SUBSISTANCE, SUPPOT, HYPOSTASE, PERSONNE
avait deux natures. Mais dire qu'il y avait deux subsistances en Jésus-Christ, c'est dire qu'en lui la nature humaine a subsisté par elle-même, s'est appartenue à elle-même, et non pas à la personne divine du Verbe ; c'est dire que même la nature humaine a été personne en lui : ce qui est impie et contraire à la foi. Ce serait admettre avec Nestorius qu'en Jésus-Christ il y avait deux personnes. Il est donc nécessaire d'admettre que la subsistance est une actualité, réellement distincte de la Nature.
Tout ce qui subsiste existe , mais tout ce qui existe ne subsiste pas. Le corps des êtres vivants existe, mais il ne subsiste pas ; l'âme existe et subsiste. C'est que, comme l'humanité de Jésus- Christ n'avait pas de personne propre , mais subsistait dans la personne du Verbe, le corps n'a pas d'e7r(? propre à lui, mais il ne subsiste que par l'être et dans l'être de l'âme; tandis que l'âme, existant par son être à elle, subsiste en elle-même et par elle-même.
La subsistance est une perfection, car la chose par laquelle une nature est à elle-même, et n'a point besoin d'être soutenue par un autre sujet, est une véritable perfection dans la même nature; mais la perfection n'est pas une pure négation , mais c'est quelque chose de positif et de réel. Si donc la subsistance ajoute une perfection à la nature et est aussi réelle que la nature, la subsistance est distincte de la nature. Par conséquent, quoique la nature humaine fût parfaite en Jésus-Ciirist, cependant, puisqu'elle ne subsistait pas en elle-même, on ne peut dire qu'en Jésus-Christ elle fût une subsistance ou une personne purement humaine; mais il faut croire que, à la place de la personne humaine, il y eut en lui la subsistance ou la personne du Verbe, et que cette personne auguste terminait en lui la nature divine et la nature humaine. C'est pourquoi, en Jésus-Clu-ist, la nature humaine n était pas à elle-même comme elle l'est dans chaque homme; mais elle était au Verbe ou à la personne divine qui la terminait. Sous ce rapport, môme les opérations de la nature humaine étaient des opérations du Verbe, et par conséquent, en Jésus-Christ, tout ce que la nature humaine faisait et souffrait, est attribué au Verbe à qui cette nature appartenait; et c'est pourquoi aussi, on dit en toute vérité : «Dieu a souffert, 'est mort , a été enseveli. »
158 § 81. UWION DE l'AME avec LE COUPS.
Ces notions de la vraie philosophie et de la théologie catholique établies, voici maintenant le tal)leau comparatif, que nous avons promis, de la doctrine de la vraie philosophie sur l'union de l'âme humaine avec le corps, avec la doctrine de la vraie théologie sur l'union de la nature divine et de la nature humaine en Jésus-Christ. Nous sommes souvent revenu sur ce sujet dans le cours de cet ouvrage, mais nous n'avons fait que l'indiquer. C'est ici le lieu de lui donner quelque développement.
S 81. Neuf macjnifiques traits de ressemblance entre la manière dont, d'après la vraie philosophie, Vâme est unie au corps, et la manière dont, d'après la vraie théologie, la personne du Verbe éternel s'est unie Vhumanité. — Grand mallteur de laisser ignorer à la jeunesse chrétienne des écoles ces docirmes.
Nous avons fait remarquer plus haut que, d'après saint Paul, il a plu au Dieu créateur, en formant l'homme, de prédire, d'cffigier, d'ébaucher, en dessin et en petit, le grand et sublime mystère de la personne du Dieu rédempteur : Adam primus est forma futuri. Voyez, en effet, comment tout ce que la vraie foi nous apprend, touchant la personne de Jésus-Christ, se trouve exprimé , aux traits les plus lumineux et les plus frappants, dans l'homme; et comment l'homme, même sous le rapport d'être rationnel, uni au corps, ressemble à son auguste et divin original, Jésus-Christ.
d» Il y a en Jésus-Christ deux natures très-réelles et très-distinctes, la nature divine et la nature humaine; mais il n'y a qu'une seule personne, la personne du Verbe, dans laquelle son humanité a sa subsistance.
De même il y a dans l'homme deux substances très-réelles et très-distinctes, l'âme et le corps; mais il n'y a qu'un seul être, l'être de Tâme, dans lequel le corps a sa subsistance.
5" Si l'humanité avait en Jésus-Christ sa personne propre, autre que la personne du Verbe, il aurait en lui deux personnes.
Mais deux natures si différentes, telles que la nature divine et la nature humaine, ayant chacune sa propre personne, ne seraient que deux supposés, deux individus complets, étran-
UNION DU VERBE AVEC l'HUMANITÉ. 159
gers l'un à l'autre. Jésus-Christ ne serait pas UN, mais deux; il serait le Dieu et l'homme , et non l'HOMME-DlEU, L'homme ne serait pas Dieu en lui, et Dieu ne serait pas homme , et il n'y aurait pas eu (I'Incarnatign du Verbe, ni d'union personnelle de Dieu avec l'homme. -^L'homme ne partagerait pas les ineffables privilèges de la nature divine, ni Dieu les misères de la nature humaine. L'homme, en tant qu'homme , personnellement séparé r' • Dieu, n'aurait pu offrir en lui-même à Dieu une satisfaction infinie, telle qu'elle lui était due, pour le péché de l'homme; et le Dieu, séparé personnellement , lui aussi, de l'homme, n'aurait pu souffrir et mourir comme homme eipour l'homme. Il n'y aurait plus de Rédemption ou de rachat de l'homme pour être rendu à Dieu; Jésus-Christ ne serait pas le rédempteur, le sauveur de l'homme, et on ne saurait plus pourquoi le Verbe se serait uni à l'homme, on ne comprendrait plus rien à Jésus-Christ.
De même, si notre corps avait un être propre, autre que l'être de l'âme, l'homme aurait deux êtres; mais deux substances si différentes, telles que l'esprit et la matière, ayant chacune son propre être , ne seraient que deux individualités , deux êtres complets, étrangers l'un à l'autre. L'homme ne serait pas UN, mais deux; il serait une âme et un corps, et non l'AME- CORPS. L'âme Vl aurait pas un corps ni le corps une âme, et il n'y aurait pas de corporéité de l'esprit ni d'union essentielle de l'âme intellcctive avec le corps. Le corps n'©urait aucune part aux fonctions de l'âme, ni l'âme aux mouvements du corps. Le corps, n'étant qu'un corps, séparé de l'âme par l'être, ne pourrait offrir, en soi, à Dieu le culte de la matière, que Dieu a attendu de lui en l'unissant à l'âme; et l'âme, n'étant qu'une âme séparée, elle aussi du corps, par l'être, ne pourrait accomplir dans le corps aucun acte de la vie sensitive et végétative pour la conservation et la reproduction du corps. Il n'y aurait plus à! animation humaine , ou d'élévation de la nature matérielle et sensible , jusqu'à l'ordre intellectuel et insensible. L'âme intellcctive ne serait pas la restauration, l'ennoblissement de la matière. On ne saurait plus pourquoi l'âme serait unie au corps, et on ne comprendrait plus rien à l'homme.
3° Jésus-Christ étant vraiment et parfaitement Dieu , et vrai-
160 § 81. UNION DE l'aME AVEC LE CORPS.
ment et parfaitement homme, ses deux natures sont, en lui, toutes deux parfaites; mais sa nature humaine, tout en étant parfaite, et même hi plus parfaite de toutes les humanités, parce que c'est l'œuvre du Saint-Esprit, n'est cependant pas complète, dans ce sens qu'elle n'a pas sa personne à part, distincte de la personne du Verbe, et qu'elle n'a sa subsistance que dans la personne du Verbe. Elle n'a donc pas la personnalité humaine proprement dite , dont jouit cependant le dernier, le plus petit des hommes; car même un enfant qui vient de naître est personne^ tandis que l'humanité de Jésus-Christ, toute seule, ne l'est pas.
De même, l'homme étant vraiment et parfaitement âme, et vraiment et parfaitement corps, les deux substances sont en lui toutes deux parfaites ; mais son corps, tout en étant parfait, et même le plus parfait de tous les corps, parce que c'est l'œuvre de la main amie et caressante du Dieu créateur, n'est cependant pas complet, dans ce sens qu'il n'a pas son être à part, distinct de l'être de l'âme, et qu'il n'EST que par l'être de l'âme, dans l'âme et par l'âme. Il n'a donc pas l'être proprement dit dont jouit le plus chétif des corps; car même une pierre, en tant qu'elle est d'une façon distincte d'une autre pierre, a l'être, tandis que le corps humain ne l'a pas.
4" INlais, loin que ce soit un défaut pour l'humanité sainte du Sauveur de ne pas avoir la personnalité humaine, c'est, au contraire, la condition de sa grandeur et le comble de sa gloire; car cette absence de la personnalité humaine étant suppléée en elle par la présence de la personne divine du Verbe, qui par l'union hypostatique est devenue en même temps la personne de l'homme ; en Jésus-Christ l'homme est Dieu comme le Dieu est homme; l'homme est élevé jusqu'aux perfections et aux opérations de Dieu, et, comme l'a dit saint Paul, il est la victime dont le sang, d'une valeur infinie, a rétabli la paix entre la terre et le ciel, entre l'homme et Dieu : il est le grand prêtre de la Rédemption.
De même, loin que ce soit un défaut pour le corps de l'homme que de ne pas avoir l'être propre et commun à tout corps, c'est là, au contraire, le titre de son excellence, de sa noblesse, de sa dignité, parce que cette absence de lêtre purement corporel étant suppléée par la présence de l'être spirituel de
UNION DU VJiKBE AVEC L HUMAiNITE. 101
l'âme, qui, par l'union substantielle, est devenue en même temps l'être du corps, ce corps est élevé, dans l'homme, jusqu'aux perfections et aux opérations de l'âme, et, comme l'a dit Tertullien, il est en nous l'instrument de la pénitence, le ministre de la prière, le confesseur de la foi, le grand prêtre de la création.
o" Tout en étant le vrai Dieu, qui n'a pas le moindre besoin des biens de l'homme : Deus meus es tu, quoniam bonorum meorum non eges (PsaL), tout en voulant accomplir les desseins de sa charité éternelle, et faire éclater, dans toute sa splendeur, sa miséricorde infinie en faveur de l'homme, le Verbe éternel, dit saint Paul, a cependant eu besoin de partager notre chair et notre sang, parce que nous, ses petits enfants, nous étions sang et chair ; il a eu besoin de se faire semblable en tout à l'homme, de devenir son frère, pour sauver l'homme : Quia pueri parlicipaverant carni et sanr/uini, et ipse participavit iisdem.... DEBUIT, per omnia , fratribus similari , ut misericors fieret {Hebr.). Ce n'a donc pas été un malheur, mais un avantage 2iour son amour, de s'être uni à la nature humaine.
De même, tout en étant un esprit véritable , qui n'a pas le moindre besohi du corps pour subsiste?' , l'âme humaine n'a pas en elle-même, comme l'ange , la connaissance de la vérité ; mais , ainsi que l'a fait remarquer saint Thomas, en citant saint Denis, elle est obligée de la demander aux objets extérieurs par l'organe des sens. A l'exception près, donc, que le besoin de la part du Veibe, de prendre la nature humaine afin de devenir notre Sauveur, a été un besoin né de l'excès de sa charité, tandis que le besoin de l'âme, d'être associée à un corps afni d'accomplir ses opérations, est un besoin né de la faiblesse de sa nature, ce n'est pas un malheur, mais un avantage pour l'âme, dit toujours saint Thomas, d'être unie au corps : Propter nielius animx est ut corpori uniatur. Parce que, dit encore saint Thomas, sans le corps, l'âme humaine n'a pas la perfection de sa nature : Cum anima sine corpore cxislcns, non liabeat pcrfecliunein suie naturx.
0" C'a été, d'après l'expression de saint Paul, une espèce d'exinanilion de la part du Verbe éternel, « étant dans la forme de Dieu,» que d'avoir pris la forme de l'eschive, d'être devenu semblable à l'homme, et d'avoir vécu sous le vêtement de l'homme : Qui, cum informa Dei esset, exinanivilsemelipsum,fonii.ain servi II. Il