KT LA RÉFORME THÉOLOGIQUE DE LUTHER. G
ferme, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut (1), est une des productions les plus lourdes, les plus ennuyeuses, les plus vides, les plus sèches, les plus contradictoires, les pUis confuses, les plus inintelligibles du dix-septième siècle. Ce qui man-
(1) Nous pouvons maintenant, sans indiscrétion, nommer le membre illustre de l'Université dont, dans une note ci-dessus, nous avons rapporté le jugement sévère sur ce Discours : c'est M. Demaiclie, inspecteur des études dans le département de la Marne, qu'une mort prématurée vient d'enlever à ses nombreux amis, dont il était adoré, et dont les regrets unanimes et profonds l'ont accompagné au tombeau; à la religion et à la piété, dont il était le modèle et l'apôtre; à l'Université, enfin, dont il était l'une des plus légitimes gloires; car, homme d'esprit très-élevé, et en même temps homme de foi fervente et éclairée, il était une preuve vivante qu'on peut bien appartenir à l'Université et jouir de la plus haute estime des chefs de ce corps, sans être voltairien.
Du reste, la lourdeur du style du Discours sur la méthode est reconnue et avérée même par ses admirateurs. Voici ce que l'un d'eux vient d'écrire sur ce sujet : « De bonne foi, le Discours sur la mélliodc est-il un livre dangereux ? et « s'il pouvait l'être, son style, que je fie me sens pas le couraç/e de défendre, « ne suffirait-il pas à le rendre bien inoffensif dans un siècle où l'esprit public « se montre si indifférent aux œuvres sérieuses? » {Voyez le Croisé du là septembre 1860, p. 223.) Et un écrivain qui vient de se révéler juge très-compétant dans les questions de style et de philosophie à la fois, M. Ernest Hello, de lui répondre : « Vous croyez ([ue la lourdeui' du style de Descartes vous pro- «< tége contre la contagion de ta. maladie ? c'est une erreur. Il y a des hommes « qui ont du goût poui' les choses ennuyeuse?. La philosophie de Descartes « ressemble, pour eux, à de la profondeur. Ils se croient profonds quand ils ad- « mirent les choses pesantes. Cette roideur mécanique du style cartésien « leur fait l'efiét d'une garantie scientifique, et ils grandissent à leurs [ ropres « yeux quand ils affrontent cet ennui grave. D'ailleurs l'histoire parle, le fait « est là : Descartes est devenu un personnage; sou style n'emi^éche pas que « nous ne sachions, vous et moi, son nom. Cet échafaudage compliqué, timide^ « laborieux, plein de décombres et de poussière, cette prison laide et étroite, « élevée à la sueur du front de l'homme pour la gloire du Néant, cett-î prison a « tenté beaucoup d'inlelligoncos. Beaucou;) de gens se sont dit : Je vais ahan- « doimer le soleil et les roses pour m'enfermer là dans ce ca'oinet obscur, fans « air et sans lumièie; mais j'aurai une consolation, qui sera moi-même. Là, du » moins, je serai seu' ; je pourrai me regarder, me contempler, m'admiier; je « pourrai un instant douter de tout ce qui n'est pa? moi, sinon en réalité, du « moins en apparence; je pouri'ai jouer avec moi-même un jeu dont voici la « règle: Oibueiitout. Là je me dirai (jue je ne suis sAr que de moi, et encoreque <> je ne suissûr de moi que parceque je suis sûr de mon doute, qui est la partie « de moi-même la plus précieuse à mes yeux. Puisque je doute, je suis, et « peut-être plus tard j'en conclurai que Dieu est; mais du moins ce se-a mon « doute qui m'en aura fourni la preuve... (Ibid., 22 septembre, p. 256}.»
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que dans ce Discours sur la méthode, c'est précisément la méthode. La pensée fondamentale de cette prétendue méthode étant le doute méthodique, elle peut, comme nous l'avons observé au Discours préliminaire , se résumer dans ce précepte : «Que, pour bien voir, il faut commencer par s'aveugler, et que, pour arriver à la connaissance de la vérité , il faut commencer par lui tourner le dos. » Encore une fois donc, rien n'est plus évidemment contraire au fait, ni plus ridicule que l'affirmation : Que Descartes a substitué, à la méthode scolastique, une méiJiode plus dégagée , plus simple, moins aride , dont le premier précepte est de se mettre en présence de la vérité et de l'observer.
En outre, en entendant le semi- rationalisme s'exprimer ainsi, qui ne croirait que, grâce à la méthode plus dégagée, plus simple et moins aride que Descariés a substituée à l'amas de formules bizarres, de termes techniques, de règles artificielles qui constituaient la méthode scolastique, la philosophie ait fait de grands progrès , qu'une foule de vérités inconnues jusqu'alors aient été découvertes, et que la science véritable, développée, alfermie, se soit trouvée assise sur une base plus solide et inébranlable? Or, nous le répétons encore une fois : l'expérience des deux derniers siècles, et le triste spectacle, auquel nous assistons, de l'ordre scientifique réduit à un monceau de ruines, protestent contre cette déduction. Aussi on vient d'entendre M. Jourdain lui-même la désavouer; car, malgré les précautions qu'il a prises pour en adoucir les teintes, le tableau (ju'il a tracé de l'état de la philosophie moderne ne dit que ceci : « Depuis « que le cartésianisme a remplacé la scolastique, nulle vérité a ignorée n'a été retrouvée, et toutes les vérités connues ont été « renversées. »
Enfin nous venons de montrer que les grands hommes qui ont formé le grand siècle de la France, sortis des écoles où l'on faisait encore les fortes études de la philosophie scolastique, ont été grands avant Descartes, sans Descartes, malgré Descartes; et qu ils ne doivent rien à Descartes, si ce n'est quelques instants d'éclipsé et de défaillance qu'ils ont eus dans leur carrière lumineuse: comme les graads hummes qui avaient formé le grand siècle du concile de Trente, sortis, eux aussi, des écoles