‹ La philosophie chrétienneChapitre 84 sur 249 · HUMAINE · texte numérisé non relu

HUMAINE

§ 87. La raison particulière, de même que tantôt elle a admis en Dieu l'unité de la nature sans la trinité des personnes, et tantôt une trinité de personnes sans l'unité de la nature, de même a admis, dans l'homme, tantôt l'uniié de l'âme sans la trinité des vies, et tantôt une trinité de vies sans l'unité de l'ame. — Hérétiques anciens et modernes qui ont admis plusieurs dmes dans l'homme. — Doctrines de la pluralité des dmes dans l'homme, enseignées de nos jours par Michel Vintras et le docteur Lordat. — L'origénisme, le panthéisme et le matérialisme viennent de jaillir de nouveau de ces doctrines.

Véritable forme, toute âme est, en second lieu , forme essentiellement et nécessairement unique de son corps. Cette seconde propriété de toute âme, d'être le seul et unique principe de la vie et des; actes de tout composé vivant^ découle de la première propriété , conmiune à toutes les âmes , d'être l'ormos de leurs corps ^ et n'en est pas moins imporlante. Nous allons donc l'exposer dans ses principes et dans ses conséquences, et la venger des attaques auxquelles elle s'est toujours trouvée et se trouve en butte^même aujourd'hui, de la part des philosophes, partisans de la doctrine impie de la pluralité de plusieurs a.mes dans l'homme.

C'est le propre de la raison de l'homme déchu, de chercher à éloigner tout mystère de ce qu'on doit croire , comme c'est le propre de son cœur, de chercher à dépouiller de toute sévérité ce qu'on doit pratiquer. C"est pourquoi toutes les fois que riiomme a dédaigné toute autorité et toute tradition , pour ne consulter que sa raison, pour ne relever que de sa raison , dans les choses spéculatives de l'ordre religieux et de l'ordre philosophique , il n'a fait, avant tout, que nier le mystère de Dieu et le mystère de l'homme , ou se nier lui-même.

Un être, un par sa nature incheée, et triple par les pi:r-

PLURALITE DES AMES. VINTKAS ET LORDAT, 209

SONNES, LB PÈRE, LE FiLs ET LE Saint-Esprit : voilà le grand et incompréhensible mystère de Dieu, et le dogme fondamental de toute religion. Un être, un par sa nature créée, et tbiple

PAR SES MANIÈRES d'ÈTRE, PAR SES DIFFÉRENTES VIES, LA. VIE INTELLECTIVE , LA VIE SENSITIVE ET LA VIE VÉGÉTATIVE : VOilà

le mystère de l'homme , à bien des égards , grand et incompréhensible lui aussi, et le principe fondamental de toute i)hiIosophie.

Mais, dans la négation de ces deux mystères, l'orgueil humain ne s'y est pas toujours pris de la même manière. En religion , certains hérétiques, en laissant à Dieu Vmiité de la nature, lui ont refusé la trinité des personnes : et de là le Sabéisme , l'Aria nisme, le Mahométisme , l'Unitarisme ; d'autres hérétiques, en s'arrêtant aux trois personnes divines, en ont fait deux ou trois principes distincts par nature, deux ou trois Dieux, ont foulé aux pieds l'unité essentielle de la nature divine : et de là le Polythéisme, le Trithéisme et le Dualisme des INlanichéens.

De même , en philosophie, certains philosophes, en admettant, au moins en paroles, l'unité de la nature de l'homme, n'ont pu se résoudre à reconnaître la trinité de ses vies. Tls ont soutenu que l'homme n'a qu'wwe vie , que cette vie est ou celle de l'intelligence ou celle des sens, et que tout ce qui se fait en lui , en dehors de cette vie unique, se fait par un agent extérieur : de là l'Idéalisme, le Matérialisme et l'Occasionnalisme de Descartes, de Malebranche et de Leibnitz. D'autres philosophes , au contraire , ne pouvant se décider à nier une trinité de vies dans l'homme , ont attribué ces vies à trois principes différents , à trois âmes de nature diverse , et ont fait bon marché de l'unité essentielle de la nature humaine : de là la Métempsycose de Pythagore , la doctrine des trois âmes de Platon , renouvelée par les Manichéens, par les Origénistes, par les Apollinaristes et par les Jacobites, dans les premiers siècles du christianisme, exhumée et professée de nos jours, par la secte ignoble fondée par Michel Vintras, à Tilly-sur-Seulle, et par l'école créée par l'excentrique docteur Lordat à Montpellier, et soutenue par la Faculté de médecine de Paris. Ainsi, pour ceux-là, il n'y a que l'unité de la nature qui soit réelle dans l'homme , et ses trois vies ne sont qu'apparentes; pour ceux-ci, seule, l'unité de la nature est II. ' u

210 § 87. l'aME FOHMli UNIQUE DU COBPS.

apparente dans l'homme, et ses trois vies sont en lui aussi réelles que ses trois âmes.

Nous avons assez démontré , contre les premiers , la trinité des vies de l'homme. Démontrons maintenant, contre les seconds, l'uKiTÉ de son âme, tout en établissant la théorie des scolasliques : Que toute âme est forme unique de soti corps.

Cette discussion est du plus haut intérêt. Parmi d'autres erreurs, aussi absurdes que grossières et in)pies, l'oeuvre de la

MISERICOBDE Ct DU REGNE DU SAINT-ESPRIT ( CC SOnt IcS UOmS qUC

s'est donnés la secte du prophète de ïilly) enseigne que, semblable à Jésus-Christ, qui est corps, âme et Verbe, l'homme est subslantielleweut triple, sa\oir, corps, âme et esprit, et que Vesprit de l'homme n'est tout bonnement qu'un ange déchu , uni hypostatiqucment [sic] à un corps animé, et expiant dans ce cachot sa propre faute , afin d'en obtenir le pardon : comme l'esprit de Jésus-Christ est le Verbe incarné dans l'homme, et expiant, dans cette prison, les péchés des hommes (1).

Pour être logique , la théologie de Tilly prétend qu'entre l'homme et Jésus-Christ, il y a rpsscmblance et non homogénéité ; ce qui est nier la vérité du mystère de l'Incarnation ; car l'absence de V homogénéité est l'absence de VideiHiié de la nature. Si donc le divin Sauveur n'est pas homogène à Ihomine, il n'a pas la nature de l'homme , il n'est pas vrai honmie; son humanité n'est que métaphorique, factice, apparente; et alors nous voici en plein dans l'erreur des Manichéens , des INIarcionites et de tous les anciens et modernes hérétiques, appelés fantasiaques , d'après lesquels le Fils de Dieu n'aurait pris qu'une humanité fantastique.

Cette doctrine est encore la négation du dessein providentiel dans la création de l'homme. Car si l'homme , comme l'aftirme en toutes lettres la même théologie , n'existe que pour servir de moyen d'expiation à l'ange prévaricateur, il n'a pas été créé dans un but primaire , direct , pour lier ensemble la nature intellectuelle et la nature sensible ; il n'aurait pas une place à lui dans la hiérarchie des êtres, et la création de la nature humaine ne

(1) Voyez LL LiVKi; d'ok, qui renferme tontes les doctrines , prétendues r.'\élées, de la secte, et qui est couâidéré par elle coiame un nouvel Evangile.

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