‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 108 sur 161 · Cours, IV · texte numérisé non relu

Cours, IV

elles, sans avoir d'abord conçu d'une manière générale <( la progression de l'ensemble. » Il faut donc se proposer avant tout de concevoir dans sa plus grande généralité le développement de l'espèce humaine, c'est-à-dire d'observer et d'enchaîner entre eux les progrès les plus importants qu'elle a faits successivement dans les principales directions différentes. Ensuite, on subdivisera les périodes et les classes de phénomènes à observer1.

Ces « principales directions différentes » correspondent à ce que Comte a appelé plus tard les « séries sociales. » Il désigne par là les groupes de phénomènes sociaux disposés pour une étude scientifique. Une fois ces groupes formés, le sociologue cherche à détermi ner, d'après l'ensemble des faits historiques, l'accroissement continu de chaque disposition ou faculté physique, morale, intellectuelle ou politique, combiné avec le décaissement indéfini de la disposition ou faculté opposée : par exemple, la tendance de la société humaine à passer de la forme guerrière à la forme industrielle, de la religion révélée à la religion démontrée, etc. De là se tirera la prévision scientifique du triomphe de l'une et de la chute de l'autre , pourvu que cette conclusion soit d'ailleurs conforme aux lois générales de l'évolution de l'humanité.

Cette prévision ne pourrait jamais se fonder sur la seule connaissance du présent. Car celle-ci expose à confondre les faits principaux avec les secondaires, « à mettre de bruyantes manifestations passagères au-dessus de tendances profondes », et à regarder comme en voie de croissance des institutions ou des doctrines qui sont

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