‹ La philosophie chrétienneChapitre 68 sur 249 · J52 $ 79, TOUTE AME EST FORME DE SOIS CORPS · texte numérisé non relu

J52 $ 79, TOUTE AME EST FORME DE SOIS CORPS

ter sans le corps, l'âme devrait périr avec le corps ; ou le corps devrait partager l'imniortalité de râine, et l'homme ne pourrait jamais mourir. Or Tune et l'autre chose est fausse. Donc l'âme est associée au corps, non substantiellement , comme forme inséparable du corps, mais accidentellement, comme le Moteur au Mobile ; seule , cette hypothèse explique comment, uni à une âme incorruptible, le corps peut périr; et comment, unie à une matière corruptible, l'âme survit à sa séparation du corps.

Cette objection, la plus sérieuse de toutes celles qu'on puisse faire contre le dogme : Que l'âme intellective est la forme substantielle du corps, ne prouve cependant qu'une seule chose: elle prouve, encore une fois, que la résurrection des corps, au dernier jour du monde, est en même temps, comme on le verra bientôt, une vérité philosophique aussi bien qu'un dogme religieux, un fait naturel ou conforme aux lois de l'ordre universel de la Nature , aussi bien qu'un immense prodige de la toutepuissance de Dieu. Mais elle ne prouve nullement que, si l'on admet que l'âme humaine est forme du corps, le corps ne pourrait pas périr, ou que l'âme devrait périr avec le corps.

La raison en est, comme nous l'avons si souvent fait remarquer dans le cours de cet ouvrage, qu'il n'en est pas de l'âme humaine comme de l'âme des brutes. Celle-ci n'existant qn'avec la matière, et n'ayant pas à'étre possible hors du corps, doit nécessairement s'éteindre, et s'éteint, en effet, par la dissolution du corps; mais l'âme humaine étant, comme nous allons le démontrer dans un des chapitres suivants, une forme subsistante par soi, Forma per se subsistens, est indépendante du corps par Vêtre, aussi bien que par son opération spécifique, celle de comprendre. Pour être donc unie au corps, comme forme substantielle, par son essence et par tout son être, en cessant d'être dans le corps, elle ne cesse pas d'être et de subsister en elle-même, et par elle-même ; pareillement , le corps, étant corruptible par sa nature, pour être uni à l'âme incorruptible, comme à sa matière, séparé de l'âme, n'en est pas moins capable de se dissoudre et de périr. 11 est vrai , dit saint Thomas , qu'il est de la nature de l'âme d'être unie au corps, comme il est de la nature de tout corps léger de demeurer en haut. Mais comme tout corps léger est toujours un corps léger, même lorsqu'on le fera descendre;

SUBSISTANCE, SUPPÔT, HVPOSTASE, PEESOiSNE. 133

de même l'âme humaine est toujours dans son être, même lorsqu'elle n'est plus dans le corps. Et comme, obligé de rester en bas, le corps léger n'en conserve pas moins son aptitude et sa tendance à regagner sa place naturelle, le haut; de même^ séparée du corps, l'âme humaine n'en conserve pas moins son aptitude et sa tendance à reconquérir son état naturel, son ancienne union avec le corps (1); et cette aptitude atteindra un jour son but , cette tendance un jour sera satisfaite par la résurrection des morts. Cette aptitude et cette inclination ne sont que la raison philosophique, naturelle de ce grand et magnifique dogme de la foi (2).

Ainsi , les deux grandes objections par lesquelles on a prétendu ébranler la vérité de la doctrine. Que l'âme inteUective est forme substantielle du corps humain, ne lui ont pas porté la moindre atteinte ; sa vérité au contraire et son importance y ont gagné plus qu'elles n'y ont perdu . Voici maintenant une éclatante confirmation de la vérité et de l'importance de la même doctrine sur le mystère de l'homme, résultant de sa conformité avec la doctrine théologique du mystère de Jésus-Christ. Mais, pour faire mieux comprendre ces magnifiques analogies, nous avons besoin de revenir un instant sur le Composé animé, et fixer le vrai sens des mots Subsistance, Suppôt, Personne, qui jouent un grand rôle dans cette discussion.

§ 80. Signification scientifique dfs mots subsistance, suppôt, hypostase , PERSONNE, très-nécessaire à connaître, pour bien comprendre tes analogies entre l'union de l'âme avec le corps dans l'homme, et l'union de la divinité avec l'humanité en Jésus-Christ. — La personnalité n'a lieu que dans la nature rationnelle.

Le nom de substance, comme nous l'avons observé ailleurs, ne convient proprement et vraiment qu'aux choses complètes

(1) « Secundum se, convenit aniniae corpori uniri ; i-\cat,secundum se, con- « venit corpori levi esse sursum. Et sicut corpns levé manet quidem levé, cuni « a loco proprio fuerit separatum, cum aliqiia aptitudine et indinatioiie ad « proprium locum ; ita anima humaiia mauet in suo esse, cum fuerit a corpore « separata, habens aptitudiuem et inclinationem naturalem ad corporis unio- « nem (I p., qu. 76, art. 2). »

(2) « Resurrectio, quantum ad finera, naluralis est (Ibid.). «

154 § 80. UNION DE L'aME AVEC LE CORPS,

qui subsistent par elles-mêmes. On appelle substances, même les parties d'une substance première, comme les mains et la tête du corps liumain , parce que ces parties sont sêparables du sujet et ne s'affirment pas de lui ; car on ne dit pas: a l'homme est tête ou mains, » comme on dit : « Ihomme est blanc ou noir, bon ou mauvais. » Ces parties ne sont donc pas des accidents ; et si elles ne sont pas des accidents, elles sont des substances. Cependant, étant des parties nécessairement ordonnées à leur tout, on ne les dit pas et on ne peut les dire de vraies substances, dans le môme sens et au même titre que celles qui sont complètes et subsistent par elles-mêmes. C'est pourquoi, à la différence des accidents et des parties qui ne s'appartiennent pas à ellesmêmes, mais au sujet dans lequel elles sont, les substances qui sont en elles-mêmes et s'appartiennent à elles-mêmes et non à un autre sujet, se disent subsistantes et opérantes ; car l'opération ne s'attribue qu'à la substance complète et non aux accidents, ni aux parties du sujet. Ainsi, par exemple, le chant s'attribue à l'homme et non à l'art de la musique qu'il possède, quoique l'homme ne chante que parce qu'il est musicien; de même, on n'attribue qu'à l'homme l'acte de voir, de marcher, de frapper, quoiqu'il ne voie que par les yeux, qu'il ne marche que par les pieds, qu'il ne frappe que par les mains. La subsistance, propre aux substances complètes, est donc cette perfection par laquelle la substance est en elle-même, s'appartient à elle-même et non à un autre; ou bien c'est l'actualité par laquelle la nature se soutient en elle-même, de manière à ne pas avoir besoin de communiquer avec un autre sujet, afin iVctreei à' opérer.

Considérée comme existant en concret dans une substance complète , la subsistance se dit encore suppôt {suppositurn) , comme la vie, considérée comme existant en concret dans un être quelconque, se dit un vivant. Le suppôt n'ajoute donc nen de T^lus'd la, subsistance, mais c'est la subsistance même considérée comme concrètement existante dans les êtres particuliers.

La substance complète est rationnelle ou irrationnelle. Mais même la substance irrationnelle, une pierre, par exemple, est aubsistanlti . car toute substance complète, existant en elle-

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