‹ La philosophie chrétienneChapitre 27 sur 249 · GENERATION ET DESTRUCTION DES FORMES. C · texte numérisé non relu

GENERATION ET DESTRUCTION DES FORMES. C

parce qu'elle n'y a rien compris : Que, dans la nature matérielle la corruption d'une chose est la génération d'une autre chose, Corruptio unius est generatio alterius.

« Dans la première formation de la créature corporelle, dit encore saint Thomas, il n'y a pas de transformation ou de passage, de la part de la matière, de l'état de pure puissance à l'état d'acte. Par conséquent, les formes substantielles des corps de la création furent immédiatement ^voàmies, par la parole toute-puissante de Dieu, à laquelle tout obéit, comme à son propre maître, à sa propre cause. C'est ce que Moïse a voulu nous apprendre, en faisant précéder la création de chaque chose par ces mots : Dieu dit : que cette cbose ou telle autre se fasse. C'est encore nous dire que toutes les choses ont été faites et formées par le Verbe de Dieu, de qui, d'après saint Augustin, dérive uniquement toute forme des êtres, toute organisation et toute harmonie de leurs parties. Et qu'on ne nous objecte pas Boëce affirmant : « Que les formes qui se trouvent dans la matière, « proviennent des formes qui sont sans la matière. » Car, par ces formes sans la matière, Boëce n'entend que les raisons des choses qui sont dans l'intelligence divine (1). »

Mais il n'en est pas de même des choses qu'on peut appeler de la seconde formation. Ce n'est pas directement de Dieu, mais des lois qu'il a octroyées à la nature, qu'elles tiennent leurs formes substantielles; et tout ce qui, depuis la création, est fait et engendré dans la nature (l'âme humaine exceptée) n'est pas créé, mais^reçoit sa forme de l'être qui le fait ou l'engendre.

(1) « In prima autem corporalis creatmaî productione i)oa consideratur ali- « qua tianslormatio de potentia in actum; et ideo, forma; corporales, quas in a prima productione corpora habueruut, sunt immédiate a Dco producta^, cui « solum, ud niitum, obedit matcria, taiiquarn propriae causai. Unde,adhoc « siguilicandum, .Mo>se< singulis operibus iira-mitlit : Dixit Deus fuit hoc et « illud In quo -ign flsatiir formatio rerum per virtutemDei tacta, a Qiio, secun- « dum Aiig. {Tract. I in Joan.), est omnis forma et compago cl concordia « partium. Oh\u\\s : Boëtius ait : Aformis quai sunt sine ma/eria i>rove- « niant formai qux sunt in materia. Re-pondeo : Por formas sine materia, « Boëtius iutelligitrationes rerum quae tuntiu mente divina (I p.,q, 65, art. 4}.»

68 § 07. l'aME. PBÉLIMINAIRES PUVSIQUES.

La raison en est bien simple. « Quant à son essence, la matière, dit encore saint Thomas, «est en puissance à la forme. « Il faut donc que, considérée par rapport à son essence, la ma- « tière soit en puissance de recevoir la forme de toutes les cho- « ses dont elle est le sujet commun. Or, en recevant une forme a quelconque, la matière n'est constituée en acte que par rap- « port à telle forme; elle demeure donc toujours en puissance « à toutes les autres formes. Lors même que la matière a reçu a une forme plus parfaite que celle qu'elle avait, ou une forme a possédant la vertu dç produire les actes des formes inféa rieures, elle n'en demeure pas moins dans son état naturel 01 d'indifférence par rapport à ces mêmes formes inférieures; a parce que ce qui est en pîiissa7we à l'être est toujours égalea ment indifférent à l'être parfait ou à l'être imparfait. En sorte a que, comme lorsqu'elle est sous une forme imparfaite, la ma- « tière est toujours en puissance à la forme parfaite; de même, a lorsqu'elle est sous une forme parfaite, elle reste toujours en « puissance dépasser sous une forme imparfaite (1). »

On comprend par là la possibilité ou l'aptitude de la matière actualisée ou unie à une forme, de descendre à une forme inférieure par la corruption, et d'être élevée à une forme supérieure par la génération. Car, comme la corruption n'est que le passage de la matière d'une forme supérieure à une forme inférieure; de même la génération n'est que le passage de la matière d'une forme inférieure à une forme supérieure.

Que fait le feu, en s'attachant à un morceau de bois ? il y détruit toutes les propriétés du bois, et de ce bois; il en fait disparaître la forme substantielle du bois, et il y introduit celle

(1 ) « Matériel, secundum id iiuod est, est in polenlia ad forniam. Oporfet crgo « quod materia, secundum secousiderata, sit in potcnlia ad Coiraam omnium « illorum qucirum est materia communis. Per uuam auteni formam non fit in « actu, nisi quant'im ad istam formam. Remanct igitur in potentia quantum « ad alias formas. Nec hoc excludilur si una illarum formarum sit perfcctior, n et continens in se virtutes alias. Quia potentia , quantum est de se, indiffe- « renter se liabct ad perfectum et imperfcctum. Unde, sicut, quando est sub « forma impcrfecfa , est in potentia ad formam iierfectani, ita e converso « (I p., q. CG, art. G). »

Page 1