‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 117 sur 161 · I. Cours, IV · texte numérisé non relu

I. Cours, IV

LA DYNAMIQUE SOCIALE 3o3

par une série d'étapes nécessairement déterminées. » Cette idée ne s'est pas dégagée nettement dans l'antiquité1. Les anciens se représentaient plutôt les mouvements sociaux comme oscillatoires ou circulaires. Sur des points spéciaux, par exemple en morale, ils ont eu un pressentiment de l'idée de progrès2. Ils ont conçu la poursuite du mieux. Mais l'idée scientifique du progrès social dans son ensemble devait leur rester étrangère. Car cette idée ne se forme que par l'observation et par l'analyse de l'histoire. Le champ historique dont ils avaient la vue était encore trop peu étendu pour la leur suggérer.

L'idée de progrès apparaît avec la philosophie de l'histoire enseignée par le christianisme. En effet, cette religion donne une explication rationnelle de l'histoire universelle considérée dans son ensemble. Elle proclame la supériorité du monde chrétien sur le monde païen, et de la nouvelle loi sur l'ancienne8. Mais, à peine née, l'idée de progrès s'obscurcit et tend à s'effacer. Le catholicisme aperçoit bien un progrès dans la série des événements qui l'ont fait succéder à un état antérieur, mais il nie le progrès qui se poursuit à partir de ce moment. Il se considère comme définitif. Il <x borne la progression à l'avènement du christianisme. » Il prétend fixer un dogme invariable, qui contient la vérité immuable et absolue. C'est la négation même de l'idée positive du progrès.

Pour trouver cette idée nettement conçue et scientifiquement formulée, il faut arriver à Condorcet, et même

t. Cours, IV, 183-6.

a. Pol. pos., II, 33a 3.

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