LES COBPS. LES MONADES DES MODERNES
d'être une erreur nouvelle, et, par surcroît, c'est une erreur capitale, source des plus graves erreurs.
On peut d'abord faire à cette hypothèse le même reproche qu'à la suite de saint Thomas nous venons de faire aux hypothèses des Naturalistes anciens, qui, ne donnant qu'un élément unique à toute la nature corporelle, ont nié la différence essentielle des substances, et se sont, par ce seul fait, mis en révolte contre révidence de la raison et contre le sens commun de l'humanité.
En second lieu, par la même raison par laquelle deux particules non étendues ne peuvent se toucher sans se con)pénétreret devenir une seule et même particule, elles ne peuvent non plus s'attirer et se repousser en même temps. Il est possible qu'une chose en attire et en repousse en même temps une autre, sous différents rapports; il est possible qu'un corps étendu attire un corps étendu par un de ses côtés, et qu'en même temps il le repousse par un autre ; mais dans l'hypothèse que nous discutons il s'agit d'êtres simples et indivisibles, qui n'ont pas la moindre étendue, la plus mince figure. Or, nul être simple, indivisible et non étendu ne peut exercer en même temps deux actions contraires , à l'égard d'un même terme, d'un même être, également simple, indivisible et non étendu. Nulle monade donc, de la nature de celles dont il s'agit, ne saurait en même temps en attirer et en repousser une autre. L'action attractive et l'action répulsive partiraient d'un seul et même point, et porteraient sur un seul et même point. Or, deux actions contraires et diamétralement opposées ne sauraient jamais partir du même point et se terminer à un même point, sans se neutrahser et manquer complètement leur effet. Quoique indéterminés dans leurs actes (car l'indétermination est de l'essence de la liberté), les êtres libres eux-mêmes ne peuvent cependant admettre et nier, aimer et détester en même temps la même chose. A plus forte raison, les êtres matériels, qui ne sont pas libres, et qui, par conséquent, sont nécessairement déterminés dans leurs acte?, ne peuvent en même temps attirer et re|)Ousser les mêmes objets.
Et qu'on ne dise pas « que ce n'est là que le système de l'at- « traction et de la répulsion des corps célestes, appliqué à l'ex- « plication des phénomènes des corps terrestres; » car, d'après la doctrine newtonienne sur la cause du mouvement des astres.
88 § 70. l'ame. pbbliminaibes physiques.
le soleil attire à lui les planètes parce qu'il est leur centre, et les planètes tendent continuellement à s'éloigner du soleil, par la tangente, en vertu du mouvement de projection en ligne droite que Dieu leur imprima en les créant: et de ce double mouvement, en sens contraire, résulte le mouvement de rotation des planètes autour du soleil : par la même raison par laquelle la fronde décrit un mouvement circulaire autour de la main qui la fait tourner. Ainsi donc, dans ce système, le principe de ce qu'on appelle « la force centripète » ou de Va'lraction est dans le soleil ; le principe de ce qu'on nomme « la force centrifuge » ou de répulsion est dans la planète; tandis que, dans la théorie boscowicbienne, la môme monade attire et repousse une monade qui la repousse et l'attire avec la même force. Deux mouvements dans un sens opposé, deux forces contraires, sont attribués au même être ; et on veut qu'ils soient exercés en même temps, à l'égard d'un môme être, ce qui est le comble de la contradiction et de l'absurdité.
En troisième lieu, il est impossible qu'un Tout concret, physique, et par conséquent étendu et continu, résulte de parties abstraites, idéales, et par conséquent non continues et non étendues. Or, les monades de Leibnitz, simplifiées encore davantage par le P. Boscowich, ne sont que des parcelles privées de toute continuité, de toute étendue, de toute solidité et de toutes les conditions de la matière : ce sont les Nombres de Pythagore, qui n'ont rien de matériel; ce sont de petites substances qui n'ont rien de substantiel, mais qui sont tout à fait idéales et abstraites. Il est donc impossible qu'elles forment des concrets physiques, étendus, continus, de vrais corps.
Cette conséquence découle si évidemment et si nécessairement des principes boscowichiens que leur auteur n'a pas osé la contester. Qu'a-t-il donc fait? A l'exemple de tous les coryphées de la science moderne, qui nient effrontément tout ce qu'ils ne savent pas expliquer, le P. Boscowich et ses complices, ne pouvant concilier avec leurs principes l'existence du Continu physique, ont assuré sans façon « que le Continu physique n'existe « pas et ne saurait exister dans la nature ; que tout ce qui se 0 (XA continu n'en a que les apparences; qu'en réalité, ce qu'on a croit un Continu, un corps, n'est qu'une agrégation d'êtres