‹ La philosophie chrétienneChapitre 57 sur 249 · EXISTENCE DE L'AME DES BRUTES · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE L'AME DES BRUTES

Mais voici quelque chose de plus frappant. La Genèse nous apprend qu'entre beaucoup d'autres choses Dieu dit ceci à nos premiers parents : « Je vous ai donné toutes les herbes et tous les fruits des arbres pouvant servir d'aliments non-seulement à vous, mais aussi à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, et à tous les êtres qui se meuvent eux-mêmes sur ta terre et dans lesquels se trouve une ame VIVANTE (1). »

Et afin qu'on ne dise pas que, par ces derniers mots, l'Écriture n'a voulu désigner que les hommes, nous rappellerons à nos lecteurs qu'au môme chapitre de la Genèse on trouve encore ce qui suit : « Dieu dit aussi : Que les eaux produisent le reptile à (( l'ame vivante ; le volatile sur la terre et sous le firmament du « ciel. Et Dieu créa les grands cétacés et toutes les ames vi- « vantes, qui se meuvent elles-mêmes , et qui sont sorties des

« eaux selon leurs espèces, et tout volatile selon son genre

« Dieu dit encore : Que la terre produise l'ame vivante selon « son genre, les animaux domestiques, les reptiles et les bêtes « de la terre, selon leurs espèces. Et il fut fait ainsi. Dixit etiam « Deus : Producant aquse reptile anim^ wv^^tx^, volatile super « terram et mb firmamento cœli . C reavitqne Deus cete grand ia^ et « OMNEM animam viventem , utque MOTABiLEM, quam produxe- « runt aqux, in species suas, et omne volatile secundum genus tf sumn.... Dixit quoque Deus : Producat terra animam viven- « rursiin génère suo : jumenta etreptilia et bestiasterrx secundum « specias suas. Et factum est ita. » Voilà donc l'Écriture sainte affirmant, de la manière la plus explicite, la plus claire, la plus tranchante ; Que les Aquatiques, les Reptiles, les Volatiles, les Quadrupèdes, en un mot tous les animaux, quels que soient leur forme, leur nature, leur genre et leur espèce, ont dans leur corps une ànie qui n'est pas leur corps, et que cette âme est vivante et principe de la vie du corps. Par conséquent la doctrine cartésienne, qui refuse toute âme aux brutes, et qui fait des brutes, de purs automates, des machines, à l'aide desquelles Dieu jouerait

(1) » Ecce dedi vobis omnem herbain, et universa ligna, ut siat vobis in <i escam, cunctis animalibus terrae, omnique volucri cœli, et universis qux ■< movenlnr in lerra et IN QUIBUS EST ANIMA VIVENS (Gènes., 1). >•

138 § 77. l'âme, diffébbnce dss formes.

continuellement des farces dans le règne animal, n'est pas seulement une doctrine contraire à l'opinion des philosophes chrétiens et païens, et aux croyances universelles de l'humanité, mais est une doctrine contraire à l'esprit et à la lettre des Livres Saints, et partant une doctrine formellement hérétique. Nous reviendrons sur ce grave sujet lorsque nous exposerons dans tous Ipurs détails les fonctions de la vie végétative des plantes et de la vie sensitive des brutes.

Pour l'instant, nous ferons observer que rien n'est plus vrai que la remarque faite par la Philosophie de Lyon sur les conséquences funestes de la doctrine qui nie l'âme des brutes. Les Ames des brutes et des plantes sont, en quelque sorte, les sentinelles, les gardes du corps de l'âme de l'homme; les nier c'est livrer seule et sans défense cptte reine des âmes aux coups du matérialisme. Au contraire , en démontrant, comme l'a fait la philosophie chrétienne, que les brutes et même les plantes ont une âme unique, immatérielle, distincte de leur corps, et leur donnant, dans sa qualité de forme substantielle, le mouvement et la vie, il n'y a plus moyen de refuser à l'homme une âme ayant les mêmes qualités communes à toutes les âmes, et, par surcroît, ses qualités propres et spécifiques, les sublimes actes d'entendre, de raisonner et de vouloir.

Ainsi donc, par la belle théorie, que nous venons d'exposer, sur l'âme en général, sur les différentes espèces d'âmes et de leurs qualités spécifiques, en particulier, la philosophie chrétienne n'a fait, au fond, qu'entourer — qu'on nous passe cette comparaison — d'un camp retranché la place, si importante dans l'ordre philosophique, de la doctrine sur l'âme humaine; n'a fait qu'ériger un piédestal aussi précieux que solide à cette belle statue vivante de l'intelligence de l'homme, portant sur son auguste front le reflet et l'^viréole de l'intelligence de Dieu.

C'est ce dont on va se convaincre encore davantage dans les chapitres suivants, où nous exposerons d'abord les quahtés communes à toutes les âmes, et où ensuite nous fixerons les qualités spéciales, caractéristiques et propres de râmc humaine.

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