SUBSISTANCE, SUPPÔT, HYPOSTASE, PERSONNE
même et par elle-même, indépendamment de tout autre sujet, est subsistante ; mais une pierre est une substance complète, existant en elle-même et par elle-même, indépendamment de tout autre sujet : donc une pierre même est subsistante et est suppôt.
Puisque les substances sont rationnelles ou irrationnelles, les subsistances ou les suppôts sont aussi de deux espèces : les subsistances ou les suppôts rationnels et les subsistances ou les suppôts irrationnels. Or, les subsistances de la première espèce se disent personnes ; celles de la seconde espèce se disent seulement suppôts. Ainsi, les subsistances irrationnelles, ou purement sensitives, se disent bien snppôts, niais non personnes; on dit suppôts, une pierre ou un cheval, mais on ne les dit pas^j^rsonnes. Toute personne est donc une subsistance ou un suppôt, mais toute subsistance ou suppôt n'est pas une personne. Ce nom ne s^attribue qu'aux subsistances ou suppôts intellectuels , et, par conséquent, on dit : « Une personne divine, angélique ou humaine. » Le mot personne n'ajoute donc rien au suppôt , il indique seulement l'excellence et la dignité qu'il puise à la nature intellectuelle.
Dans la langue grecque, le suppôt intellectuel ou la personne, se dit hypostase. Ce mot est passé dans la théologie et dans la langue latine, et de là dans toutes les langues chrétiennes vivantes. C'est pourquoi, dans ces langues, on dit indifféremment: « les trois personnes ou bien les trois hypostases divines; la personne ou bien l'hypostase du Verbe; et l'union personnelle, ou bien l'union hypostatiqiie des deux natures en Jésus-Christ. »
La personne a été définie par Boëce. « Une substance indivî-^ dualisée de la nature rationnelle ; Rationalis natiirœ individua suhsta^ilia, Ceiie définition, approuvée comme la plus parfaite, et expliquée par saint Thomas (1 p., qu. 28, art. -1), est admise par la majorité des savants chrétiens. Quoique l'individualité se trouve dans tous les genres, cependant elle convient d'une manière toute particulière au genre de la substance , parce que la substance s'individualise par elle-même, tandis que les accidents, n'existant et ne pouvant exister que dans un sujet qui soit substance, ne sont individualisés que par elle. En effet, on ne dit celte blancheur, ce savoir, ce zèle, qu'autant que tout cela se trouve dans un sujet, blanc, savant ou zélé.
156 § 80. UNION DE l'aME AVF.C LE COKPS. nj
Mais, commune à toutes les substances, l'individualité convient d'une manière encore plus parfaite et plus spéciale aux substances rationnelles, parce qu'elles ont seules le domaine de leurs actes, qu'elles sont non-seulement capables d'opérer, mais qu'elles opèrent par elles-mêmes. Il est donc bien raisonnable que ces individualités de la substance aient un nom spécial qui les distingue de toutes les autres individualités, et qu'elles s'appellent hypostases, personnes, et même substances premières. Ainsi donc la personne est bien définie par une substance individualisée de la nature rationnelle.
Cependant encore, le nom de personne ne convient pas de la même manière à toutes les individualités de la nature rationnelle. Les intelligences angéliques, par exemple, complètes par elles-mêmes, par rapporta leur opération, aussi bien que par rapport à leur être, sont, à elles seules, de vraies personnes : en Jésus-Christ aussi, la [personnalité n'est propre qu'au Verbe j tout en servant de support à la nature humaine, qui n'a pas de subsistance ou de personnalité par elle-même, la personnalité du Verbe ne résulte pas de son union avec cette nature, car le Verbe était vraiment personne, et l'une des Personnes divines , même avant de se faire chair. Mais, dans l'homme, la personnalité résulte de l'union de l'âme avec le corps, et c'est le corps, animé par une forme intellectivé, ou tout l'homme, qui est personne. En effet, on ne dit pas les personnes humaines ou les hommes qui sont au ciel, aux enfers , ou au purgatoire, mais on dit : les âmes des bienheureux, les âmes des damnés, les âmes du purgatoire. Ce ne sera que lorsqu'elles auront repris leur corps que toutes ces âmes redeviendront personnes , car ce n'est pas l'âme séparée du corps, mais l'âme unie au corps, ou tout l'homme, qui est personne. Cette remarque est de la plus haute importance dans l'intérêt du grand dogme de la résurrection des morts.
Dans tout être (Dieu excepté , en qui la nature et la subsistance sont une seule et même chose), la subsistance se distingue de la nature ou de l'essence, lorsqu'on prend le mot na/wre pour signifier l'essence, ou ce en quoi une chose quelconque a l'être ; car si la subsistance ne se distinguait pas de la nature , il faudrait affirmer que Jésus-Christ avait deux subsistances, puisqu'il