LES COBPS. LES MONADES DES MODERNES
« simples, nageant dans le vide^ sans se toucher et sans pouvoir se « toucher, »
Mais^ la quantité étendue et continue est une propriété si essentielle de la matière et des corps, que^ la nier, c'est nier la matière et les corps. Cette bizarre doctrine sur la formation des corps n'estdonc, au fond, que la négation pure et simple de la substance, de la matière et de la réalité des corps ; n'est que I'Idéalisme dans toute sa nudité. Étonnez-vous donc que, comme nous l'avons déjà fait remarquer, Malebranche, le grand disciple de Descartes, et toute l'école cartésienne orthodoxe, aient, en France, fini par nier l'existence de la matière, et que Wolf , le grand disciple de Leibnilz, et toute l'école leibnitzienne orthodoxe, aient, en Allemagne, fini par nier la réalité des corps !
Mais si la matière et les corps n'existent réellement pas, nos sens, en nous assurant que la matière et les corps existent, mentent, nous égarent et nous trompent; le genre humain tout entier , qui a toujours cru , qui croit toujours à l'existence de la matière et à la réalité des corps, a toujours été, est toujours dans l'illusion et dans l'erreur; l'univers n'est qu'une lanterne magique, où l'on croit voir ce qui n'existe pas, et où l'homme n'a rien* de mieux à faire que de se défier, en tout et toujours, du témoignage des sens, s'il ne veut pas être le jeu perpétuel des plus déplorables illusions.
Mais, si l'homme ne doit pas se fier au témoignage universel et constant des sens, sains et bien appliqués , pourquoi se fierait-il aux perceptions claires et distinctes de l'intellect bien raisonnant ? Si ses sens se trompent si grossièrement sur l'étendu, le continu, la matérialité des corps, qu'est-ce qui pourrait lui assurer que son intellect ne se trompe pas sur la spiritualité, la liberté et l'immortalité de l'âme? La Révélation divine elle-même ne lui est attestée que par la parole d'autres hommes, au corps desquels l'homme ne doit pas croire, parce que ce corps n'existe pas. Pourquoi serait-il donc obligé de croire à leur parole , qui n'est elle-même qu'un jeu de l'air sur son oreille, qui n'existent pas non plus, puisque l'air et l'oreille sont aussi des choses corporelles? Si rien n'existe de ce que l'homme perçoit par les yeux du corps, pourquoi existerait-il réellement un seul des objets qu'il ne peut atteindre que par les yeux de l'esprit? S'il ne
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doit pas croire au monde corporel qu'il voit, pourquoi croirait-il au monde spirituel qu'il ne voit pas ? Si le monde matériel n'existe pas, pourquoi existerait il un monde intellectuel, et Dieu luimême, qui ne nous sont révélés que par le monde matériel, qui, pour nos idéalistes, n'existe pa&l /nvisibilia Deiper ea quœfacta sunt infelleda comtpiciunlur
C'est ainsi que le scepticisme, sur l'existence de ce qui forme le monde spirituel, ?ort nécessairement du scejiticisme sur l'existence de ce qui forme le monde corporel.
En effet , c'est en marchant dans cette voie que le cartésianisme, développé par Malebranche, repris en sou.s-œuvre par Royer-Collard, et transformé en rationalisme et en idéalisme par M. Cousin, a fini par apprendre à la France, par Torgane de M. Renan, « que les doctrines sont indifférentes, que la vraie « science consiste à critiquer tout et à n'affirmer rien. »
C'est en marchant dans la même voie que le leibnilzianisme, prôné par Wolff, habillé en arlequin par BoscoNvich, et devenu, lui aussi , rationalisme et idéalisme pur dans les mains de Kant, a fini par dire à TAUemagne, par l'organe de Hegel, « Que savoir, c'est nier. » En sorte que, ce n'est pas seulement par ses fausses théories sur l'origine des idées, mais que c'est aussi par ses systèmes déplorables sur la composition des corps, que la philosophie moderne s'est engouffrée dans un scepticisme plus complet et plus absolu que celui des anciens. Car, au témoignage de Cicéron, l'AcADÉMiE, ayant fait bon marché de toutes les certitudes, avait au moins épargné les probabilités, et s'y était accrochée comme à l'unique planche qu'elle s'était ménagée, pour se sauver du naufrage de toute espèce de croyances : I\os probabilia sequimur; percipi qiiid posse negmnus; tandis que, pour les Académiciens de nos jours, le Probable est aussi chimérique que le Certain: et le dernier mol de la philosophie est le Néant.
Et cependant, sauf les écoles cartésiennes, où Ton cherche toujours à s'entendre avec Malebranche touchant l'origine des corps, aussi bien que touchant l'origine des idées, cette doctrine bosco\vichienne, aussi absurde dans ses principes que funeste dans ses conséquences, n'en est pas moins enseignée dans presque toutes les écoles où l'on daigne s'occuper encore du composé naturel, au point de vue métaphysique; même dans presque tous