‹ La philosophie chrétienneChapitre 97 sur 249 · HUITIÈME CHAPITRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME CHAPITRE

SlITE DU MÊME SUJET. ON FAIT JUSTICE DES OBJECTIONS CONTRE L'lNICITÉ de l'aME HUMAINE, ET DES SOPHISMES ET DES AUTO- ^ BITES A LAIDE !'-y ELS LES ECOLES MODERNES S0UT1ENNE^T L'hÉRESTE de PLUS.KLKS AMES DANS l'HOMME.

§ 91. Réfutation de quatre objections des anciennes écoles contre VU nicild. de l'unie. Ce sont des objections sérieuses, en apparence, mais fondées sur l'absurde, en réalité. — La dernière surtout est grosse de consé-

f/uences manifestement ridicules et impies En la répétant de nos

jours, certains esprits se montrent bien grossiers et bien ignorants en philosophie.

JLe dogme de l'unité de l'àme humaine est trop important et se lie trop intimement aux plus hautes vérités de la religion, pour que la raison philosophique, ennemie de toute vérité, ait jamais

(1) '< Tertio, apparct hoc esse impossibile per lioc, qiiod uiia operatio anima*, " cnni fueril intensa, irapedit alia;». Qiiod jmllo modo contingerct nisi princi- " pimn acfionumesset pcr essentiam unnm.Sic crgo dicendum qiiod eadcm nun mero est anima in iiomine, sensitiva, iotellcctiva etnutritiva {Loc. cit.). »

ANCIENNES OBJECTIONS REFUTÉES. 24i

pu le perdre de vue, et ne pas s'appliquer à le combattre par de nombreuses objections. Seulement, du temps de saint Thomas, les objections étaient sérieuses, parce qu^elles étaient puisées aux principes de la métaphysique la plus élevée; tandis que celles qu'on lui oppose aujourd'hui sont aussi grossières que la matière dans laquelle on est allé les chercher, et aussi vaines et prétentieuses que l'ignorance la plus complète de toute philosophie, qui en fait la base. Nous allons faire justice des unes et des autres, en nous aidant toujours des grands principes et des profondes doctrines de saint Thomas.

Voici ce qu'on oppose d'abord : Incorruptible par rapport à sa vie intellective, l'âme humaine est corruptible par rapport à sa vie sensitive et à sa vie végétative; car, séparée du corps, elle devient étrangère à ces vies, et ces vies sont perdues pour elle. Or une seule et môme substance , une seule et même forme , une seule et même âme, ne peut être en même temps incorruptible et corruptible. Donc il est impossible qu'une seule et même âme intellective soit dans l'homme, en même temps, sensitive et végétative; et, à moins qu'on ne dise que la même âme, incorruptible par l'une de ses parties, est corruptible par les autres, ce qui est absurde, il faut de toute nécessité admettre que la substa:iceou l'âme par laquelle l'homme entend, est d'une nature tout à fait différente de la substance par laquelle il sent et il végète, et vice versa. Dès lors il faut convenir qu'il y a dans l'homme trois âmes, réellement distinctes entre elles, par leur essence aussi bien que par leurs opérations.

Cette objection n'est qu'un pur sophisme. De ce qu'une seule et même substance ne peut être incorruptible et corruptible, il ne s'ensuit pas qu'une substance incorruptible ne puisse exercer dans un temps, et ne plus exercer dans un autre, des fonctions corruptibles. Ainsi, de ce que l'âme humaine est incorruptible en tant que substance intellective, il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse exercer pendant son union au corps, et ne plus exercer après sa séparation du corps, les fonctions de la vie sensitive et végétative. De ce qu'une substance incorruptible accomplit des fonctions corruptibles, il ne s'ensuit pas non plus qu'elle soit corruptible. Ainsi donc, de ce que l'âme accomplit pendant cette vie les actes de la vie corruptible des brutes et des plantes, il ne

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