TROIS AUTUES ARGUMENTS DE SAINT THOMAS
OU partager la vie végétative de la plante, la vie sensitive de l'animal, etla vie intellective de l'ange ; ainsi que tous les hommes l'admettent, le croient et l'énoncent (1).
S. Thomas prouve , en troisième lieu , que l'homme n'a et ne peut avoir qu'une seule et même àme, par ce qui arrive dans l'homme même. Si nous avions trois âmes, de manière à ce que nous accomplissions exclusivement, par l'âme intellective les trois actes de la vie de l'ange, par l'âme sensitive les trois actes de la vie de la brute, et par l'âme végétative les trois actes de la vie de la plante , nous pourrions faire les actes propres de la première de ces trois vies, sans le moindre préjudice des actes propres aux deux autres. Nos (trois) âmes étant trois formes, trois principes différents, et, partant, indépendants l'un de l'autre, ne sauraient se déranger mutuellement, dans l'exercice de leur action propre, dans le même corps, pas plus que plusieurs ouvriers, travaillant chacun à son propre ouvrage, dans un même atelier. Mais c'est précisément le contraire que nous voyons arriver en nous-mêmes. En nous livrant avec trop d'empressement et d'intensité aux travaux de la vie intellectuelle, nous devenons moins aptes aux actes des deux autres vies ; nous altérons nos fonctions digeslives ; nous sentons moins et finissons par miner notre santé. Et, au contraire, les hommes occupés des travaux ou des plaisirs du corps deviennent incapables des travaux de l'intellect. Aristote avait fait la remarque que : « Les hommes délicats par rapport au corps sont plus puissants par rapport à l'esprit : Molles çarne bene aptos mente videynus. » [In secund. de anima.) Et saint Thomas, en citant ces paroles d'Aristote, a dit, lui aussi : a Autant le sens du toucher est plus fin et plus
(1) « si ergo alia forma sit a qua aliquid dicitur animal et a qua aliqiiid di- « citur hotiio, sequeietur qiiod uiiuni liorum non posset prœdicari de altero nisi « per accidens, si istai dua; forma; ad invicem ordinem non Imbent, vel quo;i sit " ibi pra'dicatio in secundo ino.lo dicendi pcr se, si una aniniarum sit ad aliain « praeand)iila. Utrumque autem horum est manifeste falsuni, quia animal per » se de iiomine pra-dicatur, non per accidens ; liomo autem non ponitur in de- « finitioneaniina!is,sede converse (animal ponitur in definitione liominis). Ergo <: oportet eamdera formam esse per quam aliquid est iinimal et per quani ali- «■ quid est homo. Alioquin liomo noa vere esset id quod est animal, ut sic animal « per se de homine praedicetur {Loc. cit.). »
240 § 91. UNTCITK OE l'aME HUMAINE.
parfait dans l'homme, autant son intelligence est plus dégagée et plus parfaite : Qui sunt melioris tactus, sunt melioris mlellcchis (I p., qu.TO, a. 3). Semblable à un corps élastique, qui se rétrécit autant qu'on le force à s'allonger, et qui se raccourcit autant qu'on le force à s'étendre, l'homme ne peut s'adonner excessivement aux actes de l'une de ses vies qu'aux dépens des actes de ses autres vies, et ne peut^ selon l'ancien proverbe, s'occuper des actes de toutes ses trois vies en même temps que légèrement, et son attention et son activité diminuent lorsqu'il les applique à différents objets : Pluribus intenius, minor est ad si?if/ula aevsiis. Or tout cela prouve évidemment, conclut saint Thomas, que l'homme n'agit qu'en vertu d'un seul et même principe, d'une seule et même forme, et qu'il n'a pas trois âmes, mais qu'une seule et même âme est en lui, et qu'elle est, à la fois, inlelleclive, sensitive et végétative (l). »