‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 100 sur 161 · I. Cours, IV, 300-205 ; Pol. pos., IV. Appendice, p · texte numérisé non relu

I. Cours, IV, 300-205 ; Pol. pos., IV. Appendice, p

Au moment où il l'entreprend, la philosophie théologique et métaphysique domine encore dans la conception courante des faits sociaux. L'imagination n'y est pas subordonnée à l'observation. On ne s'applique pas à l'analyse des faits pour en découvrir les rapports et les lois : on aime mieux construire des philosophies de l'histoire, qui présentent le caractère des hypothèses non scientifiques, c'est-à-dire qui sont invérifiables. On recherche des résultats absolus, comme si dans cet ordre de faits, ainsi que dans tous les autres, l'absolu n'était pas inaccessible. Au point de vue pratique, on ne doute pas qu'il ne dépende de l'homme de modifier les faits sociaux comme il lui plaît, et que son action ne puisse s'exercer là sans limites définies. On suppose, en un mot, que la société politique n'a pas de lois qui en régissent le développement naturel.

Les mêmes préjugés, les mêmes idées fausses ont dominé jadis au sujet des phénomènes plus simples, qui sont ensuite devenus objets de science positive. Cette analogie ne doit-elle pas faire concevoir aux philosophes « l'espoir rationnel de parvenir à dissiper aussi ces erreurs de conception et de méthode dans le système des idées politiques1? » Que la science des phénomènes les plus complexes parvienne la dernière à l'état positif, rien n'est plus naturel. Il était même impossible qu'il en fût autrement. Enfin, outre les difficultés qui tiennent à la complexité de son objet, la sociologie avait à en surmonter d'autres, qui naissent des passions poli tiques. Les problèmes de ce genre ne laissent personne indifférent. Les intérêts de chacun y

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sont engages, et ils agissent, même à son insu, sur la direction de ses pensées. Les partis excellent à construire et à rendre plausibles des théories adaptées à leurs besoins. De sorte qu'un effort constant de désintéressement est nécessaire à qui se propose la science de la politique abstraite.

Toutefois, si ces raisons font comprendre que la sociologie apparaisse la dernière des sciences fondamentales, aucune n'implique qu'elle ne dût pas naître à son tour. Au contraire, à côté de la « physique vitale », et de la « physique inorganique », la « physique sociale » devait un jour prendre place. Dès 1824, Comte en a eu l'idée très nette. On ne voit pas pourquoi, dit-il, les phénomènes que présente le développement d'une espèce sociale n'auraient pas des lois tout comme les autres, pourquoi ces lois ne seraient pas susceptibles d'être découvertes par l'observation tout comme celles des autres, à la réserve seulement que la nature de cette fraction de la philosophie en rend l'étude plus difficile. « Je ferai sentir par le fait même qu'il y a des lois aussi déterminées pour le développement de l'espèce humaine que pour la chute d'une pierre1. » Comte a atténué plus tard la raideur de ces expressions. Il a reconnu que les phénomènes sociaux étaient de tous les plus « modifiables. » Mais il n'en a pas moins maintenu qu'ils étaient régis par des lois.

La sociologie, science abstraite et toute théorique, ne se propose que la découverte des lois des phénomènes,

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