‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 101 sur 161 · Lettres à Valat, p. i38-9 (8 septembre 182V · texte numérisé non relu

Lettres à Valat, p. i38-9 (8 septembre 182V

sans avoir égard d'abord aux applications possibles. Je n'aurai point, dit Comte, à m'occuper directement de l'anarchie politique1. Ici, plus cpie partout ailleurs, la science doit être séparée de l'art correspondant. Les mêmes raisons qui ont fait constituer la physiologie à part de la médecine, avec laquelle elle avait été si longtemps confondue, veulent aussi que la science sociale soit distinguée de la politique, dont elle n'a guère été, jusqu'ici, qu'une interprétation plus ou moins empirique ou arbitraire.

Comte, qui a mis tant de soin à définir le fait physique, le fait chimique, le fait biologique, n'a pas donné de définition du fait sociologique. On en aperçoit assez facilement les raisons. D'abord, ce fait se définit pour ainsi dire de lui-même, par élimination. Comme il n'y a pas de phénomènes plus compliqués que ceux-là qui nous soient accessibles, tous les phénomènes qui ne sont pas étudiés par les sciences précédentes forment naturellement l'objet delà sociologie. Puis, il pourrait y avoir lieu de chercher la définition du fait sociologique, si l'on partait de la considération de l'individu pour s'élever à celle de la société. Mais la conception de Comte est précisément inverse. Selon lui, l'individu est une abstraction ; la société est la vraie réalité. Il ne faut pas expliquer l'humanité par l'homme, mais au contraire l'homme par l'humanité. Dès lors, tous les phénomènes proprement humains sont ipso facto sociologiques. C'est une caractéristique essentielle du système de Comte, que l'homme considéré individuellement n'y est pas objet de science. La science de l'homme appartient pour une

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