‹ La philosophie chrétienneChapitre 93 sur 249 · ANCIENNES ERREUKS SUR CE SUJET RÉFUTÉES · texte numérisé non relu

ANCIENNES ERREUKS SUR CE SUJET RÉFUTÉES

pas deux êtres, ni deux formes, ni deux âmes, mais un seul être, une seule forme, une seule âme , dans tout composé animé (1). »

a Mais, reprenaient les adversaires de Y unicité de la forme substantielle, si le corps de l'homme n'avait pas un être à lui, indépendant de celui de l'âme, et le constituant un corps en acte , ce corps ne serait qu'e« puissance, ne serait qu'une portion de matière première. Car c'est le propre de la matière première d'être un ?,\\]ei purement en puissance, et dépourvu de tout acte. Mais les formes qui actualisent la matière première sont les formes premières dans l'ordre du temps, et dernières dans l'ordre de la perfection, de l'excellence et de la dignité. S'il n'y avait donc, dans le composé humain en particulier, qu'une seule forme substantielle, l'âme intellective, et si cette fomie s'unissait immédiatement, comme les formes premières à la matière première , l'âme intellective serait la plus imparfaite, la plus chétive, la plus ignoble de toutes les formes; ce que personne, même parmi les matérialistes, ne saurait ad-p mettre. »

a Voilà encore une confusion de choses fort différentes , reprenait saint Thomas. Car la forme, quelle qu'elle soit, tout en s'unissant immédiatement àla matière, et étant son acte premier, ne l'affecte pas de k même manière ; mais , selon les degrés différents de perfection de la part de la forme à laquelle la matière est unie , le composé qui en résulte est simplement , comme tous les composés substantiels, même inorganiques, est et végète, comme la plante; est , végète et sent, comme la brute ; est, végète, sent et raisonne, comme l'homme. Le plus et le moins de perfection de la forme ne dépend donc pas de son union plus ou moins immédiate à la matière, mais du degré d'excellence et de puissance de sa nature, par lequel la matière, qui y est jointe, est élevée à un degré plus haut d'être ou de vie. Ainsi la forme des êtres inorganiques, qui donne à la matière le premier et un seul degré de perfection, est très -imparfaite.

(1) « Anima non movet corpus per esse suum, secundum quod unitur cor- « pori ut forma, sed per potentiam motivam, cujusactus prœsupponitjam corpus « effectum in actu per animam, ut sic anima secundum vira motivam sit pars '< movens et corpus animatum sit pars niota {Loc. cit.). ■»

232 § 89. UMCITÉ DE l'AME ÉTABLIE.

Celle qui en donne deux est plus parfaite. Celle qui en donne trois est plus parfaite encore; et celle qui, comme l'àme humaine, donne tous les degrés de perfection et de vie, est la plus parfaite de toutes les formes. Et de ce qu'elle est unie immédiatement et comme acte premier au corps, il n'en résulte rien de contraire à sa dignité, à sa noblesse, à sa perfection (1). »

« Mais nulle mixtion naturelle, disaient enfin les néo-platoniciens du moyen âge , ne se fait par la matière seule ; dans ce cas, il n'y aurait pas de mixtion naturelle, mais seulement de la corruption. Toute mixtion naturelle se fait donc par des éléments différents, ayant et conservant leurs propres formes, et ces formes sont substantielles, puisqu'elles donnent aux éléments leur être. Mais le corps de l'homme, aussi bien que le corps de la brute et de la plante, est du nombre des corps mixtes ; il y a donc dans ce corps, en dehors de l'âme, les formes des différents éléments dont il se compose ; et partant, il y a, dans tout être vivant, différentes formes substantielles. »

«Cette objection, répondait saint Thomas, tient à l'erreur d'Avicenne; car c'est lui qui a admis que, dans les corps naturels mixtes, les formes substantielles des éléments demeurent intactes, même après la mixtion; et pour lui la mixtion ne se fait que par l'équilibre des qualités contraires des éléments. Mais tout cela est absurde, parce que, la forme substantielle étant inséparable de son sujet, si les éléments conservaient leur propre forme, ils ne pourraient se fondre ; ils occuperaient différents points de l'espace, parce que des corps différents par leur forme ne sauraient se trouver dans le même lieu ; ils demeureraient séparés, quant à la substance ; ils ne seraient unis que par juxtaposition; il n'y aurait jamais de véritable mixtion, mais mixtion apparente , car la véritable mixtion n'a et ne peut avoir lieu que selon la substance ou selon le tout (2). »

(I ) « In materia considerantur divers! gradus perfcctionis, sirut es.se, vivere, « sentire et inttlligere, semper aiitem secunduni suiiervenicns |)riori perfeclius « est. Forma ergo qua* dat soluin priinum graduin perfectionis matériau est • iiiiperfectissima, sed forma qiiae dat primum, secndum et tertiiim et sic « deinceps, est perfectissima et tamen materiae immediata (Loc. cit.). ■>

(2) « Aviceiina posuit formas .substantiales elementorum intégras remanere

ANCIENNES EBBEURS SUR CE SUJET BÉFUXÉES. 233

« Ces inconvénients n'ont pas échappé à Averroès. Il établit qu'à cause de leur imperfection , les formes des éléments occupent une place moyenne entre les formes substantielles et les formes accidentelles; que, se balançant mutuellement, l'une d'elles perd ce que l'autre gagne; qu'elles sont modifiées, selon le plus et le moins, dans la mixtion, et que, se mettant en équilibre , elles composent ensemble une seule forme substantielle du corps mixte (1).

«Par cette hypothèse Averroès n'a fait qu'écarter de grandes absurdités par des absurdités plus grandes encore. Car le principe formel de tout composé naturel est indivisible, est incapable de diminution et d'accroissement, et, s'il a un degré de perfection de plus ou de moins, il n'est plus le même principe formel , la même forme; il est forme spécifiquement différente, parce que tout accroissement ou toute diminution fait varier spécifiquement les formes, comme il arrive dans les nombres, dans lesquels toute addition et toute soustraction donnent un nombre d'une espèce différente. Une forme substantielle (l'âme humaine exceptée] peut donc périr ; mais il est impossible qu'elle reçoive le plus ou le moins, ou qu'elle soit mise en rapport avec une forme accidentelle, moyennant une forme d'une troisième espèce; car il est impossible aussi de trouver quelque chose de mitoyen entre la substance et l'accident (2) .

« in mixlo; mixtionem autern fieri secundiim quod contraria' qualilates cle- « mentorum reducuntur ad médium. Sed hoc est inipossibile, quia divcrsa» « forma' elementoruni non possunt esse in diversis partibus materia'. Ad qiia- « rum diversHatem oportet inteliigi dimensiones, sine quibns materia divisibilis « esse non polest. Materia autem dimensionis subjecta non invenitur ni>i in « corpore-, diversa autem corpora non possunt esse in eodcm loco. Undesequitur « quod elementa sint in mixto distiucta secundum situm, et ita non erit vera « mixtio, quae est secundurn totum, sed mixtio ad sensuni, qu* est secundum '1 rainima juxta se posita {Loc. cit. ) . »

(1) « Averroès autem posuit quod forma' elementorum, propter sui imperfec- « tionem, suut médise inter formas accidentales et substantiales ; et ideo reci- « piunt magis et minus ; et ideo remitlunlur in mixtione et ad médium redu- « cuntur et conflatur ex eis una forma. »

(2) « Sed hoc est etiam magis impossihile. Nam esse substantiale cujuslibet « rei in indivisibiii consistit et omnis addictio vel subtractio variât speciem, « sicut in numeris. Unde impossibile est quod forma substantialis qusecumque

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