‹ La philosophie chrétienneChapitre 66 sur 249 · TOUTE AME EST FOBME DE SON CORPS · texte numérisé non relu

TOUTE AME EST FOBME DE SON CORPS

iiiment différente l'une de l'autre. L'âme est d'une seule espèce, le corps renferme différentes parties de diverses espèces ; l'âme est spirituelle, le corps est matériel; l'âme est un souffle de l'esprit do Dieu, le corps n'a rien de subtil , de fin , il est grossier, lourd, inerte. L'âme est incorruptible, immortelle; le corps est corruptible, périssable. Or, dans tout composé naturel, la matière doit être proportionnée à sa forme et se trouver dans des rapports de ressemblance avec elle. INIais le corps n'est nullement proportionné à l'âme humaine; donc il n'est pas sa forme; donc l'âme est unie au corps, par des raisons qu'on ignore, d'une manière accidentelle, et, comme le Moteur au Mobile , et ne constitue pas avec lui un composé naturel ; donc l'âme n'est pas la forme substantielle du corps. »

Dans la première partie de la Somme, et, d'une manière plus précise et plus claire encore, dans le Supplément du même ouvrage, saint Thomas a complètement anéanti cette objection. Voici quelques-unes de ses plus belles pensées sur ce sujet. D'abord, en créant l'homme, après avoir créé l'ange et la brute. Dieu a voulu réunir dans l'homme ce qui se trouvait séparé dans l'ange et dans la brute , pour en faire le trait-d'union entre le monde matériel et sensible, et le monde spirituel et invisible. L'ange est inteUigence séparée absokunent de la matière; la brute est matière animée séparée absolument de l'intelligence. En voulant joindre, dans une seule nature, la vie intellective de l'ange à la vie corporelle et sensitive de la brute. Dieu a donc dû faire ce qu'il a fait, et donner à l'âme intellective un corps mixte, matériel.

En second lieu, les parties du corps du composé animé, comme l'œil, la main, le sang, la chair, les os, etc., ne sont pas dans l'espèce, n'appartiennent pas à différentes espèces; mais c'est tout le corps de l'animal qui, uni à son âme, forme une seule espèce, l'honnne ou la brute. De ce que donc le corps humain est composé de divers éléments et formé de diverses parties, il ne s'ensuit nullement qu'il soit de différentes espèces. Celte diversité de parties convient d'ailleurs, par son admirable mécanisme , à l'âme intellective , parce que, quoique une par son essence, elle est cependant multiple en puissances à raison de sa perfection; par conséquent elle a besoin d'être unie à un

BÉPONSES AUX OBJECTIONS. 149

corps ayant différents organes et différentes dispositions, afin d'accomplir la variété prodigieuse de ses opérations. C'est par la même raison que les animaux parfaits ont des organes plus nombreux et plus variés que les animaux imparfaits, et que ceux-ci ont des organes plus nombreux et plus variés que les plantes (1). »

Dieu aurait pu sans doute donner à l'homme un corps ayant le moins possible de matière, un corps très- subtil, un corps d'un seul élément, un corps, par exemple, d'air ou de feu, au lieu d'un corps lourd, inerte et terrestre. Mais, à la rigueur, il n'a pas donné à l'âme le corps comme un organe de la vie intellective; car, ainsi qu'on l'a vu, l'intelligence humaine, unie au corps, comprend dans le corps, mais non par le corps. Il n'a donné le corps à l'âme intellective qu'afm qu'elle fût aussi et en même temps une forme sensitive, et qu'en rapport avec les substances spirituelles par son intelligence, elle pût se mettre aussi en rapport avec toutes les substances matérielles et sensibles par ses organes. Dans ce dessein ineffable de son Auteur, l'homme ne devait donc pas avoir un corps tout d'une pièce, un corps spirituel, un corps simple, un corps d'un seul élément , ni un corps dans lequel excédât le feu ou î'air; mais un corps organique, un corps matériel et terrestre; un corps mixte de tous les éléments qui entrent dans la composition des corps, et dans lequel ces éléments se trouvassent en de telles proportions et équilibrés de telle façon , qu'il pût en résulter une complexion égale, un tout bien conditionné, bien harmonique. Or tel est le corps de l'homme. Il est également complexionné ; nul de ses éléments les plus actifs, comme la chaleur, ne prime de manière à étouffer par son énergie les autres, et à y créer de choquantes contrariétés, ce qui lui donne

(l) « Partes animalis, ut oculiis, nianus, caro et os, et litijusmodi non sunt «inspecie, sed totum. Et ideo non potest dici, i)roprie loquendo, quod sit « diversarum specierum, sed quod sint diversarum dispositioimm. Et lioc coni- « petit aniniaMntellectivic qu.T, quamvis sit una secundum essentiam, tamen, « propter sut perfectionem, est multiplex in \irtufe; et ideo, ad diversas opera- « tiones, iudiget divcrsis dispositionibus, in parlibus corporis, cui unitur. Et « propter hoc, videnius quod major est diversitas partium in animalibus pcr- « fectis, quam in impcrfectis, in his quam in plantis (I p., qu. 70, art. 1). »

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