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LA VIE DES ANGES LT DE DIEU

cette fin dernière qu'il connaît et qu'il se propose d'atteindre par ses mouvements, ne sont pas de sa création. Ces principes et cette fin lui ont été fixés par cette même Nature qui a donné aux brutes l'instinct : de manière que l'homme ne peut méconnaître ces principes ni renoncer à cette fin : Sed quamvis inlellectus noster ad aliqua se agat, tamen aliqua sunt ei prxslatula anatvra : sicut sunt prima principia, circa qux non potesi aliter sehabere; et ultimus Jinis, quem non polest non velle. Donc toute parfaite que soit sa manière de vivre, elle est bien loin d'atteindre le comble de la perfection. Car, tout en étant parfaitement maître de ses mouvements , sous certains rapports, il obéit nécessairement à un airtre moteur; Unde licet quod, quantum ad aliquid, moveut se; tamen oportet qnod, quantum ad aligna, ab alio moveatur.

« Ainsi, s'il y a un être toujours en acte d'entendre, par la raison qu'entendre c'est pour lui sa propre nature; s'il y a un être qui n'est déterminé par personne dans tout ce qui naturellement lui appartient, et dans toutes ses opérations; s'il y a un être qui est à lui-même son principe et sa fin, et qui n'a d'autre règle à suivre que ses propres perfections, c'est lui qui aura le suprême degré de la perfection de la vie. Oui, cet être existe de toute éternité, et cet être est Dieu. Dieu est donc l'être unique, dont l'intellect est souverainement parfait, parce qu'il est toujours en acte; Dieu est l'être unique dans lequel la vie se trouve d'une manière souveraine et absolue, et qui est luimême la vie complète et parfaite. Illud igitur, cujus sua natura est ipsum inteltiyere , et cui id , quod naturaliler habet, •non delcnninatur ab alio; hoc est quod obtinct summum gnidum vilx. Taie autem est Deus : unde in Deo maxime est vila ; quia inlellectus ejus est perfectissiittus cl seniper in aclu. »

Que cette doctrine, sur les différents degrés de la vie, est belle et sublime ! Quelle puissance de pensée, quelle force de raisonnement ne révèle-t-elle pas dans son auteur ! Simple comme tout ce qui est vrai, elle est profonde comme tout ce qui est sérieusement philosophique. Voilà les doctrines substantielles dont la philosophie chrétienne rassasiait les intelligences faméliques de la vérité de Dieu, et dont, à l'exemple du maître brutal de l'Enfant prodigue, la philosophie moderne empêche les en-

lîî •§ 75. l'aME. DIFFÉBKNTES DF.FINITIONS.

fants de Dieu d'approcher les lèvres, pour les obliger à ne se nourrir que do j^lands, la pAture dfs porcs. C'est cependant ce qu'on ose appeler toujours ; la orainde philosophie ! Mais revenons à la vraie doctrine sur l'àine.

§ 76. Pitoyable définition de l'âme, donnée par l'école spirilualiste allemande. — Celle de l'école cartésienne est plus pitoyable encore. — Grandeur et justesse de la définition de l'dme, des scholastïques.— Cette définition a été consacrée par l'Église.

Tout composé naturel, on vient de le voir, résulte de Matière et de Forme. Le composé vivant a donc une forme, lui aussi, et le corps, auquel cette forme est unie, est sa matière; seulement, comme, à la différence de toutes les autres formes qui ne donnent à la matière que l'être et un tel être, la forme du composé vivant lui donne, par surcroît la vie, et une vie telle, et en fait un composé se mouvant par lui-méine, un composé animé ; dans la philosophie chrétienne , la forme de tout composé vivant s'appelle AME, tandis que celle des composés non vivants retient le nom générique de forme.

Nous savons donc déjà ce qu'est l'âme, et nous sommes à môme d'apprécier la justesse et la grandeur de la définition qu'en ont donnée les scolastiqucs, et la misère de celle que les philosophes modernes lui ont substituée.

Les modernes définissent l'âme « un être simple, immatériel, indivisible, doué d'intellect et de volonté libre : Ens aimplex, immatcriale, indwisibile , intcilectu et libéra vohinlate prœditum.

Formulée, pour la première fois, par Wolff, prônée par Mako et Storchenau, en Allemagne, cette définition a fait le tour du monde philosophique; elle a été accueillie avec enthousiasme dans presque toutes les écoles chrétiennes modernes, et y règne en paix depuis deux siècles.

Cependant cette définition de l'âme n'est rien moins qu'un chef-d'œuvre, et même qu'une définition au point de vue de la logi<jue et de la psychologie. D'abord elle est plus étendue que la chose définie, elle convient aux anges, et même à Dieu, car Dieu et les anges sont, eux aussi, des êtres simples, immatériels,

QUELLE EST LA VÉRITABLE. l23

indivisibles , doués d'inteUe't et de volonté libre. Ensuite elltî manque de la dernière différence qui l'établisse comme la définition propre, au moins, de 1 ame humaine. Enfin^ elle ne renferme pas un seul mot qui ait rapport au corps, et cependant le mot âme, indiquant un principe qui anime un corps, se rapporte nécessairement au corps, implique Tunion de ce principe avec le corps. Cette définition peut donc bien s'appliquer à Vesprit en général, car elle s'adapte à toute espèce d'esprit^ mais elle n'est pas du tout une définition de i'cme en général , ni de l'àme humaine en particulier.

Cette définition Wolffienne de l'âme a obtenu droit de cité, même en France; elle y est presque généralement acceptée, quoique avec des modifications qui , au fond , ne l'ont pas modifiée.

La Philosophie de Lyon, par exemple, ce koran du cartésianisme, ce répertoire de toutes les doctrines antiscolastiques^ fi de rares exceptions près, est le code sacré de la philosophie française. On la rencontre dans les séminaires et dans les collèges, où l'on fait suivre encore aux élèves un cours de philosophie. Il est vrai que, par un reste de pudeur, on vient de remplacer presque partout la philosophie de Lyon toute crue par la philosophie de Lyon corrigée, ou par des cours nouveaux. Mais les très-amples notes du savant professeur Doney (\) ne l'ont pas améliorée de beaucoup, et les nouveaux cours, calqués sur ses principes, rédigés par des cartésiens plus ou moins prononcés, n'en sont que de nouvelles éditions qui la renferment tout entière selon l'esprit, sinon selon la lettre.

Eh bien ! Qu'est-ce que l'dmc dans cette philosophie? Il n'en est question que dans la seconde partie delà Pneumatologie ou du Traité de l'esprit, dans la deuxième dissertation intitulée : Sur l'esprit humain {Démente huinana). Dans toute cette dissertalion il ne s'agit que de Vesprit humain ; jamais un mot sur Vâme

(1) « Institutionum philosophicarum cirsus, ad usum studios* juventutis, « prœsertimcjuesemindiioi uni, accommodalus. Editio nova, cui amptis.simas .< addidil notas D. Doney, pliilo^op:ii* prole^sor. Périsse, frères, iiliraires « éditeurs, Lyon et Paris. «

124 ^ 7.5. l'ame. diffébentes définitions.

humaine; et, au lien d'une philosophie ou d'un traité de l'ùine, la philosopliie de Lyon n'a fait que de la Pneumatologie, ou un traité sur l'Esprit de l'homme. C'est donc toujours l'idée de Platon, exhumée par Descartes et par Leilinitz, précisée parWolff et par toute l'école allemande: Qî'.e notre âme n'est qu'un esprit n'ayant que des rapports forcés, accidentels, éphémères avec le corps; en un mot : Que l'âme n'anime pas le corps et que l'âme n'est pas âme.

Il paraît c|ue la philosophie de Lyon s'est un peu doutée de ces inconvénients de la définition de Wolff, car voici comment elle s'exprime en définissant l'àme : aVesprit humain se définit « bien : Une substance rationnelle, ou participant à la pensée, et « accommodée pour régir le corps : Mens hiimana rectedffinilvr: « Substaiitiu nilioiialis, seii cof/ifatio7iis particeps, regendo cob- « poRi ACCOMMODATA. » {Edif. cit.^ t. II, p. 105.) iMals ces derniers mots, ajoutés comme correctifs à la définition Wolffienne, pour l'illustre annotateur de cette philosophie (qui ne lui est pas hostile, puisqu'il ne l'a corrigée que d'une main amie j renferment d'abord une erreur que le même auteur n'a pu s'empêcher de relever et de flétrir par cette note : « Cette définition, qui af- « firme que l'esprit est uccovimodd ]iourregir le corps, est fausse « et mal sonnante, parce que c'est le corps qui s'accommode à l'es- « prit, et non l'esprit au corps : Falsa et maie sonans hœcde/ini- « tio, quœdicit mentem regendo corpori accommodatam;non enirn « corpori mens, sed menti corpus accommodatur ijbid.). »

En second lieu, plus loin , la philosophie de Lyon a démenti elle-même ces mots; car, d'après le système des causes octa.vî'ow- 7ie//e.s' de Malebranche, c'est Dieuquiexciteraitlesmouvementsdu corps, à l'occasion des volitions de l'esprit : ce n'est donc pas l'esprit de l'homme, mais l'esprit de Dieu, qui s^vaxi accommodé pour régir notre corps. En défendant donc pro uns et Jocis ce déplorable système, la philosophie de Lyon soutient, par le lait, que notre esprit ne régit pas plus le corps que notre corps n'exerce la moindre action sur l'esprit.

Entin, lorsqu'on parle de l'âme, il ne s'agit pas de l'esprit accommodé pour régir le corps, mais de l'esprit uni subsluntiellement au corps, de manière à lui faire partager son j)ropre être, et que les deux substances ne forment qu'un tout, dans Punité

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