‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 106 sur 161 · Cours, IV · texte numérisé non relu

Cours, IV

ou passagères. Telles sont les périodes révolutionnaires, qui correspondent aux maladies des corps vivants. Si l'on étend à la sociologie, comme il convient, le principe de Broussais, c'est-à-dire si l'on admet que les phénomènes morbides se produisent par l'effet des mêmes lois que lés phénomènes normaux, l'étude de la pathologie sociale suppléera en quelque mesure à l'expérimentation. Cette étude, dira-t-on, est restée stérile jusqu'ici. Mais cela vient, selon Comte, de ce que l'expérimentation, directe ou indirecte, doit, comme la simple observation, être subordonnée à des conceptions rationnelles. Toutes deux ne sont fécondes que dans une sociologie déjà en possession de ses lois essentielles.

La méthode comparative, si utile au biologiste, est précieuse aussi pour le sociologue. Elle rapproche les divers états de la société humaine coexistants sur les différentes parties de la surface terrestre, et chez des peuples indépendants les uns des autres. Sans doute, à ne considérer que le développement total, l'évolution de l'humanité est. une* Il reste vrai néanmoins que des populations très considérables et très variées n'ont encore atteint qu'à des degrés, inégalement inférieurs de cette évolution. Nous pouvons ainsi en observer simultanément et en comparer les phases successives. Depuis les Fuégiens jusqu'aux nations les plus civilisées de l'Europe, on ne saurait imaginer aucune « nuance sociale », qui ne se trouve actuellement réalisée en quelque point du globe. Souvent, à l'intérieur d'une même nation, la condition sociale des diverses classes représente des états de civilisation fort éloignés les uns des autres. Paris renferme aujourd'hui des « survivants »

plus ou moins fidèles de presque tous les degrés antérieurs de l'évolution sociale, surtout au point de vue intellectuel1. Ce procédé comparatif vaut pour la statique comme pour la dynamique sociale. Même, dans la statique, la comparaison peut s'instituer entre les sociétés animales et la société humaine.

Toutefois, ce procédé de méthode n'est pas sans inconvénients en sociologie. Il n'a pas égard à la succession nécessaire des diverses phases de l'évolution sociale : il semble au contraire les considérer toutes comme simultanées. Il empêche, par suite, d'apercevoir la filiation des formes sociales. 11 risque aussi de fausser l'analyse des cas observés, et de faire prendre de simples facteurs secondaires pour des causes principales. C'est ce qui est arrivé à Montesquieu, qui comparait indifféremment les cités antiques, la France du moyen âge, l'Angleterre du xvme siècle, la république de Venise, le gouvernement de Byzance, l'empire du sultan et celui du shah de Perse.

Ainsi, la méthode comparative n'est encore pour la sociologie qu'un procédé auxiliaire. Comme l'observation, comme l'expérimentation, elle doit être subordonnée à une conception rationnelle de l'évolution de l'humanité. Celle-ci dépend à son tour de l'usage d'une méthode d'observation originale, propre aux phénomènes sociaux, et exempte des dangers que présentent les précédentes. Cette méthode, spécifiquement sociologique, ce procédé « transcendant », avec lequel s'achève la méthode positive, c'est, dit Comte, la méthode historique2.

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