TOUTE AME EST FOBME DE SON COBPS
une certaine dignité et le rend en quelque sorte s(îmblable aux corps célestes (1).»
Saint Thomas a dit encore :
« Puisque la forme n'existe pas pour la matière, mais que c'est a la matière qui existe pour la forme, il faut chercher dans la naa ture de la forme la raison de la nature de la matière, et non 0 dans la nature de la matière la raison de la nature de la forme, a Or, suivant l'ordre de la nature, l'âme intellective tient le rang « infime parmi les substances intellectuelles, parce qu'elle est la a seule de ces substances qui n'ait pas naturellement, innée en « elle-même , comme les anges , la connaissance de la vérité , a mais a besoin, comme l'affirme saint Denis (l'Aréopagite), de 0 la recueillir par les sens sur le terrain des choses visibles. La « nature ne fait jamais défaut dans les choses nécessaires. Elle 0 a donc dû donner à l'âme intellective, outre la faculté de com- « prendre , celle de sentir ; et, puisqu'on ne peut sentir qu'au a moyen d'un instrument corporel, il était de toute nécessité que c< l'âme intellective fût unie à un corps de nature à être un ora gane convenable du sens (2). » Ce passage est-il clair? Est-il frappant de sens et de vérité? Voilà donc pourquoi l'âme intellective est unie à un corps et à un tel corps.
(1) « Animée intellectivae non debetur corpus propter ipsam intellectualem «< operationem sccundum se, sed propter sensitivam virtutem quap requirit, « organum œqiialiter conditionatuni. Et ideo oportuit animam intellectivana « tali corpori uniri, et non siinplici elemento, vel corpori mixte in quo excede- « ret ignis, sccundum quantitatem : quia non posset esse sequalitas complexionis « propter excedentem ignis activamvirlutem. Habetautem lioc corpus, .Ttpialiter a coniplexionatuni, quamdam dignitatem.per hoc quod estremotum acontrariis, (1 in quo, quodammodo, assimilatur corpori cœlesti (1 p., qu. 76, art. 1). »
(2) « Cum forma non sit propter rnateriani, seil potius materia propter for- « mara , ex forma oportet rationeni accipere, quarc materia sit talis, ot non e « converso.... Anima intellectiva, secuudnrr. natune ordinem infimum ;;raduni « in substantiis intelleclualibns tenet, in lantuin quod non iiabct naturaliter « sibi insitam notitiara veritatis, sicut Angeli, sed oportet quod cam colligat « ex rébus visibilibus per sensus, ui Dionysius ditit. Natuva autem nulli deest « in iieccssariis.Unde oportuit quod anima intellectiva non solum l.aberet virlu- « tem int(!lligendi, sed eliam virtutem seutiendi. Actio aiilem sensus no!i fit sine « corporeo instrumenlo. Oportuit igitur animam intclioclivam tali corpori uniri, < quod possit esse convenions organum soiisiig (l p., q. 74, art. 5). «
BÉPONSES AUX OBJECTIONS. 15t
Enfin, quant à sa disproportion avec l'âme, sous le rapport de l'incorruptibilité et de l'immortalité, saint Augustin a dit : « En formant l'homme, Dieu avait, par un don de sa grâce, prévenu rinconvénient naturel de la dissolution du corps ou de la mort, auquel tout composé matériel est nécessairement assujetti : Provient autem Deus adhibendo remedium contra mortem, snœ gralise dono. Et saint Thomas lui-même ajoute : « Dans l'institution de la nature humaine , Dieu accorda une espèce d'incorruptibilité au corps, afin qu'il fût une matière en rapport avec l'âme intellective, immortelle et incorruptible: In institutione humanœ naturx, attribuil Deushuiaano corpori quamdam incorruptibilitatem , per quam iïiateria convenienter cooptaretur suœ forrnœ [Contra Gentil., lib. IV, c. 81). On verra plus loin comment, tout en subissant la mort, le corps de l'homme demeure toujours, d'après l'expression de l'Écriture, inextermi-
NABLE.
En attendant, il est évident que le contraire de ce qu'on oppose, contre la thèse de l'âme, forme du corps, est précisément vrai, savoir que le corps humain est ce qu'il devait être, dans le but que le Créateur s'est proposé, en l'associant à l'âme intellective; et, loin que notre corps ne soit pas une matière proportionnée à une forme spirituelle , la délicatesse et la perfection de son organisme , sa grandeur , sa taille , sa pose , ses allures, sa contenance, ses airs, ne s'expliquent pas, à moins qu'on ne le croie fait pour servir d'organe à une nature intelligente. L'objection elle-même n'est qu'une preuve de plus que l'âme intellective est vraiment la forme essentielle du corps humain.
Voici la seconde objection : La forme substantielle est unie à la matière par son (essence, et non par un accident quelconque. Si son union à la matière était l'œuvre de l'accident, cette union ne serait qu'accidentelle et non substantielle, et il n'y aurait pas, dans la nature, des composés substantiels, mais des composés seulement accidentels : ce qui est manifestement faux. Mais la chose unie à une autre chose par son essence , lui reste toujours unie ; nulle forme substantielle ne saurait donc subsister sans sa propre matière. Si l'âme humaine n'était donc unie au corps que comme forme, de deux choses l'une : ou, ne pouvant subsis-