‹ La philosophie chrétienneChapitre 28 sur 249 · GÉNÉRATION ET DESTRUCTION DES FORMES. G · texte numérisé non relu

GÉNÉRATION ET DESTRUCTION DES FORMES. G

du feu; il corrompt, dans toute la force du terme, le bois. C'est donc par la corruption que le feu engendre le feu.

L^oxygène en fait de même à l'égard de tous les composés naturels : ce n'est qu'en détruisant leur ancienne forme substantielle, c'est-à-dire en les corrompant, qu'il en fait des substances nouvelles. Il en est de même de l'hydrogène, et même du calorique et de l'électricité.

Nulle semence ne germe qu'après avoir perdu son ancienne forme substantielle, pour en prendre un autre, c'est-à-dire après s'être corrompue. Le Fils de Dieu a dit : « Si le grain de froment <r ne meurt pas dans le sein de la terre, il devient stérile ; ce a n'est qu'après être mort qu'il rend un fruit abondant : Nisi et gramim frumenlifCadens in terram, morluum fuerit , ipsum « solnm manet; si autem morluum fuerit , multum fructum a affert (Joan. xii). » Ov^'mourir, pour les cotnposés nalurch, c'est perdre leur ancienne forme substantielle, c'est se corrompre. Ces grandes paroles de l'Évangile nous révèlent donc une des lois les plus constantes et les plus universelles de la création: la loi : « Que, dans l'ordre physique, la vie et la mort se transmettent mutuellement la mort et la vie; que rien ne vit que de ce qui était mort, comme rien ne meurt que ce qui était vivant, et que la mort est la première condition de la vie : » dans ce sens que toute altération de l'être étant, comme l'a dit saint Jean de Damas, une espèce de mort pour l'être; le composé complet ne surgit que du composé altéré ou corrompu , et que la corruption d'un être est la génération d'un autre être: Corruptio unius est générât io aller ius.

Enfin, comme nul être n'est, et n'est ce qu'il est^ que par sa forme, tout être engendré ou produit par un autre être n'est qu'un être, sorti d'un être ayant une forme, et n'est qu'un être ayant une forme lui-même, par laquelle il commence à cire et à être ce qu'il est. Tout être corporel, produit par un autre être corporel, reçoit de lui sa forme. Mais nul être agissant n'agit que par sa forme : donc, c'est par sa forme que l'être, engendrant ou produisant, a donné sa forme à l'être engendré ou produit par lui. Toutes les formes naturellci (l'âme humaine toujours exceptée) naissent donc d'autres formes naturelles. C'est ainsi que la forme naturelle est non-seulement corruptible, mais

70 § 67. l'ame. préliminaires physiques.

engendrable^ et qu'elle est engendrée, comme elle se corrompt et périt.

Lorsque nous avons voulu faire comprendre comment la matière première est en puissance de recevoir toutes les formes substantielles, nous avons, d'après le conseil de saint Thomas, rappelé la manière dont la matière seconde est en puissance de recevoir toutes les formes artificielles, et nous avons expliqué ce qui ne se voit pas par ce qui se voit. Nous en ferons de même pour faire comprendre la corruptibililé et Vengendrabilité propres de toutes les formes substantielles (sauf l'àme de Ihomme) du composé naturel. Nous allons étudier ces propriétés dans les formes accidentelles du composé artistique, et, d'après ce que fait l'art , nous tâcherons de rendre intelligible ce que fait la nature.

Un bloc de marbre, pour n'avoir aucune forme artistique qui en fasse une colonne, un chapiteau ou nne statue, n'est pas, comme nous l'avons fait observer déjà, dépouillé de toute forme géot/iétrique, car il a la forme approximative d'un carré ou d'un cube, ou d'un triangle, ou d'un parallélogramme, etc. Que fait donc l'artiste, lorsqu'il le transforme en une statiie? Ce mot « transforme » le dit assez. Il ne fait qu'en changer la forme. Il détruit son ancienne forme, et il lui donne une forme nouvelle. Mais qu'est-ce que détruire l'ancienne forme , sinon altérer, corrompre, dans toute la force du terme, le bloc de marbre? Et la forme nouvelle qu'il a acquise en devenant statue , d'où lui est -elle venue? Elle n'existait pas, elle ne lui est venue que de l'art qui Ta engendrée, mais après en avoir fait disparaître la forme ancienne. Ainsi, c'est de la corruption de la forme géométrique qu'avait auparavant le marbre, qu'est sortie, qti'a été engendrée la forme artistique qui en a fait une statue. Or, de la même manière, ce n'est que de la corruption de son ancienne forme substantielle, qu'est engendrée la forme substantielle nouvelle que prend la matière dans tout ce que la nature fait ou engendre; et toute génération nouvelle, dans le composé naturel, ne commence que par la corruption.

Mais, imaginez qu'après que l'artiste a achevé sa statue, l'envie lui prenne de la briser en petits morceaux; que fait-il encore? Il ne fait que détruire la forme de la statue, et donner à son

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