‹ La philosophie chrétienneChapitre 87 sur 249 · L'AME FOBMB UNIQUE DU CORPS · texte numérisé non relu

L'AME FOBMB UNIQUE DU CORPS

mot, siibstanliellement distincte de l'intelligence. Voilà donc, en toutes lettres, l'erreur capitale de deux formes substantielles, de deux âmes dans l'honmie.

Nous prouverons plus loin que rien n'est plus énorme, n'est plus faux que le principe : Que l'âme ne fait que ce dont elle a la conacicnce et l'arbitre , principe qui sert de base à cette erreur; nous ferons justice de toutes les autorités sur lesquelles on s'appuie, et nous constaterons que c'est là simplement une ancienne hérésie, condamnée mille fois par l'Église. Pour l'instant, nous observerons que, s'il était vrai que l'âme intellective est tout à fait étrangère aux fonctions de la vie organique, il serait vrai aussi que notre corps ne vit pas par l'âme, et que l'âme n'est pas ta forme substantielle du corps. Mais alors, quel serait donc le rôle de cette âme dans le corps*? Pourquoi se trouverait-elle accouplée à un corps à qui elle ne donnerait ni l'être ni la vie, et qui tiendrait d'un autre moteur substantiel le jeu de ses organes, le principe de ses opérations, de son être et de sa vie ? Gomment répondre à ces questions redoutables, comment expliquer l'homme, autrement que par l'une de ces trois hypothèses; Ou 1° que fhomme n'est qu'une création accidentelle pour servir de lieu de correction à des intelligences déchues ; c'est I'Okigénisme. Ou 2" que l'âme intellective n'est pas une substance à part, mais un rayonnement de la substance universelle intelligente, et que le principe vital n'est pas, lui non plus, un principe à part, mais une connnunication de la vertu du principe universel vivant, vertu, comme on l'a dit, « conmiuniquée pendant le temps nécessaire « au développement de l'organisation , puis entretenue par le « jeu des organes jusqu'à la mort;» c'est le Panthéisme. Ou 3** enlin que ce qu'on appelle Intellect dans 1 homme n'est que le résultat d'une organisation plus parfaite que celle des brutes, qui, sans avoir une âme intellective, n'en ont pas moins l'air de comprendre; que l'âme intellective n'est qu'un mot, et que l'homme n'est que corps, ne devant qu'à un principe matériel tout ce qu'il fait et tout ce qu'il est; c'est le Matérialisme.

On a vu, en effet, que , toutes les fois qu'on a pris pour point de départ de l'anthropologie le principe : Que l'âme n'est unie qu'accidentellement au corps, et que le corps, ayant un être à lui, il y a plusieurs âmes dans l'houmie, on a tini par con-

PLURALITÉ DES AMES. V1NTHAS ET LOBDAT. 215

dure en faveur d'une de ces trois colossales erreurs. Aujourd'hui même, c'est en partant du même principe qu'on est parvenu aux mêmes conséquences, et que l'école de Tilly a restauré rOrigénisme; que M. Jaumes, de Montpellier, a, dans son Étude sur la distinction des forces, cajolé le Panthéisme, et qu'à Paris, dans une circonstance solennelle, en pleine Académie, on a dit : « Nous écartons respectueusement l'âme et nous demeurons vi- « talistes, » ce qui est éconduire d'une manière très-polie l'âme intellective, embrasser le matérialisme, et constater une fois de plus cette vérité : Que, si l'âme n'est pas la forme unique du corps, elle n'est plus rien.

§ 88. Accueil enthousiaste que la Faculté de médecine de Paris a fait au dynamisme de l'école de Montpellier. — Propagation de cette erreur eu Europe. Les écoles de philosophie chrétienne Vont elles-mêmes adoptée. — L'annotateur de la philosoi-hie de lvon, se mettant en contradiction avec lui-même, l'approuve et la recommande.

Ce fut en 1855 que le procès entre le vitalisme de Barthez (formulé nettement et imposé par l'emphase du sophisme, plutôt qu'enseigné par la haute raison de M. Lordat) et V animisme de Stahlj défendu par les intrépides rédacteurs de la llevue médicale, fut poi'té de l'Académie de I\lontpellier au tribunal suprême de l'Académie de Paris. Mais ce ne fut pas une discussion sérieuse. Une dizaine de membres de ce corps illustre firent entendre d'éloquentes paroles, mais, hélas ! pour condamner comme une erreur nouvelle {sic) l'ancienne doctrine de l'humanité et de l'Kghse sur l'unité de l'âme humaine; pour proclamer d'enthousiasme, comme une doctrine ancienne, le nouveau principe du double dynamisme ou de deux âmes dans l'homme; poiu^ annoncer au monde médical, qui ne s'en doutait pas, que cette erreur est vérité, réalité, lumière; et que, sans ce principe tout à fait distinct de l'âme intellective , il n'y a plus de médecine rationnelle ni de médecine raisonnable (1).

Ce résultat regrettable fut accueilli par les acclamations les

(1) Voyez l'histoire de ce qui s'est passé dans cette séance et à son occasion, dans le cahier du 15 avril 18ô5 de laREvvB médicale du Paris.

2IC s 88. L'rnivF.DR ors dv.vx âmes nvNS l'homme

plus hniyaiiios, de la part de la presse médicale de la niéliopole et delà province, et de la part des médecins distingués qui les dirigent. Nous nous contenterons de reproduire ici un morceau du dithyrambe que la Gazrltr médicale de Paris improvisa alors sur ce sujet : « Une dernière impression, dit-elle, résulte pour « nous des débats académiques actuels. Une seule doctrine, H vieille comme le monde, et toujours jeune cependant, reste de- <( bout quand tout vieillit ; connue dans tout le monde civilise, « trônant à Montpellier, elle pousse sourdement des racines «jusque sous les terres ennemies cultivées par les écoles de « P((ris et de Strasbovrij... Cette doctrine, qui s'alimente k une « petite école, se soutient par de rares travailleurs, se répand à « l'aide d'une presse médicale peu connue extra muros, se passe a de parade, d'afHche et de prospectus, et qui se propage ainsi « d'âge en âge, malgré l'insuffisance des moyens ; cette doctrine u vénérable qui ennoblit et relève autant l'homme à ses jtropres « yeux que le matérialisme et le solidisme l'abaissent et l'avilis- « sent; cette doctrine, enfin, entourée d'un prestige séculier et « dont ses ennemis ne prononcent le nom qu'avec une sorte de « respect... c'est la doctri>e de Montpellier (14 arr// 1855). «

LUlNION MÉDICALE, la PrESSE MKDICALE, laFfiAIVCE MÉDICALE,

la Gazette des hôpitaux, I'Abeille médicale, etc., ont parlé dans le même sens et chanté sur le môme diapason. En sorte que le résultat de cette séance mémorable de l'Académie de médecine de Paris n'a été que le désaveu formel, de la part de cette savante assemblée, de la doctrine anthropologique de l'âme intellective, seul j^rincipe vital de l'homme, et l'adoption solennelle de la doctrine d'une seconde orne dans l'homme, comme l)rincipe des fonctions vitales du corps.

Outre la Revue médicale, demeurée invinciblement attachée aux anciennes doctrines, il ne s'est trouvé qu'une seule âme honnête qui, depuis lors, ait eu le courage de protester contre cette grande apostasie. C'est le docteur Miahle, qui, aussi modeste que savant, dans son importante correspondance avec M. CoUineau, philosophe, tout en signant « pharmacien », s'est montré plus sérieusement philosophe que son antagoniste. Car il fait cette belle déclaration, dont rien que la simplicité de la forme suffirait à prouver la justesse et la vérité des pensées :

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