‹ La philosophie chrétienneChapitre 42 sur 249 · l'ami:. i'BKLlMlNAII-.ES PHYSIQLKS · texte numérisé non relu

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d'iin monceau de bois une maison ; si la créature ne pouvait faire autre chose qu'unir, de différentes manières, les substances existantes en acte, sans en changer la nature, sa puissance se bornerait à faire des Composés artistiques, et non des composés naturels ; à donner à la matière un être accidentel, apparent, factice, et non un être sxibstantiel, réel, solide; son pouvoir se bornerait à donner à la matière la figure et non Vètre. Mais, si la créature n'avait pas la sublime faculté de donner Vètre, il ne serait pas vrai que Dieu l'ait créée ressemblante à lui, non-seulement dans la manière ù!élre , mais aussi dans la manière d'opérer : Non sohim in esse, sed etiani in a gère.

Dans ce dessein de miséricorde de s'épancher sur la créature, en reflétant sur elle les traits de sa ressemblance : Divina bonitas sui diffusiva est, le problème à résoudre, qu'on nous passe cette expression, le problème à résoudre, par la Sagesse inlinie, était de trouver le moyen, par lequel la créature put donner Vôtre véritable, l'être substantiel, l'être réel, tout en demeurant dans sa qualité essentielle de créature, qui l'empêche de rien créer. Ce moyen, Dieu l'a trouvé dans les trésors infinis de sa sagesse. Ce problème, il Ta résolu par l'énergie infinie de sa puissance. Il est allé chercher, pour ainsi dire, là où le Non-être, le néant finit, et l'Être commence, un principe moyen entre le nonêtre, le néant, et l'être. C'est I'Êtke en puissance, qui n'est pas le néant, mais qui n'est pas l'être non plus. C'est la matière première, privée par elle-même de toute forme, de tout être substantiel déterminé, mais en puissance, mais capable de recevoir toutes les formes, d'êtie transformée en toutes les substances, et de prendre toutes les espèces d'être; il a mis la matière, ainsi conditionnée, à la disposition de la créature. Il lui a conféré le pouvoir d'en changer la forme substantielle, en en détruisant l'ancienne forme et en lui en fournissant une nouvelle, ou en lui imposant, en lui faisant partager sa propre forme. Parla, en opérant, avec le secours de la matière première, qui lui sert, en quelque sorte, d'étoffe, de canevas et de base, la créature ne fait pas de rien ce ([u'elle fait et ne crée pas. Mais puisque la matière première demeure toujours, à l'égard de la créature , à l'état d'être en puissance ; puisque ce n'est que par la vertu de la créature qu'elle passe de l'état d'être en puissance à l'état d'être en ao/e; puisque

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c'est de la créature (le cas de l'âme humaine excepté), qu'elle reçoit la forme qui \a svbstanc/e, la spécijie et Yindividualise , c'est de la créature que la matière tient son être substantiel, c'est la créature qui donne l'être véritable, l'être réel. Et voilà la créature /a/re réellement et foncièrement ce qu'elle /a//,sans le créer; donner vraiment l'être, sans être le Créateur; ressembler à Dieu dans sa manière d'opérer , sans être Dieu : 5/milis est ei etiam in agere.

Le Prophète-Roi a dit : « Toute la terre est trempée, pénétrée, remplie de la miséricorde de Dieu : Misericordia Domini plena est terra (Psalm. 32j.» Or la doctrine que nous exposons ici nous autorise à croire que cette délicieuse parole est d'une rigoureuse vérité, non-seulement au sens spirituel et moral, mais aussi au sens matériel et physique.

Cette parole a eu sa vérification dans Tordre intellectuel. En effet , nous avons montré amplement que l'idée n'est que la conception générale de l'objet particulier. Comment cette conception universelle, cette parole temporelle, naît-elle tout d'un trait dans l'esprit humain, à l'inslar de la Parole éternelle dans le sein de Dieu, et, dit comme elle: Me voici, A'cte fldsîtm? Tout en étant une image particulière de tel ou tel autre objet, le fantôme, que les sens en transmettent à la phantasie, n'en est pas moins en puissance de devenir conception universelle en acte. C'rîst par la vertu de l'intellect agissant qu'il reçoit cette actualité étonnante, cette nature, cette forme d'universalité qu'il n'avait pas, pour prendre place parmi les êtres intentionnels mais réels de l'ordre intellecluel. Nous savons déjà que l'objet propre, naturel de Tinlellect étant Vélre nniverset, l'intellect doit être une puissance universelle, elle aussi; car, seule, une puissance universelle peut saisir l'universel. En se formant donc la conception universelle d'un objet particulier, notre intellect engendre en lui-même, dans toute la rigueur du mot, un être intentionnel qui, sous un certain rapport, lui ressemble, car c'est l'universel qui engendre l'universel. Voilà donc notre intellect donnant Vacle substantiel de l'universalité à ce qui n'y était qu'en puissance; le voilà donnant un être qu'il n'avait pas, l'être de conception universel, à ce qui n'était qu'une image particulière. Le voilà cet intellect humain, donnant vraiment

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Vêtre à une chose qui ne l'avait pas. et par là ressemblant à l'intellect divin, dans sa manière d'opéber , sed etiam in agere.

Cette même puissance d'en^'cndrerson semblable, et (\e donner vraiment l'être à ce qui n'était pas ; cette même puissance que Dieu a accordée à l'homme, en tant qu'être intellectuel, il la lui a accordée aussi, en tant qu'être corporel. Car par la génération, l'homme engendre Ihomnie, engendre son semblable, et donne la vie et l'être en acte au germe qui n'était qu'en puissance à l'être et à la vie.

Dieu a accordé la même puissance à tous les animaux; car, depuis l'éléphant jusqu'au plus petit insecte, tout animal engendre son semblable et lui donne l'être et la vie sensitive qui lui appartient.

Toutes les plantes participent elles aussi à cette étonnante faculté; car depuis le platane jusqu'à l'hyssope et à l'herbe la plus chétive, tout être végétal engendre, à sa manière, et reproduit son semblable et lui donne la vie végétative qui lui est propre.

Les êtres inanimés eux-mêmes partagent la même prérogative; car, à l'exception des terres qui ont conservé les formes substantielles de la création primitive, tout dans la nature minérale, aussi bien que dans la nature des êtres aéri formes etmpnndérables, se fait et s'engendre par le changement des formes substantielles; tout reproduit en acte son semblable, qui n'était qu'en puissance, et lui donne un être qu'il n'avait pas. C'est ainsi que, dans les entrailles de la terre, se forment les eaux minérales, les marbres, les pierres précieuses, les métaux, les fossiles, et que tant de substances du règne animal et du règne végétal sont changées en véritables pierres, égalant les marbres de la plus grande beauté, sans perdre cependant leur ancienne figure. C'est ainsi que la Bonté infinie, par un épanchement ineffable d'elle-même, hors d'elle-même, s'est peinte elle-même dans toutes ses œuvres, les a empreintes de son cachet divin, les a élevées à l'honneur de la représenter. Car, en en faisant de vraies substances, parce que sa manière d'être est d'être substance , en leur répartissant le privilège de donner l'être , parce que sa manière d'opérer, c'est de donner l'être , elle en a fait

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