Cours, IV. 36o
La sociologie est une science abstraite : l'histoire, qui en est le procédé essentiel; ne saurait donc être l'histoire purement narrative. Il y a deux façons de concevoir l'histoire, l'une abstraite, et l'autre Concrète. Celle-ci domine dans les ouvrages historiques écrits jusqu'à ce jour. Leur but est de raconter et de disposer dans l'ordre chronologique une certaine suite d'événements. Sans doute, au siècle dernier, des efforts ont été faits pour coordonner les phénomènes politiques et en déterminer la filiation. Mais ce genre d'ouvrage n'a pas laissé pour cela de demeurer narratif et littéraire. L'autre forme de l'histoire, qui n'existe point jusqu'à présent, a pour but la recherche des lois qui régissent le développement social de l'espèce humaine1.
La différence d'objet entraîne la différence de méthode. S'agit-il de composer des « annales » exactes, de raconter les choses comme elles se sont passées, on commencera par l'histoire spéciale des divers peuples, qui, à son tour, se fonde sur les chroniques des provinces et des villes. Il faudra partir des documents de détail, et ne négliger aucune source : le travail de combinaison ne viendra qu'ensuite. Mais, si l'on a pour but la science abstraite de l'histoire, c'est-à-dire l'enchaînement des phénomènes sociaux, une marche toute différente devra être suivie. En effet, toutes les classes de ces phénomènes se développent simultanément, et sous l'influence mutuelle les unes des autres. On ne peut expliquer la marche suivie par une quelconque d'entre