LES COUPS. LES MONADES DES MODERNES
les séminaires, particulièrement en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Amérique ; et même dans les écoles de certaines corporations religieuses, dont cependant les plus grands hommes ne doivent la puissance de leur savoir et leur juste célébrité qu'à leurs profondes études sur la science scolastique ; oui , même dans ces écoles {V, on n'a remplacé la physique de saint Thomas (dont on ose même se moquer) que par ces théories nébuleuses que la moderne Allemagne n'a empruntées qu'à la Grèce ancienne. On ne met dans les mains des élèves que les Institutiones de Mako , de Storchenau, de Gonovgi, ou d'autres auteurs, qui, avec moins de talent philosophique , ne font que renchérir sur leurs dangereuses utopies. Et c'est ainsi qu'après avoir gâté le cœur des jeunes gens par la littérature païenne , on fausse leur esprit par la philosophie païenne , et qu'après avoir compromis leur morahté, on compromet leur foi. C'est ce qu'on appelle : « Bien élever la jeunesse chrétienne ! »
On voit par cette analyse combien les philosophes chrétiens, saint Thomas à leur tête, ont été prévoyants et sages en attachant une si grande importance à la vraie doctrine sur la nature et les principes des corps, et en la soutenant presque avec autant de zèle que la vraie doctrine sur la nature et les opérations de l'esprit. L'on voit pourquoi, nous aussi, nous sommes si sérieusement occupé de ce sujet. Ces deux branches de la vraie philosophie se tiennent liées aussi étroitement ensemble que l'âme et le corps. De même qu'on ne peut fronder l'une sans dégrader l'autre , de même la vraie science de l'homme corporel aide autant à faire connaître l'homme spirituel que la vraie science de l'homme spirituel aide à faire connaître l'homme corporel. C'est le but que nous nous sommes proposé dans ce chapitre : poursuivons donc et achevons cette tâche , et voyons ce que vaut la seconde école des naturalistes modernes, qui, en restaurant sur une grande échelle l'ancienne philosophie corpusculaire, professe la doctrine de la pluralité des éléments des corps.
(1) Il y eut un moiBCut où, uièdie ciiez les Dorni .icains, le c uis de philosophie se faisait sur Stotchenau; mais, sur les obseivaii')iisde Cft Ordre illustre, qui a créé la philosophie chrétienne, le chapitre général de 1847 se hâta de mettie cet au'eur à la porte, et d'ordonner le retour pur et simple à la philosophie de saint Tl omas.
92 § 71. l'ame. pju- liminaires physiques.
§ 71. L'école corpusculaire moderne, ayant fait faire de vrais progrès à Z'nrsïoiRE naturelle, n'a pas fait faire tin seul pas à la i'iiii.osophii: naturelle. — Cette école n'a remplacé la doctrine scolastique sur les corps que par U néant et par le faux. — Au lieu de les crpliqtier, elle a rendu plus obscurs les 7nyslùres de la Nature. — On rend justice à M. Dumas et aux notabilités de cette école. Au fond, ils sont i-evemis à la doctrine
TE LA FORME, SUBSTA.NTIANT, SF'ÉCIFIANT ET 1NDIY1DLALIS.\.NT la matiérC.
La science moderne peut bien se consoler des écarts et du vide qu'a laissés après elle la physique du dernier siècle, par les incontestables progrès que la chimie, la zoologie, la physiologie et la géologie ont faits dans ce même siècle et dans le nôtre, et par les immenses avantages que la culture sérieuse de ces branches de l'histoire naturelle a apportés à la médecine, aux arts, aux métiers, au commerce, et même à la Religion. Mais, tout en rendant justice aux immenses et utiles travaux des Stahl , des Buffon , des Priestley, des Lavoisier, des Davy, des Volta , des Cuvier, des Brugnatelli, desBerzéUus, des Regnault, desBiot, des Geoffroy Saint-Hilaire, des Dumas, nous regreltons de devoir dire que ces naturalistes, ajuste titre célèbres, n'ont guère fait avancer d'un pas la question sur la composilion des corps.
Par leurs étonnantes découvertes, ils ont bien appris au monde que les éléments des corps, qu'ils onllsL simplicité d'appeler substances simples, et de dire que les scolastiques n'en admettaient que quatre (1), sont au nombre de soixante-un , dont quatre.
(1) On a reproché aux scolasliques de n'avoir connu que quatre élémenls simples des corps : \eFeu,VAir,VEauel la T^rre; tandis que, d'après les découvertes de la science moderne, on sait que les éléments des orps sont si nombreux. Ce reproche est souverainement injuste. On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur les ouvrages des anciens chimistes, et spécialement sur ceux qu'Albert le Grand, le maître de saint Thomas, a laissés sur les secrets de la Nature, pour se convaincre que le moyen âge connaissait très-bien les nombreuses substances, dites simples , que les modernes se glorifient d'avoir trouvées , eux , pour la première fois. On ne les connaissait même que trop , puisque les alchimistes de ce temps- là ont pu les combiner en tant de manières différentes et en faire usage jusqu'à l'abus. Seulement, on les appelait d'im autre nom. Quant aux philosophes chrétiens, sous le mot Feu ils comprenaient tous les impondérables ; sous le mot Air, tous \esjluides aé ri f ormes ; sous le mot Eau, iowi hs fluides visibles; et, sous le mot l\'rre,\o\is les minéraux. Dans