‹ La philosophie chrétienneChapitre 62 sur 249 · CABACTÈRES COMMUNS A TOUTE ESPÈCE D'AMES · texte numérisé non relu

CABACTÈRES COMMUNS A TOUTE ESPÈCE D'AMES

Mais ce n'est pas tout : le genre humain admet aussi que l'âme végétative de la plante, et l'âme sensitive de la brute, sont des formes substantielles de leurs corps, d'une manière aussi vraie et réelle, que l'âme inlellective l'est du corps de l'homme.

On a entendu saint Augustin nous dire que Platon n'a fait qu'introduire dans la philosophie le mot idée; mais que, quant à la chose, nommée par ce mot, elle était communément admise par tout le monde, dès l'origine du monde. 11 en est de même de la forme. Ce mot n'est entré que fort tard dans le langage philosophique; mais la chose, que ce mot signifie, a été connue et admise par toute l'humanité, dès l'origine de l'humanité.

Le langage du genre humain n'est que la raison humaine, la raison universelle, parlée ; comme la raison humaine, la raison universelle n'est que le langage pensé. Magnifique reflet de la raison divine, cette raison universelle, humaine, aussi bien que le langage qui en est l'expression, est le précieux dépôt de toutes les idées, de toutes les vérités naturelles, et conséquemment de la vraie philosophie; de manière que, comme nous l'avons fait souvent remarquer, il y a plus de vrais principes, de vraies doctrines, de vérités philosophiques dans le langage humain, que dans tous les livres des philosophes.

Or, dans le langage commun des hommes, on ne dit pas : « L'esprit de Pierre raisonne ; la langue de Pierre parle; les yeux « de Pierre voient; la bouche de Pierre mange; l'estomac de « Pierre digère ; la main de Pierre écrit ; les pieds de Pierre mar- « chent; le corps de Pierre est souffrant ou se porte bien ; » mais on dit : « Pierre raisonne ; Pierre parle ; Pierre voit ; Pierre « mange ; Pierre digère ; Pierre marche ; Pierre écrit ; Pierre « est bien portant ou malade. »

On ne dit pas non plus d'un chien : « que son âme aime son « maître; ses dents rongent bien les os; ses pieds atteignent bien « le gibier ; » mais on dit : « ce chien aime son maître; il ronge (( bien les os; il atteint bien le gibier. »

Enfin on ne dit pas davantage : « la racine de ce pommier est «en bon état; son ïronc grandit ; ses branches produisent des « pommes; » mais on dit: v ce pomiiiier est en bon état; il gran- « dit, // porte, en abondance ou en petit nombre, de bonnes ou « de mauvaises pommes. »

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