Pol. pos., I, 4n
parmi les hommes. Les uns entrent définitivement dans l'humanité pour n'en plus sortir ; les autres en sortent pour n'y plus rentrer. La sélection s'opère d'après le genre de vie qu'ils auront préféré. Ceux qui auront vécu au sens purement biologique du mot, c'est-à-dire ceux chez qui les facultés supérieures auront été au service des fonctions organiques, ceux que Comte appelle avec une énergie brutale les « producteurs de fumier 1 », n'auront fait partie de l'humanité qu'à titre transitoire. La mort sera pour eux, comme pour leur système anatomique et physiologique, une fin sans appel. Ceux chez qui la « sublime inversion » se sera accomplie, ou du moins ceux qui auront fait effort pour subordonner les fonctions organiques aux fonctions supérieures, ceux qui enfin auront poursuivi le but humain par excellence : faire prédominer l'intelligence sur les penchants, et l'altruisme sur l'égoïsme; ceux-là, ayant vécu pour l'humanité, vivront toujours en elle.
Comme la conduite de chacun ne peut être jugée d'une façon définitive qu'après sa mort, l'humanité se compose essentiellement de morts, et « l'admission de vivants n'y sera presque jamais que provisoire2. » Chaque génération, pendant qu'elle vit, fournit le substratum physiologique indispensable à l'exercice des fonctions supérieures, vraiment humaines. Mais ce privilège, qui la distingue momentanément des autres, lui échappe bientôt comme il a échappé à celles qui l'ont précédée ; et, des hommes qui la composaient, ceux-là seuls sont incorporés à l'humanité qui en sont dignes. Encore n'y