TOUTE AME EST FORME DE SON CORPS
« de purs automates^ » l'école cartésienne aurait soutenu, d'après la Philosophie de Lyon : « qu'en paraissant souffrir ou se « réjouir, et faire des iliouvements spontanés, les animaux n'é- « prouvent pas plus de vraies sensatio;is qu'une montre, et que « leurs innombrables actions ne sont pas plus libres que le « mouvement des roues d'une machine artificielle [loc. citât., pag. 202). » Au même endroit, la même Philosophie fait ainsi parler les adversaires de ce paradoxe cartésien :
(( Le jugement que tous les peuples civilisés ou barbares pro- « noncent, sous l'impulsion du sens commun, doit être regardé a comme un argument très-solide de la vérité. Or, si l'on inter- « rogeait tous les peuples civilisés ou barbares, pour savoir ce « qu'ils pensent touchant les brutes, on les entendrait affirmer, « d'wi consentement unanime et sans la moindre hésitation : a que les brutes éprouvent des sensations agréables ou désagréa- « blés; font spontanément des mouvements innombrables, etc., 0 et on les verrait, ces mêmes peuples, ne pouvoir s'empêcher « de rire, en entendant un défenseur de l'hypothèse cartésienne, « s'efforçant de leur prouver, par des raisonnements artificieux , « que, sous les coups d'un bâton , un chien , par exemple, ne « sent pas plus de douleur qu'un morceau de bois, et qu'en préce sence d'une bonne portion de chair qu'on lui donne, pour se « rassasier, il n'éprouve pas plus de joie qu'un arbre autour du- « quel on dépose du fumier, etc. Ce jugement, poursuivent les « patrons de l'âme des bêtes, Q?,i si profondément enraciné dans « l'esprit de tous les hommes, que, chez toutes les nations, on « condamne comme coupable de cruauté tout homme qui prend « plaisir à tourmenter sans raison les animaux, tandis que per- « sonne n'appelle « cruel » un homme qui détraque sa montre « pour s'amuser ijbid.). »
On peut même dire que le genre humain ne se moquerait pas moins d'un philosophe, prétendant qu'une plante n'a pas plus qu'un bloc de marbre un principe de mouvement en elle-même, et une véritable vie ou une vraie âme végétative.
11 est donc évident que, dans l'opinion du genre humain tout entier, non-seulement la brute mais la plante même, a de commun, avec l'homme, le privilège d'être un composé vivant et animé.