant concilier la raison et la foi, la vérité de la science et la science de la vérité. Voilà V histoire véritable de nos temps vraiment fabuleux j touchant la philosophie.

§ 147. Autres incroyables reproches que, par l'organe de M. Jourdain, le semi-rationalisme a osé faire à la scolastique. — On les réfute mot poiir mot. — La réforme philosophique de Descartes n'était pas plus nécessaire que la réforme théologique de Luther Funestes résultats de

cette double réforme, prouvés par les faits.

Ce n'est donc que dans un moment de distraction et d'oubli de lui-même, que l'honorable M. Jourdain a pu écrire aussi ces étranges lignes sur Descartes en particulier: « Osons le dire (1), « Descartes n'a été que l'instrument de la réforme la plus néces- « saire, lorsqu'il est venu substituer à cet amas de formules, de « formes techniques et de règles artificielles, une méthode plus « dégagée, plus simple, moins aride, dont le premier précepte c( était de se mettre en présence de la vérité et de l'observer. » {Ibid.) Voilà donc Descartes canonisé par cet auteur, et proposé comme ayant des titres incontestables à ce qu'on le regarde et l'honore comme le plus habile réformateur et le plus insigne bienfaiteur du genre humain, au point de vue delà science et de la philosophie. Mais ce ne sont là que des affirmations, empruntées textuellement à M. Cousin, et répétées trop légèrement par ses écoliers. Ce ne sont que des affirmations qu'un fanatisme aveugle, la mauvaise foi et l'hypocrisie, seuls, ont pu inspirer à ceux qui les ont formulées la première fois. Ce ne sont que des affirmations que l'historien lui-même de la philosophie de saint Thomas arél'utées d'avance: car on vient de l'entendre nous dire que la méthode scolastique a été ce qu'elle devait être dans un temps où la vérité catholique était en butte aux attaques multi-

(1) Vous avez raison : il faut être bien osé pour dire ce que vous allez dire.

004 $ 147. LA BÉIOHME PHILOSOPHIQUE DE DESCA.RTES

pliées de l'hérésie; que le propre de cette méthode est la précision des idées, la méthode des principes, la sévérité de la démonstration, et qu'enfin la méthode scolastique est très-apte à affermir la raison, à aiguiser l'esprit et à l'aider à pénétrer les plus abstruses vérités. De par M. Jourdain, écrivant la 209* page de son deuxième volume, ce que le même M. Jourdain affirme ici est donc faux : Que la méthode scolastique n'était qu'wn amas de formules bizarres, de termes techniques, de règles artificielles , demandant nécessairement une réforme.

Dans la première section de la Philosophie chrétienne, où nous avons donné la nomenclature des idées de la scolastique, telle qu'elle se trouve dans saint Thomas (vol. I, pag. 239 et suiv.), on en a pu connaître toutes les/orww/es et leur portée, tous les termes techniques et leur signification, toutes les règles et \\\sage qu'on en faisait; et on a pu en admirer la simplicité, la clarté, la précision et l'importance. Les Barbara, Celarent, Baralipton, etc., et d'autres formules semblables, n'avaient été introduites et suivies que par quelques pédants. Car la philosophie a eu et a encore ses pédants, aussi bien que la grammaire, et même d'une plus triste espèce; mais, dans les écrits des princes, des grands maîtres de la science catholique, tels que saint Thomas, Bellarmin, Suarez, on n'en trouve pas la moindre trace. Dans tous les cas, au temps où Descartes parut, il n'en était presque plus question ; et, dépouillé du jargon dont quelques ineptes sophistes avaient voulu l'affubler, la scolastique avait repris le langage, les allures, le sérieux que lui avait donné le Docteur angélique, et, qu'en les adoptant, l'Église avait en quelque sorte consacrés. Rien n'est donc plus faux que la supposition qu'à l'époque dont il s'agit, la méthode scolastique ne fût qu'un atnas de formules bizarres, de termes techniques et de règles artificielles, qui demandait impérieusement la réforme que Descartes y a apportée.

Dans le cours de cet ouvrage, nous avons prouvé de la manière la plus évidente, ce nous semble, que de l'idéologie et de la psychologie de Descartes découlent nécessairement les plus graves et les plus funestes erreurs : l'idéalisme, le panthéisme, le fatalisme, le scepticisme et même l'athéisme. Or sa méthode ne vaut pas mieux que ses doctrines. Le Discours qui la ren-

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