I. Cours, I, 108; II, i
n'y aurait pas de science. On peut même dire généralement que la science est destinée à dispenser, autant que le comportent les divers phénomènes, de l'observation directe, en permettant de déduire, du plus petit nombre de données immédiates, le plus grand nombre possible de résultats. Si deux phénomènes sont liés par une relation constante, il devient inutile de les observer tous les deux. De l'observation du premier on déduira les variations du second. Mais le premier à son tour peut être fonction d'un troisième, et ainsi de suite ; on conçoit enfin une liaison constante entre tous les phénomènes d'un ordre donné, qui permettrait de les déduire tous d'une loi unique. Telle serait la forme parfaite de la science pour Comte : qu'elle est voisine de l'idéal cartésien ! « L'esprit positif, dit-il, sans méconnaître la prépondérance de la réalité directement constatée, tend à agrandir le domaine rationnel aux dépens de l'expérimental, en substituant la prévision des phénomènes à leur exploration immédiate. y> Le progrès scientifique consiste à diminuer le nombre des lois distinctes et indépendantes, en étendant sans cesse les liaisons1.
La « prévision » devient ainsi le caractère essentiel de la connaissance scientifique, et cela, indépendamment de toute arrière-pensée utilitaire. Car les applications éventuelles de la science ne décident pas de sa marche théorique. La prévision dont il s'agit ici consiste uniquement dans la possibilité de savoir avec certitude sans observer. C'est la connaissance a priori, au sens aristotélicien du mot. Les mathématiques en offrent le plus par-