UNION DE L'AME AVEC LE CORPS
accipiem, in similitudinem hominum foetus, et habilii invenius ut homo {Philip. II). Mais, par cela même que, pour descendre si bas, lui qui était placé si haut, il a dû traverser un espace infini, il a fait preuve d'une puissance infinie ; car, seule, une puissance infinie pouvait réaliser l'œuvre ineffable d'un Dieu uni personnellement à l'homme et vivant de la vie de l'homme, et de l'homme uni à la personne du Fils de Dieu et vivant du la vie de Dieu.
De même, c'est une espèce d'exinanition pour l'âme, qui peut s'asseoir, en tant qu'être intelligent, à côté des anges et même de Dieu, d'être enveloppée dans la matière, et d'avoir besoin de commencer par sentir pour finir par comprendre. Mais, par cela même que, pour descendre du rang des esprits au rang des corps, elle doit traverser un espace immense, Dieu, en la plaçant dans cette condition, a dû lui donner une puissance exceptionnelle, transcendante ; parce que, seulement en vertu d'une telle puissance, Tàme peut en même temps comprendre et sentir, c'est-à-dire exercer en même temps les trois actes de la forme substantielle de tous les corps inorganiques, les trois actes de l'âme végétative des plantes, les trois actes de l'âme sensitive des brutes, et de plus les trois actes de la vie intellective des intelligences séparées (de tout corps), savoir les anges et Dieu.
7° En se faisant homme, le Verbe éternel est descendu au-dessous des anges : Minuisti eiim paulo minus ab angelis [Hebr. I). Mais ce même abaissement lui a valu son exaltation, même comme honjme, au-dessus des anges. Par cet abaissement il a obtenu un nom au dessus de tous les noms ; le nom ineffable de JÉSUS, afin que devant lui tout front s'incline, tout genou se plie, aux cieux, sur la terre et aux enfers, que tout adore Celui ( jui le porte, comme l'unique et vrai roi de l'univers, et que toutt- langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ, tout en étant descendu jusqu'à l'homme, n'en est pas moins dans la gloire de Dieu son Père: Propter quod Df'Us exallavit illum, et donnvit illi nomen, quod est super omne nomen: ut, in nomine Jesu^ omne genu flectatur cœlestium, terreslrium. et infernorum, et omnia linyua confifeafur quia Dominus Jésus Christus in gloria et-t Dei Patris [Philip. II).
De même, étant unie au corps, et ayant besoin des sens pour se mettre en rapport avec les êtres extérieurs, l'âme humaine est
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placée au-dessous de toutes les intellif/ences séparées qui n'ont pas besoin du corps pour connaître tous les autres êtres, même les corps. Mais d'abord cet abaissement de l'inlelligence humaine, étant dans le besoin de sa nature, n'en est pas un ; parce que, tant qu'un être, quel qu'il soit, est dans les conditions exigées par sa nature, il est à sa place, il tient son rang, et n'est pas abaissé. Ensuite cet abaissement n'est pas sans dédommagement; car ce n'est qu'en tant qu'elle est unie au corps, que l'âme humaine, étant la plus faible , par rapport aux intelligences séparées de toute matière, est, en fait, la plus noble, la plus élevée, la plus parfaite de toutes les formes substantielles et de toutes les âmes unies à des corps. Ainsi, tout en étant inférieur à l'ange par sa nature, l'homme a la gloire , l'honneur d'être placé, à l'exclusion de l'ange même, au-dessus de toutes les œuvres de Dieu dans l'ordre corporel , voit toute la terre soumise à ses pieds , dispose en maître non-seulement de tous les minéraux, mais encore de toutes les plantes, de tous les animaux terrestres, des oiseaux de l'air, des poissons de la mer, et se trouve couronné roi absolu de toute la nature matérielle : Minuisti eum paulo minus ab angelis ; gloriâ et honore coronasti euin; constituisti eum super opéra manuum tuarum. Omniasubjeristi subpedibus ejus : oveset boves universas, insuper et pecora campi ; volucres cœli et pisces maris, qui perambulanf semilas maris {Psal. VIII).
8» Selon la vraie théologie , quoique la personne du Verbe et l'humanité ne soient, en Jésus-Christ , qu'un seul et même individu hypostatiquement UN , cependant ses opérations , en tant que Verbe uni dans le temps à la nature humaine, sont distinctes de ses opérations, en tant que Verbe partageant de toute éternité la nature divine ; et, dans les opérations de cette seconde espèce, l'humanité, qu'il a daigné prendre de nous, n'entre pour rien, n'y est pour rien. Car ce n'est pas en tant que Fils de l'homme qu'il est le vrai Fils de Dieu, consubstantiel à son Père; qu'avec son Père il produit le Saint-Esprit; qu'il a en lui-même toute vie (^In ipso viia erat, Joan. I), et qu'il soutient en lui-même tout ce qui vit et existe et qui n'a été fait que par lui [Omnia prr ipsum facta sunt , et in ipso constant, Coloss. I). En assumant la nature humaine, n'ayant rien perdu de sa nature
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divine, et, pour être descendu dans le sein d'une Vierge sur cette terre, n'ayant jamais quitté le sein de son Père céleste {Vnigenitus gui est in sinu Patris, Joan. I), il a toujours continué à accomplir les opérations ineffables de sa nature divine, sans le moindre concours de sa nature humaine. Mais, quant aux opérations de l'autre espèce , les opérations en tant qu'il est Verbe incarne, Homme-Dieu, elles sont tlicandriques ou humano-divines, parce qu'elles ne sont ni du Dieu seul ni de l'homme seul, mais de tout le Suppôt, de IHomme-Dieu. De là , nous le répétons encore, ce que la théologie appelle la communication des IDIOMES en Jésus-Christ, par laquelle on attribue au Dieu ce qu'il n'a fait et n'a pu faire qu'en tant qu'homme, et à l'homme ce qu'il n'a fait et n'a pu faire qu'en tant que Dieu, et l'on dit : (( Le Fils de Dieu est mort et le Fils de l'homme est ressuscité. » Car une seule et même personne, la personne du Verbe , étant commune au Dieu et à l'homme, les opérations des deux natures lui sont applicables avec toute justesse et toute vérité.
De même, selon la vraie philosophie, quoique l'âme et le corps ne soient dans l'homme qu'un seul et même individu , substantiellement UN, cependant ses opérations, en tant qu'esprit uni à la matière, sont distinctes de ses opérations, en tant qu'intellect du même genre que l'ange et, en quelque sorte, même de de Dieu ; et, dans les opérations de cette seconde espèce, la matière, à laquelle cet esprit est conjoint n'entre pour rien, n'y est pour rien. Car ce n'est pas parce qu'û est, mais quoiqu'il soit uni au corps, que notre intellect engendre lui-même, en lui-même, son verbe intérieur, sa parole, sa raison, et que, de cet intellect engendrant son idée, et de celte idée engendrée par l'intellect, ressort la volonté , l'amour, et que notre intellect recopie, dans sa nature créée, le plus grand, le plus ineffable mystère de la Nature incréée. Ce n'est pas parce quW est, mais quoiqu'il soit uni au corps, que notre esprit comprend l'universel et veut l'infini, groupe les idées, les principes et les conséquences, et crée la science, se promène à son aise par les immensités, touche aux dernières profondeurs de l'ordre intellectuel et y règne en maître, à la façon de l'ange , on dirait presque à la façon de Dieu luimême. Étant associée à la nature matérielle sans rien perdre de sa nature intellectuelle, et, pour être descendue dans le corps, ne
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perdant pas ses rapports de parenté avec les esprits, notre âme exerce les opérations ineffables de l'intelligence sans le moindre concours de ses organes corporels : Niillo corporeo organo xitiiur in intelligendo . Mais, quant aux opérations de l'autre espèce, quant aux opérations en tant que l'homme est intellect incorporé, esprit-corps, elles sont spirito-corporelles , parce qu'elles ne sont ni de l'âme seule ni du corps seul, mais de tout le composé, de tout l'homme: Actiones sunt conjimcti. C'est pourquoi, dans le langage universel, on fait usage d'une espèce de communication d'idiomes, par laquelle on attribue même à l'âme ce qu'elle ne fait et ne peut faire que par le corps e. dans le corps ; et l'on attribue même au corps ce qu'il ne fait et ne peut faire que par l'esprit, et l'on dit : L'homme meurt et Vhommeest iimnortel, — l'homtne pense et l'homme mange, — l'homme veut et l'homme engendre, et ces locutions sont d'une exacte vérité. Car, un seul et même être, l'être de l'âme, étant commun à l'âme et au corps, les opérations des deux substances s'appliquent avec toute justesse à tout l'homme, et on les énonce comme les opérations du tout.
9° Enfin, dans le passage que nous venons de citer, saint Paul a dit qu'en se faisant homme , le Fils de Dieu s'est couvert de l'humanité comme d'un vêtement : Et habitu inventus ut homo. Le même apôtre a dit ailleurs, en parlant de l'homme : « Nous « ne voudrions pas être dépouillés de notre corps, mais être « revêtus (de la gloire), en sorte que ce qui est mortel (en nous) « fût (non séparé de nous, mais) absorbé (avec nous) dans une vie « (immortelle) ; Nolumus spoliari, sed supervestiri, ut absorbeatur, quod morlale est, avita (II Corinth. V). » On voit bien que cette comparaison ne peut ni ne doit être prise à la rigueur, car l'union des vêtements avec la personne qui les porte est trèsaccidentelle, tandis que l'union hypostatique de la personne du Verbe avec l'humanité, et l'union /brwe//^' de l'âme humaine avec le corps, sont des unions très-substantielles ; et comme, après l'union par laquelle le Verbe est UN avec son Père , il n'y a pas d'union plus intime et plus parfaite que celle de ce même Verbe avec la nature humaine, de même, après celte dernière union il n'y en a pas de plus intime et de plus parfaite que celle de l'âme avec le corps.