EXISTENCE DE L'AME DES BBUTES
de ce grand esprit, touchant les formes substantielles des composés naturels, dont nous avons fait notre profit, dans l'exposé que nous venons de mettre sous les yeux de notre lecteur.
« Plus une forme est noble, a-t-il dit , moins elle se plonge « dans la matière , et plus elle la domine et la dépasse par « son opération et par sa vertu. C'est pourquoi nous voyons « que la forme de tout corps mixte a toujours une opération « de plus que celles qui résultent des qualités élémentaires « du composé, et qu'à mesure que nous allons plus loin « dans la considération des différents degrés de noblesse de la (( forme, nous la surprenons excédant toujours davantage la « matière élémentaire. Ainsi, nous trouvons que Y âme végétative « s'élève plus au-dessus de son corps que toute forme élémen- « taire au-dessus de sa matière; et que Y âme sensitive s'é\ë\e « encore plus au-dessus du corps de l'animal que l'âme végéta- « tive au-dessus du corps végétal. Vient ensuite l'àme humaine, « qui tient le rang suprême de noblesse parmi les formes subs- « tantielles; et cette âme s'élève, par sa puissance, tellement au « delà de la matière corporelle, qu'elle a une vertu et une opé- « ration toutes spéciales, à laquelle la matière corporelle ne se « mêle d'aucune manière, et cette verlu s'appelle I'Intel-
« LECT (1).»
C'est, comme on le voit, sous une autre forme, le grand principe que saint Thomas a emprunte à saint Denis , et que nous avons développé plus haut : « Que, dans la création, le Suprême « de l'Infime touche à l'Intime du Suprême. » Ainsi donc, pour saint Thomas , nulle forme substantielle n'est unie à sa matière
1(1) « Cbnsiderandum est quod quanto forma est nobilior, tantô magls doinii( natur materi.T t-brporali. et minus c\ inimergifnr, et magis sua operatioiic cl « viitute exceilit eain. Uiide \idemus quod loruia niixti rorpoiis Ujsbet eliaiu « opeialionem qute non causalur ex qualitatibus elementaiibus. ht quanto niagis « proceditur in nobilitale ioiinarum, tanlo magis iuvcnitur virtus lorniae nia- « teriam elenientareni oxcedcrc. Sicut anima vegelabilis, plus quam forma « elementaris; et anbna sensibilis plusquam forma vegetabilis. Anima aulem « bumaua est ultima, in nobilitate :ormarum. Unde, in tantum, sua \irtulc, « excedit nateriam coi-poralénl, qtiod liabet allqliam operalionem et vll-tuteii), « in qiia nullo modo comniunicat matcria corporalis, et bœc virtus dicitur « INTELLECTUS (1 p., qu. 74, art. 1) ».
132 $ 77. l'aME. DIFFERENCE DES FORMES.
de façon à y demeurer absorbée et renfermée tout entière. Elle sort de sa propre matière, elle s'élève, par quelques degrés, audessus d'elle, et par ces degrés elle touche à la forme qui lui est immédiatement supérieure, se trouve en rapport d'une certaine ressemblance avec elle, l'indique, l'ébauche, et en quelque sorte la prophétise.
Ainsi encore, par sa vertu expansivo, la forme du Fluide fait pressentir quelque chose de la forme augmentative du Minéral. Par sa vertu augmentative, la forme du minéral laisse apercevoir quelque chose de l'âme végétale de la plante. Par sa vertu végétative, l'âme de la plante annonce quelque chose de l'âme sensitive de la brute; par sa vertu sensitive, l'àme de la brute révèle quelque rhose de la vertu intollectuolle de Tâme humaine (1) ; enfin, par sa vertu intellective, Tâme humaine offre en image, comme lout portrait représente son original, quelque chose de l'être, de la nature et de la vie propre de Dieu, en sorte que les qualités spécifiques de la forme supérieure se trouvent , en germe , dans la forme inférieure; et ce qui, dans la forme inférieure, ne fait que conmiencer à percer, s'épanouit dans la forme supérieure, et rayonne de tout l'éclat de son complément et de sa perfection. De celte économie, avec laquelle Dieu a gradué les différentes espèces des formes substantielles, et des êtres qui en résultent, il est aisé d'abord de voir que, nous le répétons encore ici, rien n'est isolé dans la création; mais que, par une augmentation successive et imperceptible de force, de vertu , d'excellence, de noblesse, dans la cause formelle de l'être, l'être inférieur a des analogies, des affinités avec l'être supérieur : de manière que tous les êtres ne forment qu'une échelle par laquelle on peut monter, depuis la goutte d'eau ou le grain de sable, jusqu'à Dieu.
En second lieu, on doit en conclure que la vraie philosophie ne doit iamâis séparer ce que Dieu a uni par ces liens mystérieux et cachés, et que, par conséquent, la philosophie qui méconnaît ces rapports gradués des êtres, qui considère isolément les uns des autres les corps et lésâmes, et qui met en morceaux cet
(1) Nous rappellerons ici que bien des philosophes, niéine de Yécoh cartésienne, nomment analocii de la nusoN, ou la raison jiar approximation . analofjum rafionis. la vertu es(h)ia(irc del'àniedes Brutes.